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Le KIKK a dix ans (2/4) | Rétrospective avec Niklas Roy

Niklas Roy et son projet "Next Utopia" présenté au KIKK en 2013. © doc ©doc

Cette semaine, retour sur 10 ans de KIKK Festival, avec trois artistes qui ont marqué les éditions précédentes. Aujourd’hui, entretien avec Niklas Roy, le bricoleur qui apprivoise les machines.

Niklas Roy est un créateur dont on n’oublie pas les œuvres, tant elles interpellent. Il est resté célèbre pour son "Pong" (2011), qui revisitait le fameux jeu d’arcade inventé par Atari dès 1972. Mais jouable "dans le vrai monde" et non pas dans la virtualité d’une console! Des années plus tard, pour masquer la vitrine de son atelier berlinois, il installe un tout petit rideau en dentelles, relié à des capteurs, et qui se déplace à la même vitesse que les passants, leur masquant la vue. "My Little Piece of Privacy" était née.

Niklas Roy est donc la preuve qu’on peut allier humour, géniaux bricolages et questionnement sur notre société. Au KIKK, l'artiste allemand a notamment frappé les esprits grâce à "Next Utopia" (2013), un atelier dévolu à la notion de cyborg, où les dix participants manipulaient tous une machine censée les augmenter. Meilleurs souvenirs, importance du KIKK et thèmes récurrents, il nous dit tout.

"J’ai une approche de hacker. La technologie ne m’intéresse pas dans les usages pour lesquels elle fut conçue."
Niklas Roy
Artiste

Quels souvenirs gardez-vous des premières éditions du KIKK?

Au départ, c’était si petit! Ce festival a grandi si vite! Une des qualités principales, c’est que la sauce prend toujours là-bas. Ils ne mettent pas de frontière entre art et design, démarche, création. Et surtout ils veulent rencontrer les gens qui sont là-derrière. Je leur ai conseillé d’inviter Tim Hunkin, un artiste anglais absolument génial, que j’ai pu rencontrer là. Hunkin ne se définit pas comme un artiste d’ailleurs, c’est un ingénieur avec beaucoup d’imagination. Il a créé une émission de télé culte en Angleterre ("The Secret Life of Machines") et des parcs d’attractions avec des jeux d’arcades bricolés par ses soins.

Qu’est-ce qui est spécial au KIKK?

L’ambition de créer une aventure humaine pour tous. Les participants, les visiteurs… À l’époque, pratiquement tout était gratuit (c’est toujours le cas pour la face grand public du festival, KIKK in Town, NDLR). Vous avez des étudiants qui viennent de l’Europe entière. Ils vont rencontrer une concentration de créateurs, de penseurs, de producteurs de contenus, d’artistes, tous au même endroit. Un beau jour, ils entendent parler d’une ville appelée Namur, et ça change leur vie. Je ne dis pas ça pour rigoler. Ça m’est arrivé.

"Ma méthode, c’est le bricolage. Une machine n’est pas un ennemi. Ça peut être coloré et amusant."
Niklas Roy
Artiste

Il y a d’autres lieux incontournables?

Oui, "Ars Electronica" à Linz en Autriche, qui est devenu tellement grand que ce n’est plus aussi amusant qu’avant. Le KIKK, c’est une grande famille. Il y a cette générosité à la base du projet, celle de Dogstudio (studio de création multidisciplinaire basé à Namur, NDLR) qui a voulu créer quelque chose il y a un peu plus de dix ans. Les frères Gilles et Mathieu Bazelaire devaient en avoir très envie parce qu’au départ, c’est le genre d’initiative qui est extrêmement chronophage et qui peut même vous mettre sur la paille. Cette générosité, on la ressent partout pendant l’événement.

Quel est le profil des artistes présents?

Souvent ce sont des gens à cheval sur plein de disciplines. Des ingénieurs, des plasticiens… Le point commun, c’est qu’on est tous d’assez bons graphic designers, des créateurs d’ambiance, de contenu…

Parlez-nous de votre expérience de 2013, sur le thème "Next Utopia" et les cyborgs.

Il y avait dix participants et chacun venait avec une envie. C’était à moi de faire en sorte que ça fonctionne dans la vraie vie. Aujourd’hui, on est cerné par les écrans, la réalité virtuelle, la réalité augmentée. Mais c’est plus intéressant de toucher les choses, de les fabriquer avec ses mains, pas juste avec son cerveau et un clavier. C’est beaucoup plus gratifiant. Plus que sur le résultat, je travaille sur la démarche: expérimenter, casser la frontière avec la technologie qui fait souvent si peur. Ma méthode, c’est le bricolage. Une machine n’est pas un ennemi. Ça peut être coloré et amusant. Résultat: on peut entendre à travers les murs, dessiner à 3 mètres de hauteur, ou voir à 360° sans tourner la tête. C’est ça aussi être un "humain augmenté"…

"Il faut désacraliser les machines."
Niklas Roy
Artiste

Vous aimez la récupération, donner un twist au matériel disponible…

J’ai une approche de hacker. La technologie ne m’intéresse pas dans les usages pour lesquels elle fut conçue. J’essaie de changer de perspective. J’aime les détournements. Il faut désacraliser les machines. Il y a aussi un côté écologique dans la réutilisation: si on essaie de comprendre tous ces appareils, on peut aussi les faire vivre plus longtemps. Un vieux smartphone, ça se reprogramme. Il faut cesser d’avoir peur ou de croire que c’est cassé, voire dépassé.

Vous rendez la technologie aux humains versus la technologie pour la technologie?

Oui, c’est le rapport qu’on a aux choses que j’essaie de modifier. Comment on les regarde, ce qu’on éprouve. Apprendre à faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire, développer un nouveau regard sur le monde. Casser tout ce respect qui n’apporte rien, surtout vis-à-vis de la machine. Ne pas avoir peur de leur ouvrir le ventre. Elles font moins peur quand elles sont éventrées. Alors elles sont heureuses car prêtes à se rendre utiles et à vous livrer tous leurs secrets.

"My Little Piece of Privacy" par Niklas Roy.

Le KIKK a dix ans

Tout au long de la semaine, L’Echo revient sur les grandes thématiques abordées par le KIKK Festival au cours des dix dernières années – vie privée et data, climat et pollution, aliénation mentale – en compagnie des organisateurs du festival Gilles Bazelaire et Marie du Chastel (mardi) et de trois artistes internationaux, grands habitués des lieux: Niklas Roy (mercredi), Clare Patey (jeudi), et Lawrence Malstaf (vendredi).

KIKK Festival, Namur, du 4 au 7 novembre.

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