Giorgio Moroder | Disco maestro

©Getty Images

Il aura attendu ses 79 ans pour partir en tournée, le maestro Giorgio. Inventeur du plus long morceau de disco sexy (16 minutes orgasmiques), détenteur de trois Oscars, quatre Golden Globes et quatre Grammys, l’Italien sera au BSF le 16 août. Pour faire danser la place des Palais.

La vie de Giorgio Moroder mériterait un biopic. En tout cas, un show basé sur elle est en préparation pour 2020. Né en 1940, soit en pleine guerre, dans un village des Dolomites italiennes, le jeune Giorgio s’est engagé dans la musique légère et dès le début des sixties, il assurait avec un groupe de potes musiciens la première partie des concerts de Johnny Hallyday. À l’époque, Moroder était bassiste. Il a rapidement compris qu’il ne voulait pas finir sa vie de la sorte. Il a commis son premier hit en 1969 avec un morceau intitulé "Looky Looky". Il se trouvait piètre chanteur, car il oubliait souvent les paroles.

Giorgio Moroder - Looky Looky

Il a quitté l’Italie pour s’installer en Allemagne. D’abord à Berlin, ensuite à Munich. Dans son studio munichois, tout ce qui compte dans la musique pop/rock des seventies a défilé tour à tour. Queen, David Bowie, Brian Eno, les Rolling Stones… Moroder s’est passionné pour la musique électronique. Au Morgen, il a confié récemment qu’il avait utilisé le Moog, un synthétiseur analogique, trois ans avant Kraftwerk. Lui qui n’aimait pas danser – et c’est toujours le cas aujourd’hui – est l’un des pionniers du disco et de la dance music. Mais il réfute l’appellation "parrain du disco" par laquelle certains continuent de le présenter. Giorgio n’est pas quelqu’un qui recherche les compliments et la flatterie. "Toute ma vie, j’ai été backstage, en studio, à l’arrière et jamais je n’ai eu le trac", a-t-il précisé au Guardian.

Révolutionner la musique de club

Lui, qui se considère comme un musicien moyen, est le créateur de tubes planétaires qui continuent à inspirer les artistes techno et électro de la jeune génération. Et ça, on peut dire que Giorgio en retire une certaine fierté. C’est avec Donna Summer, une chanteuse américaine qui vivait en Allemagne, que Moroder a créé ce qui est devenu sa marque de fabrique: un disco sexy, brûlant. Parmi les dizaines de morceaux qu’il a créé sur mesure pour Donna, on retiendra surtout "Love to love you baby" et "I feel love".

Donna Summer - I Feel Love

Quand Brian Eno a entendu, en 1977, ce morceau, il a prédit que "I feel love" révolutionnerait la musique de club des quinze années suivantes. Ce morceau de seize minutes, Donna Summer a demandé à pouvoir l’enregistrer dans le noir et avec le minimum de personnes en studio. Moroder a viré tous les techniciens et est resté seul aux manettes. Et Donna a pu gémir et mimer l’orgasme face au micro. Moroder a avoué, plus tard, que sans le "Je t’aime moi non plus" de Gainsbourg et Birkin, il n’aurait pas envisagé un tel momentum musical que "I feel love".

"Aujourd’hui, certains morceaux comptent plus de deux millions de vues sur YouTube mais ils le méritent. Ils sont supers!"
Giorgio Moroder
Compositeur

À un certain stade de sa carrière, Giorgio Moroder a été la réponse à la Motown. Après le succès fulgurant des tubes de Donna Summer, une liste impressionnante d’artistes ont demandé le concours de l’Italien. En France, Mireille Mathieu a chanté deux titres composés par le signor Moroder. France Gall, avant même le succès de Moroder dans le disco, a interprété un titre en allemand qu’il avait signé pour elle, "Ich liebe dich so wie du bist" (Je t’aime comme tu es).

Giorgio goes to Hollywood

Plus palpitantes ont été les collaborations que Moroder a eu via les musiques de films qu’il a composées. Dès 1978, il ne s’est pas fait prier pour composer la bande originale de "Midnight Express" d’Alan Parker. Énorme succès critique et public qui a permis au compositeur de remporter son premier Oscar et son premier Golden Globe.

Midnight Express - Chase

Pour accompagner l’histoire du très sexy "American Gigolo", de Paul Schrader, avec Richard Gere, Moroder a eu l’excellente idée de faire appel à Blondie. Groupe rock américain au top avec Debbie Harry, archétype de la femme fatale du début des eighties.

Blondie - Call Me

Le "Call me" de Blondie a été un méga tube. Ayant désormais la baraka, Moroder a invité, ensuite, David Bowie sur la bande originale de "Cat people", de Paul Schrader. À Beat Magazine, le compositeur a raconté avec quelle rapidité Bowie et lui ont enregistré la chanson-titre du film. "Nous avons fait ‘Cat People’(Putting On Fire) en moins d’une heure et demie. Je me souviens que le réalisateur était présent. David et moi lui avons dit: ‘Il est midi. Allons déjeuner, le morceau est dans la boîte.’ Il n’y croyait pas parce que, évidemment, pour un film, on prend toujours plusieurs prises. David et moi lui avons dit: ‘Non, le morceau est prêt. Vous avez deux professionnels, ici.’"

David Bowie - Cat People

Les années 80 ont été généreuses avec Giorgio Moroder. Il a signé la musique de "Flashdance", d’Adrian Lyne, qui a été l’un des blockbusters de 1983 avec Jennifer Beals et le tube "What a feeling" d’Irène Cara. À nouveau, il a été récompensé par un Oscar et deux Golden Globes.

Irène Cara - What a feeling

La même année, Moroder a rejoint l’équipe de Brian De Palma sur "Scarface", l’un des chefs-d’œuvre du réalisateur, avec Al Pacino. Et il a obtenu le Golden Globe de la meilleure musique. Son dernier méga succès avec le cinéma, le maestro l’a rencontré avec "Top gun", en 1987, dont Tom Cruise était la star et la chanson "Take my breath away", du groupe Berlin. Outre un Oscar, le titre s’est classé n°1 aux Etats-Unis, en Angleterre et partout en Europe.

Berlin - Take My Breath Away

Revival

À cinquante ans, l’Italien a entamé une retraite paisible à Los Angeles. Jouant au golf, se mariant avec une hôtesse de restaurant, faisant un enfant. Et signant un nombre incalculable d’hymnes pour les Jeux olympiques. Moroder a entamé, en 1991, une collaboration avec un ingénieur de chez Lamborghini pour construire une voiture qui porte son nom: la Cizeta Moroder. Quinze exemplaires ont été fabriqués. Et pratiquement aucun n’a roulé.

Daft Punk - Giorgio by Moroder

C’est Daft Punk qui, en 2013, a sorti Giorgio de sa retraite et de l’oubli. Le duo de la french touch a publié, cette année-là, sur l’album "Random access memories", un morceau intitulé "Giorgio". On y entend la voix de l’Italien. Vu le triomphe de Daft Punk qui proclamait partout que sans Moroder, il n’aurait pas existé, le disco maestro a été à nouveau dans la hype. Il a enregistré l’album "Déjà vu", en 2015, auquel Sia, Britney Spears et Kylie Minogue ont prêté leur concours. Et il s’est remis à faire le DJ et à côtoyer aussi bien David Guetta qu’Avicii.

Giorgio Moroder - Déjà vu ft. Sia

À près de 80 ans, de son refuge au Sud-Tyrol, Giorgio Moroder s’extasie sur les sons d’aujourd’hui, comme il l’a expliqué au Guardian. "J’aime le digital. J’ai été l’un des premiers à m’en servir. C’est propre. Et j’aime toujours les chansons dance et l’EDM. Même Ed Sheeran réalise des sons et des arrangements incroyables. Aujourd’hui, certains morceaux comptent plus de deux millions de vues sur YouTube mais ils le méritent. Ils sont supers!"

En concert le 16 août au Brussels Summer Festival, à Bruxelles.


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