Michel Croisé fait vibrer la corde sensible

©Anthony Dehez

Le patron du groupe Sodexo Benelux ne se contente pas de vendre de la qualité de vie, il la pratique aussi en privé, notamment en jouant tout Clapton sur des six cordes de collection.

S’investir à fond dans ce qu’on fait, non seulement au travail, mais aussi durant tous les autres moments qui jalonnent les vingt-quatre heures de chaque journée: en famille, en compétition… Cet engagement, ce pourrait être la devise de Michel Croisé. Le président beneluxien du groupe de restauration collective Sodexo est un homme entier. "Chez Sodexo, je vends des services de qualité de la vie. Je m’investis à fond là-dedans. Mais je veux aussi avoir du temps pour m’occuper de ma femme, de mes enfants: du temps choisi. J’aime également jouer de la guitare, et un des gros avantages qu’offre la musique est qu’on peut prendre du temps pour en jouer à tout moment: quand je rentre chez moi, je peux y consacrer dix minutes… ou quatre heures, selon les disponibilités."

De même en voyage, il emporte toujours avec lui une Travel Guitar, une guitare démontable qui peut être rangée comme bagage à mains en cabine. Le soir à son hôtel, elle lui permet de faire ses gammes ou d’improviser après avoir assumé son rôle de manager.

Cv express
  • Né le 4 avril 1961.
  • Diplômé en kinésithérapie (ULB, 1984), formation en management à l’IACE (1986).
  • Exerce comme kiné de 1984 à 1988.
  • CEO de Belgian Health Promotion (1986-90), puis de Pass Port (1990-92).
  • Entre dans le groupe Sodexo en 1994, d’abord comme directeur des ventes, puis comme CEO de Sodexo Pass Belgium.
  • Devient CEO de Sodexo Belgium & Lux en 2005.
  • Président de Sodexo Benelux depuis 2014.

Il est tombé très jeune dans l’univers de la six cordes. À l’âge de huit ans, il a commencé à apprendre la musique à l’académie: solfège et guitare classique. Seulement voilà, comme il est né en 1961, il a été, de son propre aveu, "biberonné à la pop et au rock, aux Beatles et à Eric Clapton". Une fois adolescent, il a délaissé le répertoire classique pour apprendre les morceaux de ses idoles.

Depuis, le virus de la "gratte" ne l’a plus jamais lâché. Aujourd’hui, il est capable de jouer tous les morceaux de Clapton qu’il souhaite en reproduisant non seulement la partition, mais aussi le son du maître. "Je joue mieux qu’à l’âge de vingt ans, souligne-t-il. C’est ce qui est formidable dans la musique: vous pouvez apprendre jusqu’à la fin de votre vie!" Sur ce, il s’arrête pour jouer "Layla" tout en finesse sur une Martin de collection.

La "Beauté" de Clapton

Il a pris l’instrument de son support fiché dans le mur, dans une aile de son salon, où attendent vingt autres guitares qui ont toutes une histoire. "J’en ai plus que des doigts et des orteils", ironise-t-il. Car Michel est devenu collectionneur. "Ce sont de beaux objets. J’adore leur esthétique."

Il nous fait admirer une Martin D-28 de 1967: "Un modèle très rare. Il n’en existe qu’une centaine d’exemplaires parce que le constructeur a identifié à l’époque un problème dans le choix du bois (palissandre de Rio) et qu’il en a arrêté la production." Suivent deux autres Martin, une Bellezza Nera et une Bellezza Bianca.

En saisissant cette dernière par le manche, il esquisse un sourire. "C’est celle d’Eric Clapton lui-même…" Il l’a dégottée en fouillant les sites spécialisés sur internet. "C’est celle avec laquelle il joue sur l’album ‘Back Home’(2005). Je cherchais une Nera, puis quand j’ai trouvé sa Bianca, j’ai craqué."

Un instrument complet

Il enchaîne en posant sur ses genoux son dobro, sur lequel il interprète "Walking Blues", de Robert Johnson, à la manière de Clapton sur "Unplugged". Un blues du Delta, joué au slide, c’est-à-dire en faisant glisser sur les cordes un tuyau de plastique ou de métal enfilé sur le petit doigt de la main gauche. La guitare est accordée en sol (DGDGBD pour les amateurs), afin de pouvoir faire résonner les basses à vide dans le même ton que les notes cueillies au slide.

"Quand vous jouez de la guitare, si vous n’êtes pas à fond dedans, il n’y a rien qui sortira."

La visite se poursuit avec deux Ovation (ces guitares au dos ovalisé comme des luths), plusieurs Taylor, dont une douze cordes, deux Washburn, deux ukulélés… Le mur du fond est consacré, lui, aux électriques, parmi lesquelles on reconnaît une Fender Telecaster et une Gibson Les Paul . Là dessus, Michel Croisé branche sa pédale Loop et nous interprète "When my guitar gently weeps", de George Harrison.

"Je joue tout seul des morceaux que d’autres jouent en groupe, en essayant de me rapprocher le plus possible de l’original." Pour y arriver, il fait appel à un ami guitariste professionnel, qui lui donne des cours et l’aide à concevoir des arrangements. C’est aussi la raison pour laquelle il a choisi la guitare. "Un instrument complet, contrairement au violon ou au saxophone, qui vous permet de tout jouer seul. Comme le piano." Une leçon qu’il a donnée à ses quatre enfants: "Apprenez un instrument, mais de préférence un instrument complet…" Un impératif aussi, pour une personne à l’agenda chargé et qui, de ce fait, n’a pas l’occasion de répéter en groupe: trop contraignant de devoir honorer des rendez-vous ponctuels avec les autres membres du band.

Cela ne l’empêche toutefois pas de soigner le "produit". Michel fait le parallèle avec ses passés de kiné et de compétiteur en voile et planche à voile: "Les golfeurs me disent souvent qu’ils se battent contre eux-mêmes et pas contre les autres, et qu’il faut être ‘aligné’… J’ai été kiné du sport et j’ai observé que dans quasi tous les sports, on se bat contre soi-même. Et l’on est performant que si l’on se met à fond dedans. C’est pareil en musique. Quand vous jouez de la guitare, si vous n’êtes pas immergé dedans, il n’y aura rien qui sortira. Ce ne sera qu’un simple acte technique."

"J’adore l’esthétique des guitares."


Il ne va pas jusqu’à composer lui-même, mais aime reproduire un morceau, puis y introduire des variations. En soignant l’impression d’ensemble. "Prenez ‘Eleanor Rigby’, des Beatles: soit vous le jouez comme le ferait un scout à la veillée, soit vous en faites un arrangement de telle sorte qu’on y retrouve même la patte des violons!" Le genre de défi qu’il apprécie de relever… On termine la visite guidée en l’écoutant égrener la mélodie de "The Entertainer", le ragtime de Scott Joplin arrangé par Chet Atkins, puis "Michelle". Les notes s’envolent, mais reste ensuite en tête l’air de base du premier: ré, mi, fa, fa dièse, ré (octave supérieur), fa ré, fa ré… Son, émotion. Pas de doute, le gaillard sait jouer de la corde sensible.

Sa cantine de l'été

Chez Ricardo, la petite camionnette rouge qui déboule tous les jours sur fond de musique brésilienne pour servir les amateurs de bons plats Place Sainte-Catherine, au cœur de la capitale que Michel et sa femme aiment tant.

ses livres de plage

Il vient de lire "Les Piliers de la Terre", de Ken Follett, qu’il a trouvé rafraîchissant, avant d’enchaîner en dévorant plusieurs livres dédiés à la méditation. "Toute la lumière que nous ne pouvons voir", de l’Américain Anthony Doerr traîne sur une table basse: "Ah, oui, j’ai beaucoup aimé!" Sinon, ce fidèle de la librairie Filigranes s’y laisse conseiller par son ami Marc Filipson. "Il me conseille des livres tout en m’assurant qu’il me rembourserait si ça ne me plaisait pas. Ce n’est jamais arrivé…"

son tube de l'été

Il écoute un peu de tout, mais s’il fallait retenir un titre à travers le temps, il citerait "When my guitar gently weeps", dans la version présentée par Eric Clapton, Paul McCartney, Ringo Starr et le fils de George Harrison lors du "Concert for George" donné un an après la disparition du guitariste des Beatles.

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