Échec et mat avec Michaël Trabbia

©Anthony Dehez

Formé au sein des plus grandes écoles de France, le patron d’Orange Belgique est un tacticien. Un trait de personnalité qu’il tire d’une passion profonde pour le jeu de Kasparov, Carlsen & Cie.

Puisque le photographe en a décidé ainsi, nous jouerons les blancs, lui les noirs. On ouvre donc les hostilités en déplaçant notre premier pion sur le damier XXL qui nous fait face. D’une case. "Tiens, ça c’est original", ironise Michaël Trabbia, visiblement amusé. Puis, le patron d’Orange Belgique se concentre et prend peu à peu possession du centre du plateau, sa préférence. Les coups s’enchaînent, pour mener, rapidement, à une menace palpable… Ah, mais non, en fait, ce n’est plus une menace, mais la fin qui nous attend. Nous sommes faits. Conscient de la situation, notre adversaire du jour a un peu pitié de nous… mais pas trop, esprit de compétition oblige. Alors on réfléchit, imagine des pistes de sortie, mais, dans la précipitation, on commet l’erreur fatale, celle qu’il avait vue venir, grosse comme un camion. "Echec et mat", lance-t-il tout sourire.

CV EXPRESS

• Né en 1976, marié et père de deux enfants.

• Diplômé de Polytechnique et de Télécom ParisTech, après être passé par le célèbre lycée Louis-le-Grand.

• Débute sa carrière à l’Arcep, régulateur français des télécoms.

• Travaille dans plusieurs cabinets ministériels, dont celui de Christian Estrosi, à deux reprises.

• Connaît un parcours fulgurant chez Orange, qu’il rejoint en 2011, où il est le CEO pour la Belgique depuis 2016.

Cela n’aura pas duré longtemps. On se serre la main, parce que le sport (cérébral), c’est aussi du fair-play. On vous dit passionné d’échecs, l’interroge-t-on en guise de diversion à ce revers sportif. "C’est vrai, confie l’intéressé. J’ai commencé alors que j’avais à peine dix ans avec un jeune prof qui m’a transmis sa passion." Ce qui lui a plu? "La stratégie, la tactique. Il est important d’anticiper, aussi bien les mouvements de son adversaire que les siens." Quitte à "oublier tout le reste", après tout, "c’est un jeu de passionné. Quand on est dedans, le monde autour de vous s’arrête", évoque-t-il sur le ton de la confidence.

Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’y jouer de temps à autre avec ses proches. Sur ce point, l’homme dit attendre avec impatience le jour où ses enfants le battront. Un esprit de compétition qu’il a lui-même mis à profit dans le cadre de divers tournois auxquels il a participé. Pour l’adrénaline. "Un compétition est toujours extrêmement différente et demande une concentration et un état d’esprit particuliers", explique le patron.

Une niaque qu’il travaille aussi dans le judo, sport qu’il pratique de manière hebdomadaire à Woluwe pour "se vider l’esprit", mais aussi "se refocaliser dans un monde empreint de multi-tasking", nous dit-il. Comment s’est-il dirigé vers cette activité? "Il s’agit d’un sport très répandu en France", explique Michaël Trabbia qui dit l’apprécie vivement pour ses valeurs: "Amitié, sincérité, courage, honneur et respect." Du reste, ce sport permet d’apprendre "la meilleure manière d’employer l’énergie, que ce soit la sienne ou celle de son adversaire". D’ailleurs, "ce n’est pas forcément le plus costaud qui l’emporte", ironise-t-il. Une philosophie qui se traduit aussi niveau business où il faut analyser comment "employer les ressources de l’entreprise, se focaliser", ce qui n’est pas rien quand on dirige une entreprise de taille comme peut l’être Orange Belgique dans les télécoms.

"Aux échecs, il est important d’anticiper, aussi bien les mouvements de son adversaire que les siens. C’est un jeu de passionné. Quand on est dedans, le monde autour s’arrête."

Habitué au dépaysement

©Anthony Dehez

Justement, on interroge le patron sur son arrivée dans le pays, le dépaysement, tout ça. Après tout, Michaël Trabbia est un Français originaire "d’une petite ville de province", comme il le dit lui-même, arrivé en chez nous en 2016 pour prendre les commandes de l’ex-Mobistar. L’homme se dit habitué à ce dépaysement. "Chaque endroit apporte quelque chose de différent. Il faut savoir en profiter." Et pour cause, né à Martigues, près de Marseille, où il vit pendant 12 ans, il émigre peu de temps après à Tahiti où il passera cinq années. "La culture là-bas n’avait rien à voir. La relation au travail n’est pas la même. En effet, les gens prennent le temps de vivre. Il fait chaud, la nourriture est à portée de main." Toute une expérience.

"À Tahiti où j’ai vécu 5 ans, les gens prennent le temps de vivre. Il fait chaud, la nourriture est à portée de main. La culture n’a rien à voir."

Ecolage à la française

©Anthony Dehez

Puis, c’est direction Paris, la capitale qui "fait rêver". Là, il profite d’une des fiertés du pays: un système éducatif hors pair, composé d’institutions et de professeurs de renom. Lui, entre au lycée Louis-le-Grand, dit le "LLG", pour les intimes, célèbre établissement d’enseignement secondaire et supérieur public qui a vu passer des géants comme Baudelaire, Citroën, Degas, Delacroix, Diderot, Giscard d’Estaing, Hugo, Jaurès, Molière, Péguy, Pompidou, Robespierre, Sartre ou Voltaire – appelés des "magnoludoviciens". Une sérieuse porte d’entrée pour son prochain défi: Polytechique, alias l'"X", prestigieuse école d’ingénieurs qui, là aussi, a vu passer des noms bien connus comme Bernard Arnault, Carlos Ghosn, Gérard Mestrallet, Henri Poincaré, Auguste Comte, Jean Tirole, Maurice Allais ou encore Jean-Jacques Servan-Schreiber. "Une période passionnante de ma vie", résume Michäel Trabbia, animée de rencontres avec des gens "brillantissimes", qu’il complétera d’un passage ensuite à Telecom ParisTech.

Sa Terrasse de l’été

Le Chalet Robinson au bois de la Cambre.

ses livres de plage

"Mon auteur préféré est Isaac Asimov (écrivain américano-russe, surtout connu pour ses œuvres de science-fiction et de vulgarisation scientifique, NDLR)." Par contre, "si je ne devais citer qu’un livre, ce serait 1984 de George Orwell, un roman encore plus actuel avec les débats sur les fake news et le RGPD".

son tube de l’été

"Si je devais citer un titre récent, ce serait 1987 de Calogero, qui me renvoie à ma jeunesse. Sinon, j’aime la chanson française/francophone de manière large, de Johnny Hallyday à Jean-Jacques Goldman, en passant par Renaud ou Stromae."

Diplômé, l’aventure peut commencer, "parce qu’à l’école l’on apprend beaucoup à raisonner, mais pas la vraie vie", confie-t-il en riant. Il commence donc sa carrière à l’Arcep (à l’époque, l’ART), le régulateur français des télécoms, où il est chargé du contrôle et de l’attribution des licences mobiles pour la 3G – cocasse quand on sait aujourd’hui la tension qui existe dans le secteur en Belgique, à l’aube d’une vaste enchère sur le spectre qui doit déterminer en 2019 qui aura quoi en matière de 4G et 5G notamment, et ce, pour vingt ans.

Puis, c’est l’heure de la politique, enfin, des cabinets plutôt. Il travaille pour Claudie Haigneré, alors ministre déléguée aux Affaires européennes. "C’est l’époque de mes premiers voyages réguliers à Bruxelles", se souvient le patron. Puis, pour Christian Estrosi, actuel maire de Nice, à l’époque ministre de l’Industrie. Deux fois. "Je m’y suis occupé de l’introduction de la TNT et du plan de rattrapage sur le haut débit (l’ADSL, à ce moment-là, NDLR)". Un autre âge…

La porte lui est alors grande ouverte, comme le veut la coutume de l’autre côté de la frontière, d’entrer au sein du commandement d’un fleuron français. Pour lui, ce sera le géant des télécoms Orange, en 2011, où il travaille avec Stéphane Richard, actuel PDG, après s’être occupé des affaires publiques pendant trois ans. Après avoir gravi les échelons, il est rapidement désigné pour prendre la tête de la filiale belge du groupe, poste qu’il occupe aujourd’hui encore et où l’"on ne peut pas s’endormir". Les différents dossiers chauds de l’été l’y auront sûrement aidé…

©Anthony Dehez

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