Une "décennie dorée" après une "décennie perdue"?

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La décennie 2007-2017 laissera des traces. Mais elle n’est peut-être pas totalement perdue. D’autant que la reprise est là.

Alors 2007-2017, une décennie perdue? Pour bien se rendre compte de l’intensité de la crise économique et financière qui s’est déclenchée en 2007, il faut savoir qu’il a fallu attendre 2015 en Belgique pour que le produit intérieur brut (PIB) par habitant dépasse le niveau d’avant 2007/2008.

Autre chiffre saillant: la croissance du PIB belge n’a plus dépassé les 2% depuis 2010. Et elle ne semble pas près de renouer avec un niveau de 3% comme c’était le cas en 2007. Cette année-là, la croissance avait même atteint un chiffre de 3,4%! Pour 2017 et 2018, le chiffre est amputé de moitié: la Banque nationale de Belgique table sur des chiffres de 1,6% et le Bureau du Plan de 1,7%.

Mais c’est très clair, et c’est évidemment une bonne nouvelle, la situation s’améliore. Pour la zone euro dans son ensemble, la Banque centrale européenne (BCE) table sur une croissance de 2,2% pour cette année, les indicateurs de confiance sont au beau fixe et le taux de chômage est retombé à 9,1%, au plus bas depuis février 2009. C’est d’ailleurs le message qu’avait fait passer Mario Draghi lors d’un discours en juin au forum bancaire de Sintra au Portugal. "La menace de la déflation a disparu et les forces reflationnistes sont à l’œuvre." En d’autres termes, la reprise économique semble bien enclenchée. Même si pour l’année prochaine, la BCE, encore prudente, prévoit un chiffre de croissance ramené sous les 2% (à 1,8%).

Mais comment expliquer cette lenteur de la reprise économique, notamment en Belgique?
"La crise a créé un énorme choc et a affecté la croissance économique potentielle. On a moins investi pendant des années et cela exerce un impact aujourd’hui, souligne Jan Smets, gouverneur de la BNB. Du chômage a été créé. Et une partie de ce chômage est restée structurelle."

Crise financière ou pas, selon Jan Smets, il existait déjà un problème de croissance affaiblie. Cela en raison notamment du vieillissement de la population, qui réduit l’offre de main-d’œuvre et donc le potentiel de croissance. D’ailleurs, dit-il, il faut bien comprendre qu’une partie des chiffres de croissance d’avant la crise n’étaient pas une vraie croissance. C’était de la croissance artificielle, encouragée par de l’endettement excessif, par des déséquilibres, par la création de bulles. "Il vaut mieux ne plus connaître une telle croissance, car elle n’est pas durable."

Etienne de Callataÿ, chief economist d’Orcadia Asset Management, ne dit pas autre chose. "Quand on regarde le PIB par habitant, on peut effectivement parler d’une décennie perdue. La croissance à venir est aussi vraisemblablement plus faible du fait de la crise. Tous les investissements qui n’ont pas été réalisés en 2009 et les années suivantes, on va en payer les conséquences en 2020, car ce sont des gains de productivité que l’on n’aura pas."

Par ailleurs, poursuit l’économiste, dans un environnement de taux bas tel que nous le connaissons aujourd’hui, il y a moins de destruction créatrice. "Les taux bas parviennent à maintenir en vie des entreprises qui sont inefficaces." Et cela pourrait ralentir l’innovation.

Mais la décennie n’est pas totalement perdue pour autant. "Nous sommes plus riches de leçons. Et surtout, nous faisons moins de bêtises en 2017 qu’en 2007. Les économistes se sont aussi remis en question et pensent mieux qu’avant la crise."

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Avancées européennes

Pour Etienne de Callataÿ, avant 2007, on avait sans aucun doute été trop loin dans la dérégulation financière. On avait également mis en place des mécanismes financiers aux effets pervers. C’est le cas des "stock options" avec des patrons payés pour faire un maximum de résultats à court terme.

Aujourd’hui, le système financier est plus solide. Les fonds propres des banques ont été renforcés et leur bilan a décru. La BCE agit à la fois comme banque centrale et régulateur. "Il y a quinze ans, personne n’aurait imaginé que ce soit la même institution qui contrôle l’inflation et veille à la stabilité des banques."

"Nos finances publiques sont aussi de meilleure qualité qu’il y a dix ans, même si la dette publique a augmenté."

Mais tout n’est pas réglé pour autant. "On a beau dire aux gens que la croissance est de retour, ils ont l’impression de vivre moins bien qu’il y a vingt ans. C’est vrai pour la classe moyenne. Il faut savoir entendre ces gens sans sombrer dans le populisme. Les institutions européennes fonctionnent mieux, mais l’Europe doit aussi être là pour protéger l’homme de rue. Et elle doit aussi être moins proche des lobbys industriels."

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en France et la probable réélection d’Angela Merkel en Allemagne, certains rêvent de nouvelles grandes avancées européennes. L’ancien président de Banque nationale suisse, Philipp Hildebrand, aujourd’hui vice-président de la firme BlackRock, va jusqu’à dire que la zone euro pourrait potentiellement connaître une "décennie dorée", si la France et l’Allemagne jouent à nouveau un rôle moteur dans l’Union monétaire. Alors, rendez-vous dans dix ans?

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