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Les anciennes stars belges de l'architecture

Un projet de stade à Bruxelles dessiné par Henry Van de Velde. ©Archives d'Architecture Moderne

L’exposition "Trésors d’architecture" explore une période particulièrement innovante de l’architecture belge.

Bien sûr, tout le monde connaît Horta. Peut-être Van de Velde, le fondateur de l’école d’architecture de La Cambre. Mais Eggericx, Dumont et Van Goethem, Pompe, Blomme, Diongre, Hankar, Hamesse et bien d’autres, qui s’en souvient à part ceux que la chose intéresse vraiment? Or, il y a un siècle, ces architectes, certains de leurs prédécesseurs, voire certains de ceux qui les ont suivis, étaient des stars de renommée quasi mondiale. Quasi, parce que la mondialisation il y a un siècle n’était pas comparable à celle d’aujourd’hui.

Nous avons la mémoire courte. En cherchant sur internet, votre serviteur est tombé sur une série d’articles concernant Paul Hamesse (1877-1956) à l’occasion de la démolition à la sauvette d’une de ses œuvres avenue de Tervueren à Bruxelles. C’était… il y a une vingtaine d’années! Depuis, qui a parlé de Paul Hamesse? Heureusement, les Archives d’architecture moderne (AAM) ont de la mémoire pour nous et l’exposition qu’elles ont mis sur pied au Centre International pour la ville, l’architecture et le paysage (CIVA) en est la concrétisation. Il y a un siècle, un peu plus ou un peu moins, les architectes belges étaient des stars.

L’immeuble de Citroën, place de l’Yser à Bruxelles, est dans l’actualité parce que la Région ambitionne d’y installer un musée d’art contemporain. Mais qui sait que cet immeuble à la fameuse rotonde vitrée, qui date de 1933 et servait de salle d’exposition pour les voitures du constructeur français, est dû au duo belge Marcel Van Goethem et Alexis Dumont, ce dernier étant le fils d’Albert Dumont, auteur entre autres de la maison communale de Saint-Gilles et de l’Université du travail à Charleroi?

Antoine Pompe, décédé en 1980 à… 107 ans, a conçu les cités-jardins de La Roue (à Anderlecht, aujourd’hui en piteux état, hélas) et de Kappelleveld (à Woluwé Saint-Lambert, en bon état heureusement). Mais Antoine Pompe a surtout été le père de l’architecture moderniste belge dès 1910, c’est-à-dire à une époque où l’Art nouveau était à son apogée. Antoine Pompe a aussi dessiné le Palace de la place Rogier à Bruxelles, devenu entre-temps le Crowne Plaza. Enfin, c’est une exposition organisée à Ixelles en 1969 sur Antoine Pompe et son œuvre – il était aussi designer, comme Van de Velde qui avait ouvert la voie – exposition qui a obtenu un grand succès, qui a débouché sur la création des Archives d’architecture modernes.

Surprise de taille

Mais ça, c’est le passé. Entre-temps bien des choses ont changé aux AAM. Un des descendants de la famille Blaton, Philippe, a fait remettre aux AAM les archives de l’entreprise familiale, qui remonte à 1865 et qui étaient entassées dans les caves de son siège de la rue du Pavillon à Schaerbeek. Siège qui est condamné à la démolition. À notre grand étonnement, dit Yaron Pesztat, commissaire de l’exposition du CIVA, "nous y avons retrouvé toute l’histoire de l’entreprise depuis 1865 jusque 1950 environ. Blaton, au départ, était une entreprise de rocailles de jardin. Étonnant, non? Plus étonnant encore, nous avons retrouvé dans les archives de Blaton les plans du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles l’actuel Bozar – de Victor Horta, même les plans des caves. On croyait tous ces documents perdus puisque le célèbre architecte avait détruit toutes ses archives". Ces documents et bien d’autres – des travaux de génie civil, des preuves de collaboration avec Van de Velde ou Blomme – ont rempli trois camions, ce qui explique qu’ils aient été rassemblés au sein d’un Fonds Blaton. Blaton fêtera d’ailleurs ses 150 ans cette année.

L’art nouveau, le modernisme, l’Art déco; les cités-jardins, les maisons individuelles audacieuses, les immeubles industriels, les châteaux d’eau ou les projets qui n’ont jamais vu le jour – par exemple un stade sur la rive gauche de l’Escaut à Anvers – témoignent du dynamisme et de l’aura que l’architecture et le design belges – par exemple la fameuse cuisine Cubex de Louis-Herman De Koninck – avaient à l’étranger au cours de la première moitié du siècle passé. À voir absolument si, comme la plupart d’entre nous, vous avez une brique dans le ventre.

"Trésors d’Architecture. De l’Art nouveau à l’Expo 58", jusqu’au 19 avril au CIVA à Bruxelles, 02 642 24 62, www.civa.be, entrée 8 euros.

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