Créer un "AgeLab" pour des seniors 2.0

©© HBSS/Corbis

Le constat: Les personnes âgées font face à un double oubli: elles sont peu connectées d’une part, et peu d’innovations technologiques les concernent (sauf dans la santé) d’autre part. Pourtant, on constate une augmentation de leur épargne (+ 1,2% d’ici 2020 en Europe) et de leur longévité. L’idée: Créer un "AgeLab", un écosystème au service des seniors et dans lequel ils peuvent investir.

En 1900, l’espérance de vie dans la plupart des pays du monde industrialisé était de 50 ans. Désormais, l’on peut aisément atteindre les 70 ou 80 ans et plus encore. "Comment mettre à profit ce bonus de longévité?", telle est la réflexion centrale qui anime l’"AgeLab", programme de recherche multidisciplinaire créé en 1999 au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) afin de "réfléchir à de nouvelles idées et de les traduire de manière créative en solutions pratiques qui améliorent la santé des gens et leur permet de faire plus de choses durant leur vie".

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Concrètement, la structure étudie les questions de mobilité, d’hébergement, de santé, de finances personnelles, de vivre-ensemble ou encore d’accessibilité autour des seniors. Tout cela à l’aide de technologies de pointe et de chercheurs en informatique ou en médecine, par exemple, qui collaborent constamment avec les bénéficiaires eux-mêmes. Ensemble, ils travaillent sur des projets comme "Agnes", une combinaison calibrée pour simuler la motorisation, la visibilité, la flexibilité, la dextérité et la force d’une personne âgée afin de permettre aux architectes ou aux ingénieurs, par exemple, de mieux comprendre les contraintes des seniors. Une mission que partage "NavStudio", système permettant de comprendre comment les aînés naviguent sur internet, ce qui les distrait ou les décourage, en vue de les aider.

"Il y a plus de déambulateurs et de chaises roulantes que de poussettes dans certaines régions d’Europe."
Joseph Coughlin
Directeur du MIT AgeLab

Alors, plutôt que de chercher à réinventer la roue, l’idée développée ici par nos patrons s’appuie sur cet exemple concret, qui semble avoir porté ses fruits à travers les années de l’autre coté de l’Atlantique. La structure y est née d’un constat simple: le vieillissement constitue désormais une force de disruption dans de nombreux pays et économies. En Europe, "on dénombre aujourd’hui plus de déambulateurs et de chaises roulantes que de poussettes dans certaines régions". Une réalité qui touche aussi la Belgique, où la population "continue de vieillir", selon l’office belge de statistique. En 10 ans, la tranche des plus de 80 ans est même "en légère augmentation", quand, dans l’Union, elle pourrait connaître une croissance de 57,1% d’ici 2030, selon l’UCL.

Et pourtant, bien que la tendance soit connue de tous, la bonne gouvernance autour des aînés semble faire défaut, et ce, à deux titres: d’une part, de nombreuses personnes restent mal connectées face à la transformation numérique en cours, et d’autre part, peu d’innovations qui émergent les concernent au premier chef.

"Une nouvelle manière de penser est nécessaire", explique-t-on au MIT. D’autant que l’enjeu est aussi financier. Selon une étude du cabinet PwC, "la Belgique pourrait réaliser une augmentation de son PIB allant jusqu’à 10% en exploitant mieux le potentiel de ses travailleurs plus âgés", par exemple, ceux qui sont les seniors de demain. Surtout que dans la catégorie des actifs de 55-64 ans, plus de 55% ont déjà arrêté de travailler, d’après Eurostat. On pourrait donc, par rapport au concept initial, ajouter un élément pour remédier à ce problème aussi, permettant d’intervenir en amont (générationnel). Pour cela, il faut se tourner vers la France où a été conçu l’"Accélérateur de croissance". Sa mission? Embarquer des dirigeants en fin de carrière, détachés de grands groupes pour épauler des jeunes entrepreneurs. Il s’agirait là de leur faire mettre un pied dans cet "Age Lab" avant la retraite.

Mobiliser l’épargne

Et tant qu’à faire, autant ne pas s’arrêter en si bon chemin pour étayer l’idée du MIT. Nos patrons ont proposé, pour la version belge, la mise en place d’un fonds destiné à rediriger l’épargne des aînés – en croissance d’ici 2020 selon les chiffres – dans les technologies qui leur sont destinées.

Après tout, l’enquête trisannuelle HFCS de la Banque nationale sur les avoirs financiers des Belges par catégorie d’âge indique que le patrimoine net moyen des 55 ans et plus tourne autour des 400.000 euros, principalement grâce à des actifs réels (biens immobiliers, logement propre,…), mais aussi à des actifs financiers (actions, fond de placement, assurance-vie, dépôts,…). Dès lors, pourquoi ne pas imaginer qu’une partie de cette manne ne soit investie dans un écosystème spécifique à cette catégorie d’âge et destiné à en améliorer le bien-être?

La quête de la "jeu­nesse éter­nelle"

Bien­tôt, nous vi­vrons tous jus­qu'à 138 ans. Avec quelles consé­quences? L'Echo a étu­dié les per­cées scien­ti­fiques qui nous at­tendent et les so­lu­tions qui per­mettent d’échap­per aux tur­pi­tudes liées à l’âge. Découvrez-les dans notre dossier en ligne.

Interrogé sur cette idée, Joseph de Gheldere, directeur général du réseau de business angels Be Angels, explique que si, au début, les investissements proposés à ses membres étaient consentis "majoritairement par des personnes à la retraite ou en préretraite", désormais, "leur nombre a diminué en proportion, car beaucoup de personnes encore actives participent aussi", signe d’un changement de mentalités profond. Il en va une fois de plus d’un point positif pour le plus long terme. Les actifs d’aujourd’hui sont les retraités de demain. Et ce, sans que le privilège soit destiné aux seuls plus fortunés. En effet, "nous offrons la possibilité de se syndiquer aux gens qui n’ont peut-être pas les mêmes moyens, afin qu’ils puissent tout de même accompagner un business angel avec un ticket individuel moins important". Une idée qui pourrait être explorée ici.

Bruxelles comme base

Reste enfin une question: où installer ce fameux "AgeLab"? Sur base des chiffres de l’office belge de statistique, la Région de Bruxelles-Capitale semble se poser comme un choix particulièrement indiqué car, si l’on y trouve, de manière générale, seulement 10,5% de la population belge contre 31,9% en Wallonie, le tissu économique et universitaire (ULB et UCL) y est particulièrement propice à l’innovation, quand la classe d’âge des 65 + (13,1% de la population) y est presque aussi bien représentée qu’au sud. Il s’agirait donc là d’un bon point de départ. Mais Bruxelles, c’est grand. Où commencer? Plusieurs communes de la capitale comptent une population d’aînés au-dessus de la moyenne nationale, élément intéressant dans notre cas de figure. C’est le cas de Watermael-Boitsfort, Woluwe-Saint-Pierre et Uccle. Si l’on y ajoute Waterloo, où les seniors dépassent les 20% de la population, la zone géographique à retenir se dessine quasi d’elle-même. Il n’y a plus qu’à…

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