Islamisme et islamophobie se nourrissent l'un l'autre

Si les attaques terroristes islamistes sont plus fréquentes en Europe, les attentats islamophobes existent bel et bien. Ces derniers sont responsables de nombreuses morts ces dernières années.

Juillet 2011 à Oslo, juin 2017 à Londres... Bien que les attaques islamophobes soient en recrudescence ces dernières années, ce phénomène existe depuis des décennies en Europe. Il y a pourtant un renforcement des organisations d'extrême droite avec différents groupes qui se multiplient. Selon Thomas Renard, chercheur à l'Institut Egmont, peu de données existent sur les attentats contre la communauté musulmane: "Il y a beaucoup plus de recherches sur les actes islamistes que ceux d'extrême droite car ces derniers ne sont pas toujours enregistrés en tant qu'actes terroristes en Europe et aux Etats-Unis".

L'extrême droite est une mouvance connectée, avec une dimension internationale. Peu avant de perpétrer l'attentat de ce vendredi à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, l'assaillant a fait référence à de nombreuses personnalités connues dans le milieu et à plusieurs manifestes, dont celui d'Anders Behring Breivik qui avait commis l'attentat d'Oslo en juillet 2011 faisant 77 victimes. "L'extrême droite est une idéologie marginale mais qui a trouvé un écho chez plusieurs individus", explique Thomas Renard. Le phénomène est plus ou moins marqué selon les pays européens. La France et l'Allemagne sont particulièrement touchées par les actes islamophobes. L'an dernier, les autorités allemandes publiaient un rapport mentionnant près de 1.000 actes islamophobes recensés sur le territoire en 2017, dont 33 actes de violence physique et plus de 60 menaces d'attentat contre des mosquées.

En Belgique, la situation est plus calme: "Chez nous, le phénomène est gardé à l'oeil. Nous n'avons pas encore vu d'actions violentes de la même ampleur que chez nos voisins mais cela ne signifie pas que ça ne peut pas arriver", prévient le chercheur.

Un cercle vicieux

L'islamophobie s'est amplifiée ces dernières années avec la crise migratoire et son afflux de réfugiés, qui est perçu par certains comme une véritable menace contre les sociétés européennes. Le spectre du terrorisme islamiste a aussi motivé une recrudescence des actes islamophobes. "Il y a une polarisation entre ces deux extrémismes car ils se repoussent et se répondent à la fois", explique Thomas Renard. La menace djihadiste renforce le discours de l'extrême droite, et les rhétoriques islamophobes créent un repli identitaire au sein des communautés musulmanes, dont les membres ne se sentent plus citoyens à part entière.

Il observe également une forme de mimétisme entre les deux mouvements: "Ces groupes s'observent et sont obsédés les uns par les autres. On constate que l'extrême droite copie la communication et les actes des islamistes". Même propagande, même type de discours, même modus operandi (kamikazes, véhicules-béliers).

Extrême droite politique

Si une montée des partis d'extrême droite est constatée dans la plupart des États de l'Union européenne, cela ne signifie pas nécessairement qu'elle est accompagnée par une hausse de l'islamophobie. Dans la recherche sur le phénomène de radicalisation et de radicalisation violente, le lien est plutôt inverse. Selon Thomas Renard, "le terrorisme émerge dans un contexte où la contestation ne peut pas s'exprimer autrement que par la violence". Le chercheur explique que la présence de l'extrême droite dans un système démocratique pourrait canaliser la violence des extrémistes.

Toutefois, cela n'empêche pas quelques individus de perpétrer des actes terroristes. Ces derniers se voient comme à l'avant-garde de leur cause et ne font plus confiance en l'extrême droite politique, jugée insuffisante. Selon eux, le mouvement se fourvoie dans la logique électorale cherchant à rassembler le plus de votants et finit donc par trahir ses idéaux. C'est d'ailleurs ce qu'a exprimé l'auteur de l'attaque dans la mosquée néo-zélandaise dans le manifeste qu'il a écrit avant de passer à l'acte. Il évoquait notamment Donald Trump, le président américain, qui a, selon lui, trahi la vraie droite en n'allant pas au bout de ses idées.

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