Le sort d'Arco fait toujours barrage à l'entrée en Bourse de Belfius

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Le CD&V rappelle son exigence de trouver une solution durable pour les coopérateurs qui ont perdu leur mise lors de la débâcle de Dexia.

Combien de temps le dossier Arco va-t-il encore retarder l’entrée en Bourse de Belfius? Hier, dans les colonnes de L’Echo, Marc Raisière, le CEO de la banque, indiquait que son comité de direction et lui-même estimaient qu’il était trop tard pour envisager une entrée en Bourse avant l’été, comme on l’avait pourtant espéré au niveau du gouvernement Michel. "Ce délai ne nous laisse plus le temps de bien préparer cette opération majeure", justifie-t-il.

"Ce délai ne nous laisse plus le temps de bien préparer cette opération majeure"
Marc Raisière
CEO Belfius

En réaction, Kris Peeters, vice-Premier CD&V, continue d’enfoncer le clou: "Dans le cadre de l’accord passé l’été dernier, mon parti, la N-VA, l’Open Vld et le MR, avons clairement convenu que le dossier Arco devait être résolu de manière durable et structurée, avant le lancement de l’introduction en Bourse de Belfius." Le message est clair, tant que le dossier Arco ne sera pas réglé, le CD&V ne soutiendra pas l’IPO de Belfius. Cette dernière pourrait donner lieu à une rentrée exceptionnelle pour l’Etat, notamment en vue de faire baisser sa dette. 

C’est aussi du côté de la banque publique que le gouvernement espère puiser pour financer une partie de l’indemnisation des coopérateurs d’Arco. Au total celle-ci s’élèverait à 600 millions. Le Premier ministre, qui a pris la main dans ce dossier, avait évoqué un accord "Arco" avant les vacances de Pâques. Sans succès. Il tente toujours de convaincre la Commission européenne de se montrer plus souple à l’égard de la Belgique.

Quid des autres actionnaires venus à la rescousse de Dexia?

Rappelons qu’Arco, une coopérative issue du Mouvement chrétien flamand, avait perdu lourd dans la faillite de Dexia. En 2008, suite à une promesse aux centaines de milliers des coopérateurs-électeurs d’Arco, le CD&V obtenait de ses partenaires fédéraux de garantir ces pertes à hauteur de 100.000 euros par investisseur. Le problème c’est que les coopérateurs d’Arco ne sont rien d’autre que des actionnaires qui ont investi à perte et qui doivent assumer le risque inhérent à tout investissement de ce type. C’est en tout cas l’avis de la Commission européenne qui a rapidement considéré que toute indemnisation publique relèverait de l’aide d’Etat et serait donc interdite. Depuis, c’est le casse-tête politique. Le gouvernement Michel en a hérité puisque le CD&V, encore lui, a obtenu d’intégrer une solution pour les coopérateurs dans l’accord de majorité fédérale.

Fragile transaction

Puisque le scénario d’une indemnisation sur la base d’une garantie d’Etat était non seulement recalée par l’Europe mais également par la Justice, le gouvernement a dû imaginer un plan B. Selon les informations de L’Echo, on évoque aujourd’hui l’idée d’une transaction sur la base d’un préjudice prétendument subi par les coopérateurs (l’Etat leur ayant promis une garantie) et d’un risque de contentieux encouru par l’Etat. Ici encore, la ficelle semble grosse et la fragilité juridique de ce dispositif importante. Charles Michel est en contact avec la Commission européenne et ses partenaires de gouvernement sont en position d’attente.

De même que l’opposition fédérale. Le PS, naturellement hostile à la privatisation de Belfius, souligne les difficultés juridiques du dossier Arco. "Si les coopérateurs étaient indemnisés, on ne comprendrait pas pourquoi d’autres actionnaires, appelés à la rescousse pour refinancer Dexia, ne pourraient pas eux aussi réclamer quelque chose. Les coopérateurs d’Arco ne sont pas les seuls à avoir perdu de l’argent", explique le chef de groupe PS Ahmed Laaouej. Il évoque directement les communes qui, en 2008, ont fait l’objet d’un lobbying intense de la part des partis de la majorité de l’époque pour qu’elles participent au sauvetage de Dexia. Le socialiste ajoute que ce "dossier qui traîne" ne fait que mettre en lumière la faiblesse du CD&V. Celui-ci "avale toutes les couleuvres sur la Sécurité sociale alors qu’on lui fait sans cesse miroiter une issue favorable pour Arco".

Olivier Maingain (DéFI), parle d’un "marchandage politique pour le moins suspect". Il prévient que la question de l’égalité de traitement des victimes de la débâcle de Dexia est centrale, sous peine de voir le dossier prendre une tournure communautaire. Les coopérateurs sont majoritairement flamands mais comptent quelques francophones dans leurs rangs. Quant à l’intérêt du CD&V dans l’affaire, il pourrait aller en diminuant alors que les sondages qui se succèdent peuvent faire penser qu’un bon nombre des coopérateurs Arco sont désormais des électeurs de la N-VA. Quant au MR, il a peu d’intérêt politique dans ce dossier. Sauf pour ce qui relève de l’image de Charles Michel et de sa capacité à résoudre les problèmes.

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