Merci pour cette déception

D’une équipe heureuse simplement d’être là, on est passé à une équipe qui affiche son ambition et sa rage de vaincre. ©AFP

Le hors-jeu de Fernand Grifnée, CEO d'Ores.

Que dire qui n’ait été dit? Qu’écrire qui n’ait été écrit? Dimanche le livre de la Coupe du monde "Russia 2018" se refermera définitivement. Un mois s’est écoulé depuis la cérémonie d’ouverture; qui se souvient encore que c’était un jeudi et que ce soir-là les Russes avaient battu l’Arabie saoudite 5 buts à 0 (je vous épargne le nom des buteurs)?

Pour nous Belges, ce sont d’abord des émotions qui resteront. Des émotions fortes: la force tranquille du premier tour; le thriller haletant contre le Japon; le bonheur – tout simplement le bonheur – contre le Brésil; et puis finalement la désillusion tellement cruelle contre nos voisins français.

Les Diables nous ont donné l’ambition d’être champions du monde.

Depuis jeudi, ce qui domine surtout, c’est un sentiment de joie. Pas un sentiment de fierté nationale ou de fierté du pays. Non. Nous les Belges, nous ne sommes pas comme ça. Plutôt un sentiment de joie pour tant de bonheur partagé, à plusieurs milliers devant des écrans géants, à dix ou douze autour d’un barbecue dans le jardin de voisins ou d’amis ou simplement en famille. J’en connais même qui l’ont partagé seul, ce bonheur, sagement assis devant leur téléviseur, une veille d’examen.

Comme en 1986 au Mexique, penseront les nostalgiques de l’époque. Au fond, pas vraiment comme en 1986. Depuis cette épopée qui, à défaut d’être russe, n’en était pas moins déjà tout à fait folle, une chose a changé. Définitivement j’espère. En Russie, et c’est sans doute là son plus grand mérite, le groupe de Martinez nous a appris à nous rêver ambitieux. Peu importe d’avoir le meilleur gardien ou le meilleur joueur du tournoi en nos rangs, peu importe d’avoir proposé le plus beau jeu de la compétition, nous ne voulons plus être le champion du monde du fair-play. Les Diables nous ont donné l’ambition d’être champions du monde. Ou dans deux ans, d’être champions d’Europe. D’une équipe heureuse simplement d’être là – rappelez-vous les "tout le reste, ce sera du bonus" si souvent entendu lors des compétitions précédentes – on est passé à une équipe qui affiche son ambition. Gagner est aussi un scénario possible. Et ce sentiment-là, c’est assurément le meilleur d’entre tous.

Au fond, et d’une certaine façon un peu paradoxalement, notre principale raison d’être heureux aujourd’hui ne réside-t-elle pas dans notre déception? Malgré une victoire acquise de haute lutte contre le favori brésilien, malgré une demi-finale – et qui sait une troisième place – historique, les Belges se sont d’abord réveillés déçus mercredi dernier. Et c’est une formidable nouvelle. Car à ce stade de la compétition, seuls les ambitieux peuvent être déçus.

Merci pour cette déception.

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