Memling, petit 5 étoiles incontournable

Pour les milieux d’affaires en particulier, l’hôtel de l’avenue du Tchad reste the place to be.

"Vous voyez, l’homme debout à côté de la colonne? C’est un membre de la Direction générale des renseignements. Ils sont très présents ici." Le directeur du Memling reprend une tasse de café. L’espion du hall d’entrée ne semble pas le perturber. Au contraire: la présence de la DGR témoigne de l’importance du lieu. Pour les milieux d’affaires en particulier, le petit hôtel cinq étoiles de l’avenue du Tchad reste the place to be.

La lumière gagne en intensité. "Le courant n’est pas très stable. Cela nous coûte cher en ampoules grillées", sourit Honoré Bouissou, en regardant les appliques murales brasiller. Soudain, la salle de déjeuner est plongée dans le noir. Pas de quoi sourciller: l’hôtel est bien armé. À l’arrière du Memling, trois groupes électrogènes de 1.200 kWh prennent le relais dès que le réseau de la Société nationale d’électricité sature. "Nous avons une autonomie de 60 heures. Sous le bâtiment, nous avons un réservoir de 15.000 litres de fuel, si on ne gaspille pas, on peut tenir quatre jours." Et ce n’est pas tout. La piscine sert de réserve en cas d’incendie – voire de réservoir d’eau potable dans les situations extrêmes. Et comme l’explique le directeur, le dispositif est surveillé de près: "Des gens de l’ambassade belge viennent régulièrement contrôler nos réserves: l’hôtel est un des centres de rassemblement des nationaux en cas de crise."

Ce n’est pas étonnant: le Memling est un des rares stigmates vivaces de la présence belge à Kinshasa. La Sabena l’a fait construire en 1937 pour héberger ses passagers et ses équipages dans la capitale du Congo belge. L’hôtel ne s’est pas effondré avec la compagnie qui faisait la fierté du plat pays: ces neuf dernières années, il est devenu la vache à lait de la curatelle.

Business class

Car le Memling affiche régulièrement complet. Il n’a pas beaucoup de concurrence: Kinshasa compte à peine 600 chambres de standing occidental. "S’il y avait plus de chambres dans cette ville, on remplirait les avions!", assure Bouissou. "Il faudrait au moins 2.500 lits entre trois et cinq étoiles. Un hôtel du type Ibis pourrait parfaitement trouver sa place, sans aucun problème, à proximité de l’aéroport", abonde le directeur.

Mais il n’accueillerait sans doute pas beaucoup de vacanciers. "Il n’y a pas de touristes à Kinshasa. Cela fait trente ans que je travaille en Afrique, et croyez-moi, ce pays a un potentiel énorme en matière touristique. Aujourd’hui, les gens veulent voir la vie sauvage!" Mais l’encadrement et les infrastructures ne suivent pas. "Quel tour-opérateur accepterait de prendre le risque d’envoyer des touristes ici? Et puis, essayez de sortir un appareil photo en rue…" La dernière fois qu’un photographe a fait une prise de vue de la façade pour mettre à jour le site internet du Memling, un agent de police est venu lui tapoter l’épaule: 500 dollars.

Les choses changent néanmoins très vite. "En 2006 encore, notre clientèle était essentiellement composée de militaires, de membres d’ONG et de journalistes qui couvraient le processus électoral", se souvient Honoré Bouissou. La situation politique était particulièrement tendue, la ville était complètement insécurisée. "En mars 2007, on a même eu droit à une roquette sur le toit, pile sur notre antenne satellite, raconte le directeur. Nous avons été complètement coupés du monde. Et on a frôlé le drame: 200 personnes s’étaient rassemblées autour de la piscine…" À l’époque, les hommes de Jean-Pierre Bemba – l’ex-candidat à la présidence – et l’armée gouvernementale semaient la terreur sur la capitale. "On a aussi essuyé des tirs de fusil. Trois personnes ont été blessées dans l’hôtel."

Tout cela semble très loin. L’atmosphère de l’hôtel est feutrée. "Aujourd’hui, nous recevons essentiellement des hommes d’affaires en prospection. Et quand les hommes d’affaires débarquent, ça peut aller très vite!"

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