Airbus A380, le géant n'a pas tout perdu

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La production de l’A380 s’arrêtera en 2021, ont dit ses responsables. Est-ce à dire que "le pari a été perdu" ou qu’Airbus avait fait "le mauvais choix"? Non, restons positifs.

Après la dernière guerre, l’industrie aéronautique mondiale était morcelée. Compte tenu des investissements pour des avions de plus en plus performants et à plus forte capacité, les regroupements étaient inévitables. C’est ainsi que naquit en Europe, après moult difficultés, le consortium Airbus . Lequel, progressivement, conçut des avions de moyenne capacité (A300, A310), des moyen-courriers (A320) et des long-courriers (A330, A340). Était-il possible, dès lors, de s’attaquer au monopole du géant Boeing 747, dont le premier vol remontait à 1969?

"Oui", ont dit les Européens qui avaient déjà réussi à faire voler un supersonique de transport aérien. Et c’est ainsi que le projet A3XX fut mis sur la table. Idée de base: un avion de 555 places longue distance. Avec option pour l’emport de 800 passagers (il a été certifié pour cela) en une classe. À l’origine, les compagnies intéressées débordaient d’imagination pour l’aménagement des cabines, y compris salles de jeux ou de fitness en soute. Ah, on rêvait au début du siècle!

Le profil
Le profil
  • Été 1988: Les premières esquisses d’un projet d’avion de 800 places sont réalisées chez Airbus dans le plus grand secret.
  • Avril 1996: Le projet A3XX prend forme et des compagnies aériennes, susceptibles d’être intéressées, sont approchées.
  • 19 décembre 2000: Le programme A3XX, rebaptisé A380, est officiellement lancé.
  • 18 janvier 2005: Sortie de chaîne de l’A380 à Toulouse.
  • 27 avril 2005: Premier vol de l’A380.
  • 15 octobre 2007: Première livraison à Singapore Airlines. Emirates reçoit son premier A380 le 28 juillet 2008.
Le plus court

La liaison aérienne la plus courte en A380 était un vol Emirates entre Dubai et Doha, en 2016 et 2017. L’embargo sur le Qatar a modifié la donne.

Flying Palace

L’ACJ (Airbus Corporate Jet) 380 était un avion d’affaires, commandé en 2007 parle prince Al-Walid Al Saoud, livrable en 2013. Mais le prince avait finalement changé d’avis.

Réalité du marché

Mais la sauce n’a pas pris. L’idée de base était qu’avec la saturation des grands aéroports, un seul avion de 500 personnes pouvait facilement remplacer deux de 250, quitte à ce qu’une partie des passagers poursuivent leur vol en transfert. Mais ce principe a été battu en brèche par une autre philosophie: privilégier les vols directs avec des avions de plus faible capacité à très longue distance franchissable, style Boeing 787 ou Airbus A350. Les mêmes qui ont remplacé les A380 dans la commande d’Emirates. Si bien que, même sur le marché de seconde main, l’A380 a de la peine à se vendre.

L’A380 est-il pour autant un échec? Sur le plan industriel, évidemment que non. L’Europe a montré que, unie, elle peut mener des projets d’envergure. Sur le plan commercial, cela reste à déterminer. Sur le plan concurrentiel, en revanche, c’est un succès indéniable qui va plus loin qu’on l’imagine généralement. Lorsque Boeing a lancé son 747, le constructeur bénéficiait d’un monopole qui lui a permis de vendre son Jumbo Jet avec des bénéfices tels qu’ils permettaient de vendre les plus petits modèles (737 et 727) à des prix à la limite de la rentabilité.

En lançant l’A380, Airbus a mis fin à ce monopole en mesurant parfaitement l’impact sur la stratégie commerciale du concurrent de Seattle. Si bien que les négociateurs d’Airbus – combien de fois ne nous l’ont-ils pas dit? – ont eu, dès ce moment, beaucoup plus de facilités pour vendre la gamme A320 au juste prix, voire un peu plus. Donc, non, Airbus n’a pas "perdu son pari". Peut-être a-t-on eu juste dix ou quinze ans de retard. Encore eût-il fallu qu’on ait l’expérience nécessaire.

Aujourd’hui, ce n’est pas l’A380 qui est condamné; ce sont les quadriréacteurs. Surtout que des biréacteurs de 350 places et plus obtiennent des certifications de vol pour traverser le Pacifique sans escale. Non, Airbus n’a rien perdu – à part d’hypothétiques commandes. Au contraire, les Européens ont gagné en réputation, mais aussi en redéfinissant les règles du jeu. "Level playing field", comme disent les Anglo-Saxons.

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