L'objectif "1,5°C"? C'est possible avec les technologies existantes

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Une étude publiée dans la revue Nature Energy montre pour la première fois qu'il est possible d'atteindre l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C sans utiliser de technologie de capture et stockage de carbone, dans un monde qui continuerait à prospérer.

"Un jour, j'irai vivre en théorie, parce qu'en théorie tout se passe bien!" Rien de tel que cet extrait de philosophie populaire, qui circule avec insistance sur les réseaux sociaux, pour entrer dans l'étude que Arnulf Grubler et Charlie Wilson publient ce lundi dans la revue "Nature Energy". Pour la première fois, des scientifiques calculent qu'il est possible d'atteindre l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 C° en utilisant les technologies disponibles et cela "malgré une augmentation de la population, des revenus et de l'activité". En théorie, tout se passe bien, donc.

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L'étude projette que la demande finale d’énergie mondiale à l'horizon 2050 aura baissé à 245 exajoules (EJ, soit milliards de milliards de joules), environ 40% de moins qu'aujourd'hui.

L'étude, menée par l'International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA) projette que la demande finale d’énergie mondiale à l'horizon 2050  aura baissé à 245 exajoules (EJ, soit milliards de milliards de joules), environ 40% de moins qu'aujourd'hui. C'est la consommation finale qui intéresse les chercheurs car, écrivent-ils, c'est la partie la moins efficace du système énergétique mondial, elle a donc le potentiel d'amélioration le plus grand.

Lire par ailleurs notre édito: "Notification de mise à jour"

Ils comptent sur le fait que les ressources énergétiques bas carbone vont augmenter avec, par ordre d’énergie finale livrée en 2050: le photovoltaïque, l’éolien, la biomasse, l’hydroélectricité et le nucléaire. Les énergies fossiles seront en phase de sortie. Inutile donc d'activer les technologies de capture et de stockage de carbone (CCS), controversées. Elles ont été exclues de l'étude.

Plus belle la vie

Pas question ici de déclinisme: les chercheurs tiennent compte dans leur modèle d’une augmentation continue des standards de vie, et notamment de l’accès aux technologies. Mais aussi d’une poursuite de l’urbanisation rapide, particulièrement dans les pays en développement, de la poursuite d’une demande de services énergétiques plus accessibles, plus propres, de plus grande qualité, ou encore de l'amélioration  rapide des couts et performances des technologies de l'information et de la communication (ICT).

Comment donc arriver à ce monde idéal - théorique ? Les chercheurs ont modélisé l’évolution des demandes d’énergie (en utilisant le modèle Message-Globiom) dans les principales composantes de l’utilisation finale. En 2050, les habitations sont isolées de sorte que chacun jouit d’un confort thermal dans son logement de 30m²/personne (l’actuelle moyenne dans les pays développés). La consomamtion thermale des habitations  diminuerait de -74% dans le nord et -79% dans le sud.

Dans leur modèle, les chercheurs de l'IIASA estiment que la mobilité des personnes peut augmenter de plus de 100% dans le sud en 2050 - pour suivre l’augmentation de la population et des standards de vie. Elle augmente plus modestement dans les pays développés, alors que son efficacité énergétique augmente drastiquement grâce à effets combinés des véhicules électriques et de nouveaux modèles d'organisation de fourniture de services, dont la mobilité partagée.

Augmenter l'occupation des voitures de 25% et leur utilisation de 75% par jour permet la même mobilité intra urbaine avec 50% de véhicules en moins. À l'horizon 2050, le nombre total de voitures deva avoir diminué de moitié, à environ 850 millions de véhicules légers. Ce qui permet une réorganisation des infrastructures routières pour les déplacements à pied et à vélo. Mais aussi de transports publics à haute fréquence utilisant les infrastructures existantes (bus de transit rapides).

Autre point clé : l'efficacité énergétique des industries s'améliore. La production totale matérielle est réduite de près de 20% par rapport à aujourd'hui. Un tiers en raison de la "dématérialisation", c'est à dire l'augmentation de l'utilisation de chaque matériaux (des flottes de voitures partagées demandent moins de voitures) et deux tiers en raison d'améliorations de "l'efficacité matérielle", c'est à dire l'allégement des objets - par exemple moins d'intrants matériels dans la fabrication de voitures. À elle seule, la diminution de moitié du stock de véhicules privés pour 2050 réduit la demande globale d'acier de 14 milliards de tonnes et économise 3 EJ d'utilisation énergétique industrielle.

Pendant ce temps, l’offre alimentaire augmente d'un tiers à l'échelle mondiale, pour nourrir une population qui augmente de 20% tout en éradiquant la sous-nutrition: elle atteint 3.130 kcal/personne/jour et la nutrition converge globalement vers un modèle plus sain et plus varié.

Effet sur l'économie

La question qui sera sur toutes les lèvres à la lecture de ce qui précède: Quelles sont les conséquences de ce modèle sur l'économie et l'emploi ? La réponse est laissée à d'autres recherches, mais Arnulf Gruebler souligne que d'autres études donnent déjà une indication.

"Les effets sur l'emploi par exemple sont significativement plus élevés dans la rénovation des bâtiments pour l'efficacité énergétique et dans la génération d'énergie renouvelable décentralisée que dans les grandes unités de production fossile."
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"Les effets sur l'emploi par exemple sont significativement plus élevés dans la rénovation des bâtiments pour l'efficacité énergétique et dans la génération d'énergie renouvelable décentralisée que dans les grandes unités de production fossile." Et le scénario est "définitivement plus faisable économiquement que les scénarios "1.5°C" alternatifs avec une grande demande et fourniture d'énergie fossile additionnée à la géoingénierie", estime-t-il.

Reste à mettre le modèle en pratique, ce qui va "nécessiter des efforts sans précédent des décideurs politiques pour resserrer les standards, par les entreprises pour développer et sortir des innovations bas carbone, et par les individus et ménages pour intégrer de nouvelles formes d'activité dans leur vie quotidienne", indiquent les chercheurs. Un grand pas de la théorie à la pratique, donc.

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