Kim Jong-un, le retour en grâce d'un dirigeant habile

©EPA

Mardi 12 juin, à Singapour, le dictateur nord-coréen rencontre le président américain Donald Trump pour un sommet historique. Portrait de Kim, un pur produit du régime.

"Les femmes de plus de 50 ans l’adorent, le trouvent bien élevé, respectueux des aînés, parlant correctement et faisant de l’humour de manière appropriée." Ce portrait flatteur dressé par le populaire commentateur politique sud-coréen Kim Ou-joon n’est pas celui de la dernière star de la K-Pop. Il évoque Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen, qui bénéficie depuis sa très médiatisée rencontre le 27 avril avec le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, d’une réelle sympathie dans la partie méridionale de la péninsule, où les convenances restent primordiales.

C’est peu dire que l’image du dirigeant a changé. Quand il annonçait en septembre dernier le succès du sixième essai nucléaire de son pays ou quand le président américain Donald Trump l’affublait d’un "rocket man", sa cote était au plus bas.

À huit ans, il exige qu’on l’appelle "camarade général"…

L’évolution tient au travail du gouvernement sud-coréen, qui a su lui donner une épaisseur plus humaine, en dévoilant des moments de détente de sa rencontre avec Moon – comme celui qui l’a vu, souriant, inviter le président sud-coréen à venir à Pyongyang déguster la spécialité nord-coréenne de nouilles naengmyeon. Il découle également de son habileté à s’imposer à la tête du régime à laquelle il a accédé en décembre 2011 à la mort son père Kim Jong-il (1941-2011).

Un frère aîné assassiné

Sa prise en main du pouvoir n’était pas acquise à cause de son inexpérience présumée et parce qu’en Corée du Nord, pays toujours imprégné de tradition confucéenne, le fils aîné succède au père. L’aîné des enfants de Kim Jong-il était Kim Jong-nam, né en 1971 d’une liaison avec une danseuse. Écarté de la succession, il a été assassiné en 2016 à Kuala Lumpur, semble-t-il par des agents du Nord.

Kim Jong-un serait né le 8 janvier 1984. Il est le deuxième fils de Kim Jong-il et de Ko Yong-hui (1952-2004), une autre danseuse. Le premier est Jong-chol né en 1981. Les deux ont une sœur, Yo-jong, née en 1989 et aujourd’hui proche de Jong-un.

Selon sa tante maternelle Ko Yong-suk, réfugiée aux Etats-Unis depuis 1998, Jong-un fut un enfant turbulent et colérique. Impressionné par la dureté de son caractère, son père l’aurait préféré à Jong-chol comme successeur, un choix qui aurait été validé dès ses huit ans. Comme le rappelle Sébastien Falletti dans le très vivant ouvrage "La piste Kim" (Équateurs, 2017), Jong-un reçoit ce jour-là un uniforme de l’armée et "exige qu’on l’appelle ‘camarade général’, comme son père".

Quatre ans en Suisse

À l’adolescence, il passe quatre ans (1996-2000) dans un lycée suisse sous un nom d’emprunt, Un Pak. Une expérience du monde extérieur dont il aurait conservé un goût pour le basket américain – il est ami avec le joueur américain Dennis Rodman – les jeux vidéo et la musique pop, ainsi que la maîtrise du berndeutsch, le parler bernois.

De retour à Pyongyang, il intègre l’académie militaire, dont il est diplômé en 2007, avant de rejoindre le Parti du travail et la sécurité d’État. En 2010, il devient officiellement le successeur désigné. Il accompagne alors son père dans les "tournées d’inspection".

Une chanson lui est dédiée, La Trace, dans laquelle il est nommé le commandant, qui témoigne de la volonté du régime de lui vouer un culte, comme pour Kim Jong-il et Kim Il-sung.

Bonhomie

Dès son arrivée au pouvoir, le régime construit une image de Kim Jong-un axée sur sa ressemblance avec son grand-père Kim Il-sung (1912-1994), le fondateur de la République populaire et démocratique de Corée en 1948 (RPDC, nom officiel de la Corée du Nord) qui, lui aussi, avait accédé jeune aux plus hautes responsabilités: même physique, même gestuelle, même sourire. À la différence de son père, réputé austère, Kim Jong-un joue de la bonhomie. Ce grand fumeur, amateur de bonne chère, serre les mains, bavarde avec des ouvriers et des agriculteurs, sourit volontiers et plaît aux jeunes.

"Le jeune Kim s’avéra rapidement plus déterminé qu’on ne l’avait imaginé", observe Philippe Pons dans "Corée du Nord, un Etat-guérilla en transition" (Gallimard, 2016), une référence sur la RPDC. Il n’hésita pas à s’affirmer "en chef de guerre puis en autocrate faisant preuve d’une détermination brutale dans l’élimination des fidèles de son père et de son oncle par alliance, Jang Song-taek", qui exerçait une forme de régence et fut publiquement évincé à titre d’exemple.

Rationnel

Kim Jong-un a rajeuni les cadres, finalisé le développement d’un arsenal nucléaire et lancé dès 2012 des réformes de l’agriculture et de l’industrie, suivant ainsi la ligne "byungjin" de parallélisme plaçant développement économique sur le même plan que le renforcement de l’armée. Le tout de manière raisonnée. "S’il est un terme auquel il faut renoncer dans son cas, c’est le qualificatif ‘irrationnel’. Il est parfaitement rationnel selon la logique du régime", souligne Andreï Lankov, de l’université sud-coréenne Kookmin.

Ses succès lui ont donné de l’assurance. Il s’amuserait aujourd’hui des caricatures de l’étranger. Il n’hésite plus à s’afficher avec son épouse Ri Sol-ju, fille d’un officier de l’armée de l’air et ancienne danseuse, avec laquelle il aurait trois enfants. À l’approche du sommet du 12 juin à Singapour avec le président américain Donald Trump, il semble tenir solidement les rênes de la RPDC.

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