Raoul Hedebouw fait "tchif, tchaf, tchif, tchaf"

©Anthony Dehez

Pouillot véloce, passereau ou grive musicienne, le porte-parole du PTB est un ornithologue de derrière les fagots. A la moindre occasion, il prend ses jumelles et s’en va observer/écouter les oiseaux.

On a d’abord cru à une farce parce que, il faut l’écrire, le Raoul est assez farceur. Au téléphone, il a dit: "J’adore les oiseaux, c’est ma passion."

On a répondu: "Allez, Raoul, arrête ton char." Et puis, il a sorti la marque de ses jumelles, le nom de ses oiseaux favoris, les sorties effectuées plusieurs fois par mois avec ses amis ornithologues depuis des années, ses études de biologiste et sa spécialisation en botanique passionné par les cycles carbone dont la décomposition du bouleau en premier lieu – et ça, ça ne s’invente pas.

On s’est tu. Et on a pris rendez-vous. Notez: on a également essayé de mettre le filet sur un autre politique amateur d’oiseaux, Olivier Deleuze, mais l’Ecolo a refusé de figurer dans cet article avec Raoul Hedebouw. Bref.

Nous voilà, un joli matin de juillet, en forêt de Soignes, en périphérie bruxelloise, il porte ses jumelles en bandoulière et sa veste camouflage sur les épaules, Raoul Hedebouw ouvre la marche. En avant.

"Ce n’est pas la bonne période, j’espère qu’on va quand même voir quelques piafs." On espère, nous aussi. Sinon, on prendra un verre et on fera comme si.

"Plutôt que d’aller prendre un pot au café, on prend une bouteille, nos jumelles et on va écouter les piafs dans les bois et les clairières."

Il dit: "Je suis un ornithologue du quotidien, c’est vraiment ça, je m’arrête, j’écoute, en ville et en périphérie, on a déjà de 30 à 40 espèces différentes qu’on peut apercevoir ou entendre, même si c’est vrai que tout ça évolue, par exemple, on a une diminution effrayante des moineaux à cause des pesticides, on a les perruches, il y a les chats aussi en ville. Les oiseaux, ça m’est vraiment venu au contact de deux amis. Plutôt que d’aller prendre un pot au café, on prend une bouteille et on part écouter et observer les oiseaux. À Liège, on a de la chance, on est vite en nature ardennaise ou dans la basse Meuse, c’est un chouette biotope avec les couloirs de migration. C’est vraiment zen d’observer les oiseaux, tu as zéro compétition, juste du plaisir."

Il avance à pas feutrés, on dirait un apache, il parle des canards et des oies, en hiver. "J’ai deux trois copains, syndicalistes d’ailleurs, qui aiment bien ça. Faut aller tôt le matin ou tard le soir, les oiseaux chantent beaucoup plus. Il faut dire qu’on est plus sur le chant que sur la vision. C’est un vrai entraînement de l’oreille. Il y a aussi un formidable bouquin en deux tomes de Paul Géroudet (célèbre ornithologue suisse, NDLR) qui décrit super bien les comportements des oiseaux. Une fois que tu as lu ça, tu recherches vraiment ces comportements; c’est passionnant."

©anthony Dehez

La démarche du rouge-gorge

Il s’arrête d’un coup. A la manière du chien policier marquant le pas devant une mallette remplie de cocaïne, suppose-t-on. Et il chuchote: "Ecoute, ce sont des pies, elles sont très fidèles. Un de mes oiseaux préférés, c’est le rouge-gorge, c’est un petit oiseau dominant, il bombe le torse." Et là, Raoul Hedebouw imite le rouge-gorge et sa démarche (véridique). "Il protège son territoire. On a aussi le gorgebleue, il est magnifique, mais on ne le trouve plus que dans certaines zones naturelles, c’est assez magnifique."

Ensuite, il s’échine a nous faire reconnaître le bruit du pinson: "skwit skwit skwit", ça fait, dit-il. On se croirait dans un sketch des Inconnus. Sauf que non. Il dit: "Ce qui est magnifique, c’est que les oiseaux ont des dialectes, des vraies différences de chants au sein d’une même espèce en fonction des régions dans lesquelles ils vivent."

On se tait. Un pic-épeiche par ici, un accenteur mouchet par là, c’est la foire aux chants d’oiseaux, le merle quand on l’entend chanter, c’est vraiment synonyme de début de printemps, ici on est quand même déjà vachement tard dans la saison, nous explique-t-il.

Son livre de plage

Il aime passer ses vacances en Espagne ou sur le plateau des Causses en Lozère. Mais que conseille-t-il de lire durant ces vacances? «Qui a tué mon père», d’Édouard Louis. Dans ce bouquin de 90 pages, ce jeune auteur de 25 ans s’adresse à son père décédé d’un accident du travail en 2000 et secoue le cocotier façon extrême gauche. On ne se refait pas.

Sa chanson de l’été

«Bella Ciao». Le chant révolutionnaire italien, chanté par les partisans durant la Seconde Guerre mondiale, connaît une nouvelle jeunesse grâce à la série «Casa de papel». C’est en effet la chanson que fredonne «El Profesor» tout au long des épisodes de cette très chouette série télévisée, qu’on ne peut d’ailleurs que vous recommander.  

Sa terrasse de l’été, La Toccata

C’est évidemment à Liège que ça se passe et qu’il faut aller chercher la terrasse favorite de Raoul Hedebouw. Au four et au moulin avant les élections, le député fédéral vient siffler une petite boisson sur la place du marché, quand le soleil pointe le bout de son nez, on y est divinement bien. Santé!

"Là, tu as le pouillot véloce, il ne vit qu’au sommet des arbres." Il nous tend les jumelles. "Ecoute ça fait tchif tchaf, tchif tchaf. D’ailleurs en néerlandais, le nom c’est de tchif-tchaf, c’est pratique."

Il s’emballe: "Attends, attends, l’accenteur mouchet, il ressemble au moineau. Il sautille, c’est minuscule. Là, c’est très flûté, ça ressemble au chant du merle mais ça n’en est pas un. A Bruxelles, les perruches à collier sont en train de tout coloniser mais on a des pic-verts et des pic-noirs dans les parcs. Là, écoute, une grive musicienne, c’est magnifique. Elle imite le chant d’autres oiseaux car elle n’a son propre chant."

"Ecoute le tchipthchiptchip" (son assez inimitable à écouter un peu plus haut dans cet article, à la dixième minute).

"Tutututut, ça c’est la fin du chant du troglodyte mignon. Regarde, il se nettoie dans l’arbre, tu vois l’oiseau vivre sa vie, tu l’observes dix minutes."

Il joue les pédagogues de bon cœur alors que nous sommes (légèrement) empoté à l’heure de trouver l’oiseau dans l’arbre. "Pour trouver l’oiseau avec les jumelles, tu prends le tronc et tu le remontes."

Bluffé

On avance dans le sous-bois, la nature est verte, le feuillage presque fluorescent, Le plus petit oiseau de Belgique, le troglodyte mignon est là-bas. Il ne chante plus, c’est la fin la saison.

On est bluffé, quand même, par la science ornithologique de celui qu’on a l’habitude de voir en Che Guevara chaque jeudi au Parlement fédéral.

"Là, je pars pour une réunion au Parlement, c’est plutôt des pigeons que je vais y voir."

Haut dans le ciel, un couple de buses plane. "Ce sont des buses variables. Magnifiques. Le paradoxe finalement, c’est que la forêt réduit la biodiversité, la richesse de la faune et de la flore, c’est la diversité des zones, y a plus de forêt naturelle en Belgique, tout a été travaillé et nettoyé, on a débarrassé les arbres morts. Or ce sont véritablement des colonnes de richesses pour la biodiversité où champignons et larves peuvent se reproduire. Il y a un vrai enjeu autour de la biodiversité des feuillus par exemple, comme les bouleaux, on investit plus dans les forêts sur le long terme, une forêt de chênes, c’est investir à perte pendant 50 ans tandis que des épicéas, après 15 ans, tu peux déjà commencer à rentabiliser. L’épicéa, tu n’as rien comme biodiversité, avec ça. Ça acidifie complètement les sols".

Et il poursuit: "Je veux pas revenir à l’affaire mais c’est ça aussi le capitalisme." On lui fait les gros yeux: on avait dit pas de politique dans cette série. Il enchaîne: "J’aime beaucoup les rapaces. Les vautours fauves sont magnifiques. Quand j’ai l’occasion de descendre en Lozère, dans les Cévennes, là je prends mon pied."

Et il termine: "Bon, je dois aller à une réunion au Parlement, maintenant. Là, c’est plutôt des pigeons que je vais voir." L’oiseau Raoul est farceur, ne vous avait-on pas prévenu?

©anthony Dehez

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