"Je ne supporte pas de perdre alors l'échec, je le dé-teste!"

©Kristof Vadino

Me Nathalie Penning, se confie sur ses échecs, dont son premier, le drame de sa vie: le décès de son père. "Si seulement j’avais fait médecine, j’aurais peut-être pu le sauver…"

Un rez-de-chaussée bruxellois, une salle d’attente sobre et sans fantaisie, des murs blancs et un parquet à petites lattes prêtes à se décoller, dans ce cabinet d’avocats on n’aligne pas les codes en cuir sur les étagères ou les balances en bronze sur les appuis de fenêtre, pas de photo pour témoigner de vieux faits d’armes et pas de grandes distinctions non plus pour tapisser le mur du fond. Non ici, c’est fonctionnel.

On y prépare des divorces, on y installe des séparations, on "partage" ou on se "plume" tout en négociant la garde des enfants ou celle du chat. Souvent, on y explique à son avocate "vivre une crise", petite ou grande ou "être larguée" pour une crise, souvent beaucoup plus jeune que soi. "Du genre 25 ans de moins, la peau des bras qui ne pend pas", explique une Nathalie Penning chic et jolie perchée sur 9 cm de cuir vernis.

"Je ne supporte pas de perdre alors l’échec, croyez bien que je le dé-teste!"
Nathalie Penning

Devant elle, des dossiers et des accessoires de bureau rose bonbon, une panoplie d’élève modèle qui tranche franchement avec la poupée vaudou qui se balance au sommet de la lampe de bureau. Dessus, une photo d’un visage d’homme transpercé d’aiguilles et d’épingles à cheveux, ni un ex-mari, ni un ex-amant, juste un confrère "moche et minable" souffle-t-elle avec mépris avant de rapidement prendre une communication téléphonique. Au bout du fil, un confrère, mais surtout un ami qu’elle engueule franchement car il ne pourra pas rester prendre un verre à l’issue de la représentation de "Fish and Chips", ce soir au Théâtre de la Toison d’Or (TTO). "Eh bien Adieu", lâche-t-elle d’un air impérial, un peu peste aussi mais toujours avec beaucoup d’humour. "Mon métier c’est le conflit et l’humour, ma respiration", confie-t-elle alors.

Ce soir, comme beaucoup d’autres soirs, Maître Penning lâchera sa toge pour revêtir une combinaison en léopard dans laquelle, fardée comme une speakerine des grandes années, elle donnera la réplique à sa copine Nathalie Ufner. Une seconde expérience au TTO, après son hilarant one-woman show "Sous la robe" où l’avocate passait au karcher le petit milieu du droit, de la fac aux prétoires en passant par l’Ordre des avocats ou les soirées du barreau.

"Mon métier c’est le conflit et l’humour, ma respiration."
Nathalie Penning

"Je ne supporte pas de perdre alors l’échec, croyez bien que je le dé-teste! D’ailleurs quand j’étais gosse, c’est moi qui gardais la banque au Monopoly pour pouvoir tricher plus facilement", explique-t-elle en assumant ses méfaits avec beaucoup d’aisance. Droite comme un I sur sa chaise de bureau, bien coiffée et les ongles vernis, elle explique n’avoir pas dû réfléchir beaucoup pour nous trouver ses plus beaux échecs.

Examen au Conservatoire de Bruxelles

Pour elle, c’est clair, c’est son examen au Conservatoire de Bruxelles qui reste son plus beau raté! Le clown, elle le faisait depuis qu’elle était gosse, en bonne petite dernière d’une famille bourgeoise "pas catho chiante" mais universitaire bien installée, elle passait son enfance à observer la patientèle de son grand-père médecin ou ses profs à cheveux gras figés dans des vêtements en diolène portés avec régularité à chaque rentrée.

Très bonne élève, elle singe les profs à la récré, fait des sketches en récitant son cours de religion sur l’estrade de la classe et finit par tâter pas mal de théâtre, entre pièces à l’école et cabarets le week-end. En bons bourgeois, ses parents hyperventilent à l’idée de voir leur fille devenir comédienne professionnelle. Etudes de droit d’abord, après "On verra!"

"Une humiliation terrible, c’est très violent d’attendre d’être choisie par une équipe et de constater que personne ne veut de vous."
Nathalie Penning

C’est donc à 23 ans que Nathalie Penning tente l’examen du Conservatoire, une année après avoir perdu son père, un traumatisme et le drame de sa vie qu’elle qualifie aujourd’hui de premier échec. "Si seulement j’avais fait médecine, j’aurais peut-être pu le sauver…" laisse-t-elle tomber avec beaucoup d’émotion. Et c’est après avoir répété quelques pièces tout l’été qu’elle se présente devant le jury du Conservatoire: "Molière, ça allait mais les contemporains comme Botho Strauss, c’était la cata. Moi je suis plus Marthe Villalonga que La Reine Morte de Montherlant."

Avant même qu’elle ne commence sa prestation, les profs s’étonnent qu’une aspirante comédienne ait un diplôme de droit "D’ailleurs Mademoiselle, quand on veut passer professionnelle, on vient à 18 ans, pas à 23", lâchent-ils du haut de leur supériorité d’artistes. Au final, elle ne sera pas reçue sans vraiment s’en expliquer le pourquoi. "J’aurais préféré qu’ils me disent que je n’avais pas de talent, cela aurait été plus simple à vivre", ajoute-t-elle.

Elle se lance alors dans un troisième cycle en droit européen avant d’intégrer un prestigieux cabinet d’avocat bruxellois. Là, Nathalie Penning s’emmerdera copieusement à faire des gros contrats pendant 2 ans. Une expérience qui aurait pu tourner à l’échec si elle n’avait pas fini par tout claquer pour reprendre le barreau. C’est là qu’elle remonte sur les planches, en participant à des reconstitutions de procès ou à la célèbre Revue.

La gymnastique à l'école, son point faible

Profil
  • Qui: avocate, spécialisée en droit civil et familial
  • Son plus bel échec: avoir raté l’examen du Conservatoire
  • Sa plus belle réussite: être mère, avocate et clown
  • La morale de ses échecs: ne jamais abandonner
  • Faiblesse… et force: la lucidité
  • Défaut: la rancune

 

Question traumatisme de l’échec, avant le conservatoire, il y a les cours de gymnastiques à l’école. La première de classe a beau s’appliquer, le sport cela ne marche pas. Au point que lorsque les copines de classe la prennent dans leur équipe, elles reçoivent trois points d’avance avant même que le match ne commence: "Une humiliation terrible, c’est très violent d’attendre d’être choisie par une équipe et de constater que personne ne veut de vous. D’être tellement nulle au volley qu’on crée spécialement une équipe de ping-pong pour vous occuper pendant que les autres font des matchs."

Pourtant, elle est bien intégrée, un côté coqueluche de la classe qui fait rire tous ses copains. Mais avec sa frange à la Steffi Graf et son look Dujardin, pantalon en flanelle ou bermudas et burlington en été, elle peine un peu à faire rêver les garçons. "Je me pomplochais le vendredi soir et eux ils me parlaient toujours des autres filles. Pour eux, j’étais la pote qui faisait rire. À l’heure de l’éveil de la séduction, c’était très dur de rester à quai!"

Et puis, il y a eu l’unif, des amoureux et finalement son mari qui deviendra le père de ses trois garçons. "L’avantage d’avoir ramé à l’adolescence est d’avoir gardé un rapport très franc avec les hommes et une certaine forme de tendresse pour eux", conclut-elle, le regard doux.

Plongée dans ses pensées, elle rebondit comme une balle magique "J’ai connu un magnifique râteau aussi. Un jour, j’ai demandé un collègue en mariage, pas de chance, il n’aimait pas les filles mais depuis il est devenu mon meilleur ami."

"Je me pomplochais le vendredi soir et eux ils me parlaient toujours des autres filles. Pour eux, j’étais la pote qui faisait rire. À l’heure de l’éveil de la séduction, c’était très dur de rester à quai!"
Nathalie Penning

À la barre ou sur scène, l’avocate reconnaît avoir connu des petits échecs, comme tout le monde. Le tribunal qui ne vous suit pas ou ne veut pas entendre certaines choses, c’est un peu comme un public qui n’a pas ri une seule fois à un spectacle; ça arrive. Non, ce qui l’a franchement dégoûtée, ce sont les attaques de certains confrères qui, en raison de ses activités théâtrales, ont tenté de la décrédibiliser auprès de ses clients. "Certains espèrent que je quitte le barreau mais je suis comme la mérule, je ne lâche jamais." D’ailleurs, à mi-chemin de son parcours, l’avocate considère que l’échec, finalement, c’est d’accepter le malheur et la fatalité "On n’a pas voulu de moi au conservatoire mais je fais de la scène quand même." Na!

"Fish and Chips" jusqu’au 31 mai au Théâtre de la Toison d’or

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