interview

Barbara Trachte: "De grands artistes sortent de nos académies de musique"

La secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique, Barbara Trachte (Ecolo), dans la grande la salle Henry Le Boeuf à Bozar. ©Kristof Vadino

Mélomane longtemps accro au chant et au piano, la secrétaire d'État bruxelloise, Barbara Trachte (Ecolo), a toutefois préféré le droit au Conservatoire.

Une petite plaisanterie s'impose pour redonner le sourire à la secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique, légèrement crispée par la séance photo. Pas étonnant, tant Barbara Trachte (Ecolo) semble cultiver la discrétion. Elle n'a pas pour habitude de donner son avis sur tous les sujets et distille très peu d'éléments sur sa vie privée. À l'ère de l'autopromotion et des invectives incessantes sur Twitter, ce n'est pas si commun. On aperçoit parfois ses filles âgées de trois et six ans sur les réseaux sociaux, toujours de dos. Une manière pour elle de rappeler sans le verbaliser que les femmes qui le souhaitent peuvent mener de front carrière professionnelle et vie de famille.

En acceptant de se prêter au jeu de la traditionnelle série d'été qui amène les mandataires hors du champ politique, Barbara Trachte lève un coin du voile sur son parcours personnel. Quand s'ouvrent devant nous les portes de la grande salle Henri Le Boeuf à Bozar, on l'entend murmurer à travers son masque: "C'est beau!" C'est elle qui a choisi ce "temple de la culture belge" pour évoquer sa passion pour la musique.

Élue conseillère communale à Schaerbeek en 2012, elle retrouve les couloirs de l'Hôtel de Ville où elle a passé, enfant puis adolescente, ses examens de musique dans la salle des mariages. "Je n'allais là-bas que pour ça, donc ce bâtiment me faisait peur. Ils ont un très bon piano à queue acheté quand j'étais à l'académie. Quelques jours avant l'examen, on allait l'essayer le soir, ce qui est indispensable car les défauts des instruments influencent la façon de jouer. Il faisait tout noir et le bruit de mes pas résonnait. Il fallait remettre les plombs pour que toutes les lumières s'allument d'un coup, dans un grand fracas", se souvient-elle.

"Issu d'un grand collège catholique, mon père voulait que l'on développe notre côté artistique et pas uniquement notre nature intellectuelle."

Scolarisée à l'Institut Saint-Dominique, elle passe à l'époque presque autant de temps à faire de la musique que sur les bancs de l'école. Aux leçons de solfège et de piano entamées à Schaerbeek vers l'âge de sept ans, s'ajoutent vers 14 ans les cours de chant à l'académie de la Ville de Bruxelles. Les dictées de notes de musique étaient "faciles" pour la soprano léger. "Issu d'un grand collègue catholique, mon père voulait que l'on développe notre côté artistique, et pas uniquement notre nature intellectuelle."

Voie de garage

Mais à l'heure du choix des études supérieures, c'est quand même le droit qui l'emporte sur le Conservatoire. "Les chiens ne font pas des chats! Mon père bossait pour Amnesty International quand j'étais petite et ma mère au Petit Château, donc je baignais dans les droits de l'homme. En fait, j’avais déjà pris ma décision fin du secondaire. J’avais regardé assez lucidement mes capacités: un niveau correct en piano, mais pas brillant; beaucoup de facilités en chant, mais pas une voix de dingue."

Après l'examen final à l'académie, elle eut la sensation de se retrouver sur une voie de garage au niveau musical. "Si tu ne fais pas le Conservatoire, il n'y a plus vraiment d'options pour progresser, à part peut-être des cours privés, ce qui est vraiment dommage."

Outre le temps consacré à la pratiquer, Barbara Trachte écoutait beaucoup de musique. Elle se rappelle des places debout achetées juste avant les représentations à la Monnaie. "Après la fermeture des portes, les ouvreurs nous proposaient les places assises restantes. Ça ne m'est jamais arrivé de rester debout." Le concours Reine Élisabeth reste pour elle un rendez-vous immanquable. "C'est un grand moment de musique, même si la performance prend parfois le pas sur la musicalité. Mais cela reste en général très beau. Comme j'ai fait du chant et du piano, ça me touche particulièrement, mais je regarde aussi le violon. À l'époque, je suivais tout!"

"Diffusé en prime à la télévision et à la radio, le concours Reine Élisabeth est un événement très suivi qui peut susciter des vocations. Comme les Jeux Olympiques."

Et de souligner la démocratisation de la musique classique permise par ce concours. "Diffusé en prime time à la télévision et à la radio, c'est un événement très suivi qui peut susciter des vocations. Comme les Jeux Olympiques. Surtout que nos académies sont partout, c'est un enseignement très accessible avec un réel effort de pédagogie. De grands artistes sortent de nos académies, comme Jodie Devos. Il ne faut pas forcément avoir fait l'école japonaise ou russe!"

Sa consommation de culture a baissé depuis l'arrivée de ses enfants. "Mon seul contact avec la musique pour l’instant, c’est via Spotify en marchant", raconte Barbara Trachte, qui considère que la plateforme n'est pas idéale pour écouter du classique. Éclectique, elle a ses tickets pour le concert – reporté du fait du Covid-19 – de Tim Dup, au Botanique. "C'est de la pop électronique. Et il dit de jolies choses."

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