Akihito, un empereur proche du peuple

L’empereur du Japon évoque son départ. Dans une allocution à la population, la deuxième depuis le début de son règne en 1989, le souverain de 82 ans a ouvert la porte à son abdication en faveur de son fils Naruhito, 56 ans, même s’il n’a pas prononcé ce mot…

"J’ai plus de 80 ans et, fort heureusement, je suis en forme. Mais considérant mon énergie déclinante, je crains qu’il me soit de plus en plus difficile de remplir mes obligations comme symbole de l’Etat, de tout mon cœur comme je l’ai fait jusqu’à présent." Il souhaite que la succession à venir se passe sans heurt, une référence sans doute à la mort de son père Hirohito (1901-1989) dont l’agonie avait bloqué toute activité dans l’archipel. Pour abdiquer, il faut modifier la loi régissant la maison impériale de 1947, qui ne prévoit pas un tel cas de figure. Un travail dévolu au gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe, qui a accueilli "avec sérieux" les propos impériaux, même si réfléchir à une modification législative pourrait repousser son projet de la révision de la Constitution. De quoi ravir l’empereur qui, s’il lui est interdit de se mêler de politique, reste attaché à la loi fondamentale. Dès sa première déclaration en tant que souverain en 1989, Akihito avait fait savoir qu’il "défendrait la Constitution". Il a répété cet engagement à plusieurs reprises et lors de sa déclaration du 8 août, il a insisté sur le rôle que ce texte lui assigne, à savoir "symbole de l’Etat et de l’unité du peuple".

Le profil
  • 23 décembre 1933: naissance à Tokyo, cinquième enfant mais premier fils de l’empereur Hirohito (1901-1989) et de l’impératrice Kojun
  • 1952: fin de scolarité à l’école Gakushuin, à l’époque réservée à l’aristocratie
  • 1959: épouse Michiko Shoda
  • 1989: succède à son père Hirohito, décédé le 7 janvier
  • 2016: évoque son abdication

Il fut le premier empereur à ne pas avoir de "caractère divin", ce qui ne semble pas le gêner, tant il a voulu dépoussiérer l’image de l’institution. Cent vingt-cinquième de la lignée impériale nippone, descendant direct selon le culte shinto d’Amaterasu-Omikami, la "grande divinité illuminatrice du ciel", Akihito fut le premier à épouser une roturière. Il s’agissait de Michiko Shoda, fille du président du géant de l’agroalimentaire Nisshin Seifun, qui avait par ailleurs reçu une éducation catholique. Cette union avait suscité la vive opposition de l’impératrice Kojun, mère d’Akihito, et de la frange conservatrice de la famille.

Promoteur de la paix

Le couple fut aussi le premier à s’occuper de leurs trois enfants, les princes Naruhito et Akishino et la princesse Sayako. Akihito avait souffert d’être, selon la tradition, séparé dès ses trois ans de ses parents pour être éduqué par des chambellans et des précepteurs.

Devenu empereur, Akihito a su construire une image de simplicité et de proximité avec la population, n’hésitant pas à aller à la rencontre des gens.

Nouvel empereur, nouvelle ère

Une succession impériale se traduirait par un changement d’ère. Depuis la montée sur le trône d’Akihito en 1989, le Japon vit dans l’ère Heisei, qui signifie "accomplissement de la paix". 2016 en est la 28e année.

Ichtyologie

Passionné de l’étude des poissons, Akihito a publié plusieurs articles sur le sujet. Il est notamment connu comme un spécialiste des gobiidés.

Le tenno

Ce titre est donné depuis le VIIIe siècle aux empereurs de l’archipel. Il est une japonisation du chinois Tian-wang, qui signifie "Roi céleste".

 

Il s’est également toujours affiché comme un promoteur de la paix. Né en 1933, il conserve un sombre souvenir des années de guerre. Il avait été évacué avec son frère de Tokyo bombardé en 1945. Soucieux de paix et de réconciliation, il a notamment exprimé ses "profonds remords" le 15 août 2015 à l’occasion des 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour le comportement du Japon pendant ce conflit.

Un ami de la Belgique

Les familles impériale du Japon et royale de Belgique ont un lien privilégié depuis Albert Ier. Il s’est approfondi avec Akihito. Lorsqu’il était prince, dans les années 50, Akihito a noué une grande amitié avec le roi Baudouin. Une relation émaillée d’histoires. Akihito réussit un jour à dompter "Silver Lining", un cheval blanc, très farouche, de la princesse Lilian. Son fils, le prince héritier Naruhito, cultive aussi une proximité avec Philippe, qu’il appelle, dit-on, "mon cousin". Lors des funérailles de Baudouin, Akihito fut le premier empereur du Japon à assister à des funérailles à l’étranger. Sa fille, la princesse Sayako, est restée plusieurs jours aux côtés de Fabiola pour la consoler. Cette relation entre les deux familles a créé un lien unique entre le Japon et la Belgique.

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