Piet Vandendriessche à col roulant

©Anthony Dehez

Le CEO du bureau Deloitte Belgium n’a pas abordé la "petite reine" comme la majorité des cyclotouristes; cet amateur de défis s’est mis d’emblée au pied du mur, c’est-à-dire des cols haut perchés…

À coups de pédale souples, l’homme progresse vêtu d’un maillot couleur anthracite floqué "Dimension Data" sur sa poitrine. C’est la tunique d’une équipe cycliste professionnelle qui jouit depuis deux ans du statut "WorldTour". Elle a participé au dernier Tour de France avec des champions comme le Britannique Mark Cavendish, le Norvégien Edvald Boasson Hagen ou le Belge Serge Pauwels.

CV Express

• Né en 1965, marié, trois filles.

• Études de droit à la KU Leuven, complétées d’une spécialisation en droit fiscal.

 • Y a assuré différentes fonctions, dont celle de directeur fiscalité et droit pour l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, avant de devenir CEO de Deloitte Belgium en juin 2016.

• Chargé de cours à la KUL.

• Siège au conseil du Voka, l’organisation patronale flamande.

Si Piet Vandendriessche ne craint pas de revêtir son maillot quand il s’adonne à sa passion pour la petite reine, c’est parce que Deloitte, le bureau conseil dont il dirige la filiale belge, est co-sponsor de l’équipe sud-africaine. Un choix mûrement réfléchi, car Dimension Data n’est pas une entreprise comme les autres. Elle parraine Qhubeka, une ASBL qui offre des vélos à des jeunes étudiants ou travailleurs à travers le continent africain. Après l’avènement du "sport business", c’est peut-être le début du "sport ONG". Une démarche à laquelle Piet Vandendriessche et ses collaborateurs s’associent d’ailleurs activement, en donnant eux-mêmes des vélos à Qhubeka en marge de leurs activités en Belgique.

Pour Piet, l’aventure à rayons a commencé il y a vingt ans, lorsque ce footballeur amateur aux genoux de plus en plus fragiles s’est offert un vélo de course. L’objectif était de continuer à pratiquer du sport avec des amis, sans hypothéquer ses jointures. Le véritable déclic est intervenu huit ans plus tard. "En 2006, le bureau a invité pour la première fois ses associés à faire une semaine en vélo, narre-t-il. Nous étions sept et on avait décidé de rallier Lourdes en sept étapes. Un parcours de 1.200 kilomètres, avec un final au relief très accentué. Cela s’est avéré très dur." Paradoxalement, il y a découvert la montagne, la beauté de ses paysages et l’intensité des efforts qu’elle exige de ceux qui veulent l’arpenter, et c’est devenu pour lui une passion.

"Mon respect pour les coureurs professionnels a fort augmenté depuis que je pédale. On n’imagine pas l’intensité des efforts qu’ils fournissent."

Tous les deux ans, depuis lors, il remet cela avec ses associés, en variant l’itinéraire: Bruxelles-Ventoux, Milan-Rome, Bruxelles-l’Alpe d’Huez… L’équipe pédale dans un esprit toujours teinté de mécénat, puisqu’elle récolte des fonds en fonction du kilométrage parcouru. Cette année, elle a ramassé 74.000 euros, redistribués à trois ONG.

Ardenne et Alpes au sommet

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Mais pour Piet, il en faut beaucoup plus. Ces douze dernières années, il a multiplié les participations aux courses pentues. En Ardenne, où il a épinglé à son palmarès des participations à la Chouffe, à la Philippe Gilbert Classic ou encore à Liège-Bastogne-Liège version cyclo. Et surtout dans les Alpes, où il a enchaîné à quatre reprises les ascensions du Glandon, du Télégraphe, du Galibier et de l’Alpe d’Huez tel que le propose La Marmotte. "5.000 mètres de dénivelé, résume-t-il. Assez dur." Comme est difficile aussi le tracé du Marathon des Dolomites, ou l’ascension du Stelvio. "27 kilomètres d’ascension, pour grimper jusqu’à 2.750 m d’altitude. Un paysage magnifique." Le deuxième plus haut col routier des Alpes après l’Iseran est aussi son préféré. Dans son petit Panthéon personnel, il le classe juste devant Il Teide, un volcan des Canaries (Tenerife) qui offre près de 50 kilomètres de montée à 4 à 5%. Quant à son plus long trajet, il l’a fait en participant à l’Engadin-Radmarahon, en Suisse: une "cyclo" de 230 km. "Mon respect pour les coureurs professionnels a fort augmenté depuis que je pédale, pointe-t-il. On n’imagine pas, depuis son fauteuil face à la télévision, l’intensité des efforts qu’ils fournissent."

©ANTHONY DEHEZ

Aimer la montagne, c’est bien, encore faut-il être capable de se hisser jusqu’en haut des cols. Le CEO de Deloitte Belgium divise son entraînement en deux saisons: en hiver, il court à pied et pédale en VTT. À partir du mois de janvier, il roule à vélo, en intérieur ou en extérieur selon les conditions. De janvier à mai, il se met trois à quatre mille kilomètres dans les jambes, pour préparer sa participation à des courses comme La Marmotte. Il parcourt sur un an entre six et sept mille kilomètres sur son Ridley ou son Specialized, ses deux bécanes de course, qu’il chouchoute en réglant lui-même ses développements.

Où trouve-t-il le temps de donner tous ces coups de pédale? "Tout le monde dispose de 24 heures par jour, répond-il. Il faut établir ses priorités et… se montrer inventif. Quand nous visitons par exemple de la famille au fond du Limbourg, mon épouse s’y rend en voiture tandis que je prends mon vélo." Idem lorsqu’il est en déplacement professionnel: il emporte toujours ses chaussures de jogging avec lui, pour courir, où qu’il soit, avant le dîner du soir. La semaine dernière, on pouvait le voir transpirer dans les travées du parc Saint Stephen’s Green, à Dublin… Il ajoute que deux centres de fitness ont été installés dans les bureaux de Deloitte à Zaventem et qu’une de ses missions en tant que CEO est d’encourager ses collaborateurs à bouger et faire du sport. "On n’a qu’une vie. Il faut se soigner."

Respect pour les attaquants

À ce jour, il n’a jamais connu de défaillance. Le résultat d’une bonne préparation et d’une fine connaissance de ses possibilités. Il a en revanche eu une belle frousse dans la descente du Glandon. Il a crevé un pneu à 45 km/h et s’est retrouvé au sol. Heureusement sans gravité. Cela fait songer à Philippe Gilbert, qui a chuté en descente lors du dernier Tour. "Parmi les pro, j’aime surtout les attaquants, confesse Piet. Philippe Gilbert, Greg Van Avermaet, Peter Sagan… J’apprécie moins Chris Froome, qui roule sur la défensive. Je préfère regarder les courses en montagne, ou celles où il se passe toujours quelque chose, comme Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres." Les plus dures, en fait…

Son tube de l'été

"Don’t give in": il a assisté au concert de Snow Patrol cet été à Werchter… le soir où les Diables Rouges ont battu le Brésil. "C’était mal programmé." Heureusement, il a pu glisser du concert au match, à la minute près.

Sa cantine de l'été

Le "Bar Louis", sur la Grand-Place à Leuven, où il déguste volontiers une Stella au fût. Parce que ce Ouest-Flamand d’origine s’est pris d’amour pour la ville estudiantine où il réside depuis vingt ans. "Une cité sympa, où il y a toujours quelque chose à voir."

Ses livres de plage

Un livre pour bosser et un autre pour se délasser. "Start with the why", de Simon Sinek, l’aide à assumer son rôle de directeur. "Un principe que j’applique au quotidien: se demander pourquoi on le fait?" Côté loisir, il a dévoré "I am Pilgrim", de Terry Hayes, qui relate la traque d’un terroriste par un agent secret.

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