Charles Picqué prépare l'invasion des robots

©Anthony Dehez

Tout un programme, le "Grand Charles". Passionné par les robots et les fourmis, il a trouvé le chaînon manquant entre ses deux passions. Accrochez vos ceintures.

L’affaire n’est pas simple, en vérité, et on a bien considéré la chose. Le mot d’ordre de la série était clair: un homme, une passion (ou une femme, une passion). Et là, Charles Picqué vient nous mettre le truc par terre: il a deux passions.

Sa terrasse de l’été

Les terrasses du parvis de Saint-Gilles: elles ont été rénovées, et le parvis vient d’être piétonnisé. "C’est fréquenté par le tout Bruxelles, mais c’est un lieu convivial avec un grand mélange de population, c’est cool et pas snob. J’aime y boire une bonne blonde."

Son tube de l’été

Jaïn, le titre "All right". "C’est une chouette chanson optimiste. Et j’ai aussi acheté une compilation de Johnny Cash, le roi de la country, pour cet été."

Son livre de l’été

Un livre de Franz De Waal, traduit de l’anglais, "Sommes-nous trop bêtes pour comprendre l’intelligence des animaux?""Et un autre que je veux absolument lire, c’est Laurent Alexandre, "La guerre des intelligences"."

Et il passe de l’une à l’autre – à l’aise – entre l’entrée et le dessert. Il y a les robots. Il y a les fourmis. À ce stade, on vous sent hésitant.

Vous vous dites, c’est les vacances, ok, mais vais-je vraiment perdre 15 minutes à lire un papier sur un politique passionné par les robots anciens et par les interactions sociales au sein d’une fourmilière…

On vous engage, cependant, amis lecteurs, à vous accrocher quelque peu – on vous promet que vous ne le regretterez pas. Il dit: "Moi, j’aime la myrmécophilie." Et il fait un de ces clins d’œil désormais légendaires (à Bruxelles).

Notez: on n’a même pas fait semblant de savoir ce qu’était un myrmécologue. Il a dit: "C’est l’étude de tout ce qui vit dans une fourmilière."

Et on a commencé à parler robots. "Mon amour des robots, ça date de ma visite à l’Expo 58. J’avais neuf ans. La robotique, ça mélange mon amour des techniques et mon intérêt dévorant pour le cinéma fantastique et de science-fiction. En 58, il y avait un robot expérimental qui se déplaçait dans les pavillons, ça m’avait frappé. J’ai commencé à collectionner les robots, certains avec des clés, d’autres avec des piles. J’ai toujours été fasciné par cette envie qu’ont de tout temps eu les hommes de construire des choses qui se substituent à eux, depuis Léonard De Vinci. Ce qui me fascine le plus, ce sont les robots anthropomorphes."

Il dit: "Le mot robot est d’origine tchèque, ça veut dire besogne, corvée."

"Tu mets la tête d’un type dans une fourmilière et il peut claquer, hein. C’est très puissant."

"Le thème des robots a rebondi avec Isaac Asimov, un type qui a mis l’accent sur les robots collaboratifs, des robots qui collaborent à une tâche. On a les robots industriels sur les chaînes de montage, on a les robots domestiques, les robots létaux, les robots médicaux, les robots joueurs – comme celui qui a battu Kasparov en 97. On développe des robots qui ont le sens artistique. La gamme d’activité que les robots peuvent accomplir s’élargit chaque jour. Demain, les robots pourront être de bons assistants de bureaux d’avocats ou de courtiers d’assurance. Avec l’intelligence artificielle, on mêle la mathématique, la logique et la neurologie. La révolution chez les robots, aujourd’hui, tient à deux paramètres: l’interconnection et la capacité de stockage. La capacité de stockage est un facteur clé dans le développement de l’intelligence artificielle."

©Anthony Dehez

Il s’emballe: "On rejoint la science-fiction. Les Gafa étudient les neurones profonds, c’est-à-dire les mécanismes qui s’éloignent des logiques de raisonnement humain. Donc la machine développe ses propres raisonnements."

Il dit: "Je suis pas un spécialiste, mais ça me passionne."

On sent bien que si on vire trop "Sciences & Vie", on va vous perdre. Il dit: "Il y a un péril. Il y a un risque pour la race humaine." On lève les épaules. "C’est pas moi qui le dit, c’est Stephen Hawking!"

"Le danger est que les robots s’autonomisent. Entre autres grâce à leurs interconnexions. C’est pour cela que Google travaille beaucoup pour le moment sur l’idée d’un bouton d’arrêt d’urgence qui empêche les robots de contourner leur interruption. Il faut éviter que l’intelligence artificielle puisse apprendre à empêcher son interruption. C’est le grand débat chez les spécialistes de la robotique." On dit: Ah, bon.

Sinon, pour la collection, Picqué dit ne pas acheter de robots anciens: "Ils sont devenus hors de prix. J’achète des copies. Ma collection, c’est un levier vers les aspects scientifiques et sociétaux. La robotique, ça peut aider à construire le meilleur comme le pire des mondes. Tout réside dans notre capacité à ne pas être dépendant. Le danger, c’est que les robots nous dépassent en s’interconnectant entre eux. Ils amassent les données et se passent de commandes humaines. Deux chercheurs de l’ULB (Birattiri et Garattoni, NDLR) viennent de découvrir la théorie de l’intelligence en essaim. Ils ont constaté que désormais, certains robots avaient développé la capacité de s’interconnecter et de se répartir les tâches."

Il s’arrête, il a des étoiles plein les yeux.

"Et là, mon ami, on rejoint mon autre passion." Il claque dans les mains: "C’est ça, le lien avec l’entomologie et les fourmis en particulier."

"J’ai toujours été fasciné par cette envie qu’ont eu de tout temps les hommes de construire des choses qui se substituent à eux, depuis Léonard De Vinci."

Il demande: "Qui détient le pouvoir chez les fourmis?" On tente: la reine? "Non! C’est l’interconnection qui détient le pouvoir. On sait ça. Tu saisis les ponts entre l’intelligence artificielle et l’intelligence naturelle? La fourmi était un individu solitaire mais au fil du temps, elle s’est associée, mutualisée."

Il soupire: "Je voulais aller en Amazonie pour fêter la fin de mon mandat de ministre-président, ça ne s’est pas fait, mon médecin ne m’a pas laissé partir, trop dangereux vu mon âge. Trop de parasite, là-bas. J’ai été frustré. Je voulais voir la fourmi parasol, celle qui découpe des feuilles sous lesquelles elle cultive des champignons. C’est incroyable."

Là, on est passé à la vitesse supérieure: "Ce qui extraordinaire chez les fourmis, c’est la diversité des tâches. Elles sont cultivatrices, éleveuses."

©Anthony Dehez

On dit (pour rire): ce sont des communistes! Il embraye (sans rire): "Mais voilà! Chez les fourmis, l’individu n’est rien. Il y a eu la sociobiologie, un courant de pensée il y a quelques décennies, mais ça a été abandonné parce que ça justifiait un tas de choses comme l’esclavage. Tu sais que les fourmis ont des esclaves: elles soumettent des fourmis d’autres espèces, elles ont inventé aussi la propagande, elles envoient de messages pour semer la zizanie dans les autres fourmilières. L’acide formique, c’est très puissant. Tu mets la tête d’un type dans une fourmilière et il peut claquer, hein. C’est très puissant."

Il rêve à voix haute: "On fait des découvertes tous les jours, on a découvert maintenant les fourmis kamikazes qui se font éclater quand la fourmilière est assiégée". "Elles se font sauter", il dit. Et il fait un clin d’œil.

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