Harald Thys et Jos de Gruyter questionneront les replis à la Biennale de Venise

"L’art ne choque plus, il est en état de choc." Ces mots de Harald Thys et Jos de Gruyter annoncent la couleur du pavillon belge à la Biennale de Venise, qui les accueille cette année. Si une polémique nationale le hante, ce pavillon porte aussi la vision puissante de deux artistes.

La "normalité"

Tous les dimanches, Thys et Gruyter s’envoient une série de vidéos YouTube qui les amusent ou leur permettent de penser cette "normalité" qui les fascine tant. Ces vidéos sont à l’origine du site mondocane.net.

Le pavillon belge de la 58e édition de la Biennale internationale de Venise aura fait du bruit avant même que l’on ne découvre le projet des artistes, Harald Thys et Jos de Gruyter. Un bruit provenant de l’étonnement, parfois de l’écœurement de voir un couple d’artistes flamands être sélectionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la représenter. Si en ce 22 janvier, à l’occasion de la conférence de presse officielle de présentation du pavillon belge, Alda Greoli, ministre de la Culture, n’a cessé d’insister sur la diversité et la synergie culturelle de notre pays, certains continueront à regretter que le rayonnement flamand mette le monde artistique francophone à l’ombre.

Harald Thys et Jos de Gruyter, interrogent justement avec leur projet "Mondo Cane" le problème du régionalisme, du repli, d’"une Europe qui se dépeuple". S’ils ne s’adressent pas directement à leur pays natal, les artistes, souriants et complices, ont un regard acéré sur l’actualité européenne. Le titre de leur projet est d’ailleurs sans ambiguïté, "Mondo Cane" se traduisant de l’italien par "monde de chien". Ce titre est tiré d’un film documentaire éponyme réalisé en 1962, qui présentait différentes coutumes étranges et déliées (comme le culte du cargo ou les banquets d’insectes) visant à choquer le public occidental. Cette dynamique, entre réalisme cru et cabinets de curiosité, les deux artistes semblent la reprendre à leur compte. Leur exposition dit "exposer la figure humaine", reprenant à la fois les codes des expositions universelles de type zoo humain et les codes d’une "actualité psychotique". Le pavillon sera peuplé de marionnettes souvent automatisées, représentant soit des artisans (placés au centre) soit des voyous, des zombies, des poètes ou des artistes (dans les niches latérales). Deux mondes qui ne communiquent pas mais qui sont régis par la peur.

REPLI

C’est en faisant des voyages en voiture de Belgique en Suisse ou en Allemagne que les deux artistes se sont mis à fantasmer sur le repli, notamment après l’apparition des immatriculations régionales en France.

YouTube, Wikipédia...

Thys et Gruyter s’inspirent énormément de l’actualité et se réfèrent bien plus souvent à YouTube ou Wikipédia qu’à des artistes. Les faits divers ou les vidéos absurdes les inspirent et sont intégrés d’une manière assez cauchemardesque dans leur travail. L’une des marionnettes, "un musicien qui joue des mélodies clichés qui deviennent insupportables" est à l’image d’un Allemand ayant brûlé vifs deux touristes hollandais voulant visiter l’Allemagne pittoresque, raconte Harald Thys avec le sourire. À côté de cela, les deux amis partagent un humour plus léger, toujours à la frontière du cynisme, comme en témoigne le site internet créé à l’occasion de "Mundo Cane", où l’on peut cliquer sur un drapeau au choix pour voir apparaître une vidéo, passant d’un train qui roule à l’enterrement de Margaret Thatcher. Si nos tensions communautaires demeureront présentes jusqu’à Venise, le surréalisme belge semble être transfiguré en un hyperréalisme délirant.

Le profil
  • 2013: Optimundus au M HKA à Anvers
  • 2015: "Tournée américaine" de Fine Arts entre le MCA de Chicago, le Yale Union de Portland, The Power Station à Dallas, le MoMA PS1 de New York et CCA Wattis de San Francisco
  • 2016: Baltas Suprematismas au CAC Vilnius
  • 2017: Elegantia à la triennale de Milan
  • Du 11 mai au 24 novembre 2019: Mundo Cane à la 58e édition de la Biennale internationale de Venise.

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