chronique

Le variant delta plane

Humoriste

L'humeur de Bruno Coppens.

Il y a pile un an, vu le peu de connaissances que l’on avait sur les 3 V, les virus, les variants et les vaccins, nous partions en vacances dans l’insouciance, sans un sou de science, n’imaginant jamais un retour à l’anormal fin octobre.

Là, en ce début d’été 2021, nous ne pouvons plus nous voiler la face, surtout lorsque les codes couleurs de nos destinations estivales favorites changent aussi vite que les côtés d’un Rubik’s Cube entre les tentacules d’un poulpe. Et pourtant… Le variant indien? On n’en fait pas une affaire delta. Oui, on le sait, on l’a lu, relu mais nous avons tous tellement envie de prendre la foudre d'escampette, de se payer, hélico presto, un hâler-simple pour le Sud que nous préférons cacher ces signaux d’alerte derrière la fumée de nos barbecues, s’envolant épaisse comme si nous avions passé une semaine dans un téléphérique avec Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Bob Marley et Fidel Castro!

Nous sommes officiellement déconfinés, non? Et les vacances, c’est quand même se mettre hors-serre-vis, non?

Le variant delta plane, c’est sûr. Le danger est en salle latente mais nous, on ne l’attend plus. Le besoin est trop pressant de courir vers le port et au moment Haddock, mille sabords!, de hisser la voile pour se retrouver en pleine mer au vague-et-vient apaisant. Nous sommes officiellement déconfinés, non? Et les vacances, c’est quand même se mettre hors-serre-vis, non? Alors, lâchez-nous les baskets, les bermudas et les tongs. Fuyons au plus vite tout débat sur le projet d’une vaccination obligatoire que l’on nous inocule à grande dose chaque jour. Entre un Etat qui, dès le début, avait proclamé haut et fort que l’opération se ferait uniquement sur une base volontaire et ceux qui refusent encore d’être vaccinés mais paient cher et vilain pour décrocher un faux passeport sanitaire, qui a encore envie d’en discuter à l’heure où le soleil nous invite à faire plus ambre connaissance?

Bien sûr, les mots « Pas de relâchement! Attention danger! » vrilleront notre cerveau autant que le bzzzzzzz de ces moustiques au zèle déployé qui nous pourchasseront chaque nuit dès que nous aurons éteint la lumière dans la chambre mais l’homme est ainsi fait, ainsi faible, il croit pouvoir passer entre les gouttes. Hum… Vu ce qui trombe d’eau en ce moment, le challenge est particulièrement d’un haut niveau mais il y croit!

« Tout, il faudrait tout oublier, dixit Angèle, Sois juste heureux, si tu voulais tu le serais! « Si nous le voulions? Alors il suffit, allongés sur des transats, de boire un ou deux Ricard pour, la tête anisée, cesser d’être tétanisés. Très vite, enivrés, on mélange le débat sur le port du voile avec nos ébats à la voile dans un port. Au troisième verre, on confond FGTB et LGBT. Au quatrième, nous imaginons Georges-Louis Bouchez partir en vacances… sans prendre son ombre sous le bras car il trouve qu’elle n’est pas à la hauteur de Georges-Louis Bouchez, trop petite par rapport à la stature de Georges-Louis Bouchez, sans le charisme de Georges-Louis Bouchez. Et enfin, au son de « Roger, encore un muscadet ! » là, nous imaginons carrément que le dôme de chaleur situé au-dessus de la Colombie britannique, racheté par la Commission européenne, est placé au-dessus des bureaux d’Ursula von der Leyen et de Charles Michel afin de dégeler leurs relations figées depuis l’affaire de la chaise vide chez Erdogan…

Ceci dit, sans cavaler vers le délire, il est quand même légitime de lever un verre à notre santé! L’État belge est numéro 1 au championnat de la vaccination, de quoi nous classer illico «  patrimoine immatériel de l’immunité » par l’Unescodeco. Alors, buvons un coup! Buvons avant de… trinquer.

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