chronique

Système, moi non plus | Par François Lenglet

Quand il fait bon d'être anti-Système...

L’un des rares points de convergence entre les onze candidats à l’élection présidentielle française est la détestation, souvent factice ou au moins largement affectée, du "Système". Le Système, c’est l’ordre des choses tel qu’il est, le poids de la finance dans l’économie, les inégalités, la persistance d’un chômage élevé. Le Système, c’est tout simplement la réalité.

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À observer les onze programmes des candidats, neuf d’entre eux, c’est-à-dire la quasi-totalité, se concentrent sur la récusation de ce Système. D’où les propositions les plus baroques: financement de l’économie par une gigantesque banque publique, interdiction des licenciements et des délocalisations, mise en place d’un revenu universel – dans un pays qui approche les records de dépenses publiques et de déficit –, retour à la retraite à 60 ans, alors que la France dépense déjà 2 points de Pib de plus que les autres pour ses retraités, nationalisations des compagnies d’autoroutes et des énergéticiens, impôts sur les robots, taux de 100% de prélèvement pour les revenus supérieurs à 400.000 euros… Un vrai concours Lépine. Une fête pour l’esprit. Le tout avec des factures qui sont souvent comprises entre 100 et 200 milliards d’euros par an.

 

Il n’y a plus d’argent? Il suffit de faire tourner planche à billets, petit comptable à l’esprit étroit. L’argent va s’enfuir? Fermons donc les frontières, valet du capital! ça n’est pas réaliste? Ah, vous êtes bien un représentant du Système! Et si la voix du doute n’est pas éteinte par cette réplique définitive, le candidat utilisera l’arme fatale: de Gaulle, lui, n’aurait jamais transigé avec l’indépendance de la France. Si un euro était versé au budget à chaque fois que le fondateur de la Ve république a été cité dans cette campagne, l’Etat aurait éteint son déficit. La France de 2017 est peuplée d’innombrables de Gaulle de poche, bavards et intempérants en matière de dépenses.

La France de 2017 est peuplée d’innombrables de Gaulle de poche, bavards et intempérants en matière de dépenses.

Les deux autres candidats, Macron et Fillon, composent avec la réalité, chacun à sa façon. Fillon avec un programme dur, une purge qu’il a un peu adoucie après les primaires, à la fois pour tenter d’élargir sa base et de faire oublier sa mise en examen. Quant à Macron, il tente un subtil mélange entre la réalité et ce que les Français veulent entendre. Une sorte de compromis social-démocrate paré des habits frais de l’inexpérience. Signe de cet équilibrisme, son expression favorite, qui revient comme un tic de langage, est: "Et en même temps." De la justice sociale, et en même temps de l’efficacité économique. Vierge, et en même temps enceinte.

En Europe, faire de la politique consiste à aménager la réalité, pour l’améliorer. En France, et particulièrement en 2017, faire de la politique, c’est ignorer la réalité. Pas étonnant qu’un tiers des électeurs déclarent, à quelques jours du scrutin, être toujours dans l’indécision.

Chronique de François Lenglet

Jusqu’à l’issue des élections françaises, L’Echo accueille dans ses colonnes un nouveau chroniqueur, François Lenglet, l’une des personnalités économiques les plus influentes du paysage médiatique français. 

Editorialiste à France 2, chroniqueur à RTL, François Lenglet a dirigé plusieurs journaux économiques, dont le quotidien La Tribune.

Son dernier livre: "Tant pis, nos enfants paieront" (éditions Fayard) a obtenu le prix du livre d'économie 2016.

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