"Le modèle Tanguy, c'est un peu flippant"

©RV DOC

Dans "Mon Bébé", de Lisa Azuelos, Sandrine Kiberlain joue une femme actuelle. Un peu comme elle. Une actrice césarisée qui passe du film d’auteur à la comédie populaire sans anicroche.

cinéma

"Mon Bébé"

Note : 3/5

De Lisa Azuelos. Avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Victor Belmondo,…

Lisa Azuelos a offert à Sandrine Kiberlain un scénario qui faisait écho en elle. Celui d’une femme, divorcée, élevant ses enfants seule et se débattant au quotidien entre vie privée et vie professionnelle. Et le tout sur un mode joyeux, un poil trop léger. "J’attendais un rôle comme celui-là. Il est très ancré dans le réel. J’ai joué des personnages avec beaucoup de variété d’émotions mais pas forcément réalistes. Ici, j’ai même pu me mêler de mes propres dialogues. Cette femme qui déborde de partout me fait aussi penser à moi quand je m’énerve pour un rien ou garde mon calme face à un truc très grave."

Du coup, est-ce suffisamment challengeant pour une telle interprète? "Très challengeant parce que je ne suis pas ce personnage dans la vie. Elle n’est pas habillée, ni coiffée comme moi. Je tenais à ce qu’elle soit libre, pas avec un style étudié. Je tenais à ce qu’elle soit séduisante." Avec son look très Zadig & Voltaire, le personnage central de ce film assume sa vie de femme et a donc des amants. "Elle est tellement folle de ses enfants qu’elle pourrait ne pas laisser la place à une construction amoureuse mais elle n’oublie pas ses amies, ni ses aventures."

Dans ces scènes de la vie familiale, l’iPhone occupe une place importante car, la mère 2.0 filme tous les moments qu’elle juge essentiels ou touchants. "C’est très révélateur de nos vies d’aujourd’hui. On met tout dans ces téléphones. Mon personnage cherche à figer tous ces moments qui s’envolent. Avant, on avait les albums photos. Et c’est assez beau de les regarder. On peut les partager ensemble. Un téléphone, c’est plus égocentrique. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne peut plus vivre sans les réseaux sociaux." Elle-même a investi Instagram avec amusement et talent. "Facebook, je ne sais même pas comment ça marche", avoue-t-elle.

Bande annonce de "Mon Bébé"

Sandrine qui, juste avant "Mon Bébé", incarnait une assistante maternelle dans "Pupille", de Jeanne Herry – film pour lequel elle fut nominée aux César – estime-t-elle que le cinéma a évolué dans sa façon de montrer la maternité? "La maternité aujourd’hui n’est pas celle d’il y a vingt ans. Les cinéastes sont les témoins de notre époque. Donc, de nos jours, c’est plus facile de parler de l’adoption et de ses coulisses. Et puis, il y a les mères que l’on couronne comme ici."

"Cette mère est tellement folle de ses enfants, mais elle n’oublie pas ses amies, ni ses aventures."

Plus profondément, Sandrine estime que la vie est faite de séparation. "On se sépare de nos maris quand ça ne va pas, de nos parents, mais les enfants qui se séparent de nous, c’est la seule séparation qu’on peut voir venir et que l’on peut préparer et ouater." Sur le plan personnel, Sandrine préfère voir sa fille Suzanne, dix-neuf ans, partir pas trop tard. "Le modèle Tanguy au féminin, comme au masculin, c’est un peu flippant."

Loin de l’égalité

A-t-elle ressenti les effets du mouvement #MeToo dans le cinéma français? "Quand les choses sont dites, on en prend encore plus conscience. Il y a toujours eu cette phrase qui va avec le cinéma, à savoir qu’il faut coucher pour y arriver. Moi, j’ai toujours cru que c’était une bonne blague. En fait, on s’aperçoit que, fragile ou pas, on peut se faire avoir comme partout. L’abus de pouvoir et de confiance est quelque chose de très dangereux. Avoir libéré la parole sur ce sujet ne peut être que bon. Les hommes ne réagissent plus de la même façon. Au niveau des salaires, on est encore loin de l’égalité mais on avance."

Elle qui a réalisé, il y a trois ans, un court-métrage, "Bonne figure", prépare un long-métrage. "Je suis en train de l’écrire. Et je projette de le tourner au printemps 2020. Comme il s’agit de mon premier film, je vais prendre le temps. J’ai un défaut majeur: je ne sais pas déléguer. Je suis ‘control’ émotions."

Sandrine Kiberlain, Thais Alessandrin et Lisa Azuelos ©Photo News

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