Classique | Les tableaux d'une exposition de Lugansky

Nikolaï Lugansky ©Marco Borggreve

Gratifié mardi, une heure avant le récital de sa résidence à Flagey, d’un prix Caecilia pour son enregistrement des "Préludes" de Rachmaninov, le pianiste russe donnait un avant-goût de son "1er Concerto" de Rachmaninov, qu’il jouera vendredi.

Nikolaï Lugansky, piano

Note : 5/5

Résidence à Flagey: encore ce vendredi 5/4/19, dans le premier concerto de Rachmaninov.

CD Harmonia Mundi: "24 Préludes de Rachmaninov", prix Caecilia 2019.

Ré, do, ré, si. Trois petites croches et une noire qui d’un coup vous électrisent la moelle épinière et vous terrassent sur votre siège. Nikolaï Lugansky venait à peine d’arriver sur scène, le port altier dans son frac noir, que déjà sa main sur le clavier révèle son extraordinaire art du chant dans ce thème de l’"Opus 18" de César Franck. Il le réexpose ensuite jusqu’à plus soif dans une fugue, puis une série de variations qui toutes révèlent une variété de touchers proprement stupéfiante. Une palette de couleurs qu’il propulse dans l’espace du Studio 4 par un jeu de pédales tout aussi raffiné, utilisant la salle dans toutes ses dimensions comme s’il était organiste lui-même, à l’image du compositeur.

L'esprit de Chopin

Le pianiste russe a construit le récital de sa résidence avec en vis-à-vis les Français (Franck, Debussy) et les Russes (Scriabine, Rachmaninov), matérialisant cette attraction historique entre la clarté et le fantastique. Mais Debussy, naturellement rétif aux affectations romantiques, a tendance à paralyser son élan initial. Lugansky avance maintenant avec la circonspection de l’aquarelliste qui ne peut prédire à l’avance ce que va donner son mélange de couleurs. Des teintes froides, comme tirant vers le bleu, et qui calment les ardeurs pourtant passionnées de "L’Isle joyeuse".

Après la pause, le revoilà en terrain connu, ragaillardi dans la "3e Sonate" de Scriabine qui fleure encore bon Chopin. Son instrument a de nouveau changé de couleurs, affichant à présent des ors patinés. Et l’on voit bien maintenant pourquoi il était l’élève préféré de Tatiana Nikolaïeva, à Moscou, en nous donnant en direct un petit précis de technique russe. Mêlant habilement sa somptueuse chorégraphie digitale à la puissance de son corps, il sculpte les phrasés en propulsant celui-ci vers le clavier, va chercher le son et libère bientôt un souffle épique dans la grande fresque des "Préludes" de Rachmaninov, son compositeur fétiche.

Mais, comme Rachmaninov, il n’en pratique pas moins la retenue pour que, jamais, la passion ne se laisse aller au mauvais goût. La grande classe.

Nikolaï Lugansky dans le premier concerto de Rachmaninov qu'il jouera ce vendredi à Flagey avec le Brussels Philharmonic

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