Carlos Lesmes, le juge d'un procès historique

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Ouverture du procès le plus important jamais organisé depuis le rétablissement de la démocratie en Espagne. À sa tête, le juge Carlos Lesmes.

"Il s’agit d’un défi important", reconnaît le président de la Cour suprême espagnole, Carlos Lesmes, à la presse étrangère, lors d’un briefing destiné à expliquer la procédure engagée contre les douze responsables séparatistes catalans accusés d’avoir organisé une tentative de sécession en octobre 2017. "C’est le procès le plus important de la démocratie", renchérit-il.

Un défi pour la plus haute instance juridique espagnole que M. Lesmes, un magistrat madrilène de 60 ans, préside depuis 2013. La Cour devra démontrer, face aux critiques des indépendantistes, que la Justice est bien indépendante du pouvoir, de celui de l’ancien Premier ministre conservateur, Mariano Rajoy, qui décida de mettre la Catalogne sous tutelle, et de son successeur, le socialiste Pedro Sanchez.

Quim Torra

Le premier jour du procès contre les indépendantistes, Carlos Lesmes a voulu recevoir dans son bureau le président catalan, Quim Torra, très proche de son prédécesseur déchu, Carles Puigdemont, venu offrir son soutien aux responsables séparatistes.

 

Tout a été mis en place afin de garantir "un maximum de transparence" durant toute la procédure, assure Carlos Lesmes, "bien plus que dans des pays comme la France ou les Etats-Unis". Les séances pourront se suivre en direct sur le site de la Cour, où toutes les résolutions seront également disponibles; de larges salles de presse ont été installées dans cet ancien couvent du XVIIIe siècle pour les plus de 600 journalistes accrédités.

Le procès, qui aura lieu trois jours par semaine, du mardi au jeudi, se prolongera jusqu’au mois de mai. Les sept juges de la Cour suprême devraient faire connaître leur verdict à la fin de l’été.

Le profil
Le profil
  • 10 juin 1958: naissance à Madrid
  • n 1975-1980: étudie le droit à l’Université autonome de Madrid

    n 1983: se marie avec Marieta Mansilla, avec qui il a cinq enfants.

    n 1993: intègre la magistrature

  • 2000-2004: directeur des relations avec la Justice sous le gouvernement de José Maria Aznar.

n 2010: nommé juge de la Cour suprême.

n 2013: président de la Cour suprême.

Conservateur

Pour le magistrat espagnol, "il ne s’agit pas de criminaliser les indépendantistes, puisque l’indépendantisme existe depuis 1978 (date de la Constitution), mais ils doivent respecter la loi". Et aux yeux de la loi, martèle-t-il, "une Région ne peut décider unilatéralement de se séparer du reste de l’État, cela n’existe nulle part en Europe".

Élu sous le gouvernement de Mariano Rajoy, Carlos Lesmes est proche du Parti populaire (conservateur). Il a travaillé pendant quatre ans (2000-2004) pour le gouvernement de José María Aznar comme directeur des relations avec la Justice.

Le juge défend sa neutralité. La Cour suprême, dit-il, "essaye toujours de prendre ses distances vis-à-vis des événements politiques". Ce qui risque de ne pas être facile si le gouvernement de Madrid, comme il le laisse entendre depuis quelques jours, convoque des élections anticipées en avril.

Il cite Wikileaks

Pour défendre la Justice espagnole, M. Lesmes aime se souvenir d’une anecdote: "Lorsque Wilikeaks a dévoilé (en 2010) les conversations confidentielles des diplomates américains, un télégramme de celui qui était alors ambassadeur à Madrid assurait qu’il était impossible d’exercer des pressions sur les juges espagnols".

 

M. Lesmes préside également depuis 2013 le Conseil supérieur de la magistrature, une institution qui, reconnaît-il, "a quelque peu terni l’image de la Justice en Espagne", ses vingt membres étant désignés par le Parlement et le Sénat, donc toujours sujets aux aléas de la politique. Son mandat a expiré en décembre mais les groupes parlementaires n’ayant pas réussi à se mettre d’accord sur un successeur, il reste pour l’instant à son poste.

Lorsque les journalistes demandent à Carlos Lesmes s’il aurait préféré ne pas se retrouver à présider la Cour dans ces "circonstances sans précédent", le magistrat esquisse un sourire et renvoie la question à ses interlocuteurs: "Peut-être autant que vous de couvrir cet événement."

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