"On va laisser le cdH faire sa danse du ventre devant nous"

©BELGA

Benoît Lutgen doit trouver la voie pour réunir des majorités alternatives à celles composées avec le Parti socialiste. Il fait très chaud et le président du cdH est parti pour transpirer un bon moment.

On ne voudrait pas sortir le registre ancien combattant mais on sait reconnaître un fusil quand il s’agit d’un fusil. Et les prémices d’une crise politique quand elles sont là. Or, ladies, gentlemen, les voilà.

Une formation politique aux abois qui débranche la prise de plusieurs gouvernements sans avoir préparé le terrain d’une alternative (le cdH). L’unique partenaire de rechange (le MR) dans un fauteuil – dans un transat, même – tant sa position est confortable et donc peu enclin à faire des concessions. Un parti dirigé par un président furieux qu’on déstabilise Bruxelles (DéFI). Un autre qui espère tirer les marrons du feu de la gouvernance (Ecolo). Enfin, une formation politique historiquement puissante au bord du gouffre, hagarde, voguant de galère en galère (le PS). Et des échéances électorales à moyen terme qui limitent la marge de manœuvre des uns et des autres.

Jour 1. C’est celui où Benoît Lutgen enfile la casquette d’un informateur en essayant de réunir autour de lui des formations politiques (MR, Ecolo, DéFI) susceptibles de composer des majorités alternatives à celles qui reposent sur l’ossature PS/cdH. Et c’est plutôt mal emmanché, surtout du côté vert et amarante.

Prenons les choses dans l’ordre.

Les revendications vertes et amarante

Chez Ecolo, les choses sont assez simples: les verts vont mettre sur la table ce mercredi une série de revendications en matière de gouvernance, à prendre ou à laisser. Il y aura là le décumul intégral, intégration des revenus privés dans les plafonds de rémunération, la suppression des provinces ou encore le "renouveau démocratique" avec un droit d’initiative citoyenne.

"C’est une occasion inespérée de faire avancer d’un coup les thèmes de la gouvernance", martèle la coprésidente Zakia Khattabi. Qui refuse d’évoquer d’autres thèmes avec Lutgen. à ce stade, autant l’écrire, les carottes vertes vont être difficiles à avaler: le décumul intégral n’est pas dans les cartons de Lutgen.

La seconde arête dans le poisson de Lutgen se nomme Olivier Maingain. D’abord, Maingain est ulcéré qu’on ait déstabilisé sa majorité bruxelloise; ce n’est un secret pour personne, il s’entendait relativement bien avec la patronne du PS bruxellois Laurette Onkelinx. Cette entente aurait d’ailleurs pu aider DéFI à assurer des tickets dans quelques majorités communales en 2018.

Maingain, donc, veut faire payer le prix fort au cdH. En exigeant, par exemple, que les centristes se séparent de Joëlle Milquet, inculpée, il sait qu’il place Benoît Lutgen devant un choix (quasi) impossible. "Que le cdH montre patte blanche sur la gouvernance et puis on verra", souligne un responsable DéFI.

Les bouliers compteurs des libéraux

Et chez les libéraux, quo vadis? On lira la surprise qui fut celle des pontes MR quand on leur a annoncé l’opération "débranche la prise" de Benoît Lutgen. Mais chez les libéraux, la surprise passée, les bouliers compteurs ont commencé à tourner. "On est un parti de responsabilité", commente un responsable wallon.

Au MR, on est donc enclin à aller voir ce qu’a à dire Benoît Lutgen. Pour le dire platement: le MR peut s’entendre facilement avec le cdH pour avancer sur le thème de la gouvernance et aller assez loin. Mais de décumul intégral, il ne devrait pas être question. D’ailleurs, ce n’est pas là que se situe le vrai problème, pointe-t-on au MR.

C’est la dépolitisation de la Wallonie qui est la priorité numéro un. Un libéral ramasse: "On est très clair, il n’est pas question de repeindre la Wallonie en bleu, c’est fini ce temps-là. On veut dépolitiser, on veut que les gens compétents soient mis aux meilleurs postes, c’est cela que nous voulons faire."

Autant l’écrire, la guillotine risque de faire rouler quelques têtes rouges. Dans le collimateur des libéraux: les outils économiques wallons. "Il faut tout diminuer drastiquement, partout on doit dépolitiser."

Les libéraux, pourtant, refusent de se cantonner au registre de la gouvernance: "On doit avoir des avancées significatives et importantes dans une série de domaines importants, sinon ce sera sans nous. On n’a rien à gagner." Un autre responsable embraye: "On va laisser Lutgen faire la danse du ventre devant nous et s’il danse assez bien, on prendra la main."

"Quel Judas"

Et le PS? Le parti est au balcon et n’a plus son sort entre les mains. Et cela fait mal. On rappelle qu’Elio Di Rupo n’est jamais aussi fort que lorsqu’il est donné pour mort. Remember 2007, dit-on, et la tentative avortée de monter une orange bleue, une coalition sans les socialistes.

Mais croit-on réellement à un retour possible du bourgmestre de Mons au premier plan? "ça ne tient pas la route une seconde, ce n’est pas lui qui peut mener l’opposition et reconstruire le parti", enrage un responsable rouge. Un autre veut croire que c’est Paul Magnette qui, en mettant l’accent sur le décumul, a profondément divisé le parti. Rien ne va plus: en liquidant le PS des entités fédérées, Benoît Lutgen a également liquidé une génération de dinosaures, celle des Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx. "Quel Judas, comment a-t-il pu nous faire cela?", se demande un troisième socialiste.

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