Critique de "Kneecap": entre le film de chansons et le film de rebelles
Un film irlandais sur des jeunes qui font du hip-hop? Parfaitement! Mais pas n’importe quel hip-hop: du hip-hop identitaire… en gaélique.
Mo Chara, 20 ans, se retrouve au poste. Motif: il a voulu fuir lors d’une arrestation. Le jeune homme refuse de parler anglais. Il en a le droit: ce n’est pas sa langue maternelle, et sa langue maternelle est une des deux langues officielles du pays. Le pays? L’Irlande du Nord. La langue? Le… gaélique.
L’inspectrice soupire. Elle sait que le jeune homme parle anglais comme vous et moi. Mais, protocole oblige, elle accepte d’appeler d’urgence un interprète. Personne n’est libre. Arrive JJ, un prof de langue (gaélique), qui est d’accord de dépanner. Mais quand il comprend le jeu du jeune homme, il y entre sans hésiter. Si cette langue un peu oubliée, un peu décriée, peut lui servir à éviter une condamnation, qui est-il pour s’interposer?
Les jours suivants, les deux hommes se recroisent. Mo Chara présente à son sauveur son meilleur ami: Móglaí Bap. Les deux jeunes font même écouter au «vieux» le fruit de leur passion commune pour le hip hop. JJ trouve ça super, il propose même de leur organiser une cession d’enregistrement, avec lui aux manettes. Le résultat sonne bien. Alors la petite bande décide de franchir un pas qui s’est montré décisif à de maintes reprises dans l’auguste histoire de l’Irlande: se rendre au pub le samedi suivant.
Chansons, ou esprit rebelle?
Nous sommes ici exactement à mi-chemin entre deux genres très irlandais: le film de chansons et le film de rebelles. Films de chansons, pour rappel: «The Commitments» (1991), avec cette bande de jeunes qui forme un groupe de rockabilly, «Once» (2007), sur ce chanteur de rue qui tombe amoureux d’une jeune émigrée d’Europe de l’Est, ou, plus récemment «Sing Street» (2016), sur ces ados qui explorent toutes les voies du rock pour échapper à leur quotidien scolaire…
Les vrais protagonistes avaient encore le bon âge lorsqu’il a été question de transposer leur vie à l’écran. La bonne nouvelle: c’étaient aussi des acteurs nés!
Films de rebelles? «Au nom du père» (1993), ou la Palme d’or 2006 «The Wind That Shakes the Barley». Ici, la rébellion est incarnée par le père de Móglaí Bap, un ancien héros de la résistance à l’autorité anglaise sur l’Irlande du Nord. Même s’il s’est mis au vert pour ne pas se faire arrêter après de nombreuses explosions, sa présence pèse sur tout le film, et sur l’avenir du trio. C’est lui qui, par patriotisme, a enseigné la langue irlandaise à son fils. Móglaí Bap l’a bien compris, même si sa résistance à lui ne comprend aucune explosion. Si ce n’est celle de la membranes des enceintes où il se produit avec son groupe...
Dans la vraie vie, Kneecap a explosé avant le COVID, devenant un véritable phénomène de société en Irlande. Les vrais protagonistes avaient donc encore le bon âge lorsqu’il a été question de transposer leur vie à l’écran. La bonne nouvelle: c’étaient aussi des acteurs nés. Et on sent qu’ils ont pris un plaisir fou à revisiter devant la caméra leur rencontre et leurs années émergentes derrière le micro. Pour leur donner la réplique, une star internationale (d’origine irlandaise, et qui manie le gaélique avec un naturel désarmant): Michaël Fassbender en personne dans le rôle du père…
Drame
"Kneecap"
Par Rich Preppiatt
Avec Naoise Ó Cairealláin, Liam Óg Ó Hannaidh, JJ Ó Dochartaigh, Michaël Fassbender…
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Note de L'Echo:
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