Ken Loach, le plus subversif des réalisateurs

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Ken Loach, c’est le gentleman subversif par excellence. On le vénère ou on le hait. Cinéaste engagé et ardent défenseur de la Palestine, ce réalisateur britannique de génie, mais controversé, sera à l’ULB jeudi prochain pour recevoir les insignes de docteur honoris causa.

On dit de son cinéma qu’il est intransigeant, social et engagé. Le réalisateur britannique Ken Loach est aujourd’hui l’un des rares metteurs en scène à avoir obtenu deux Palmes d’or à Cannes. Ses films marqueront à jamais l’histoire du Royaume-Uni, traitant souvent de problématiques sociales dans la période post-Thatcher, où les pauvres vivaient dans de vieilles bâtisses abandonnées ou dans des stades de foot.

"Il faut raconter le monde tel qu’il est, évoquer simplement les relations qui unissent les êtres, se montrer réaliste. Mais, quand on fait des films sur la vie des gens, la question politique est cruciale, c’est l’essence même du conflit", assène-t-il à qui veut l’entendre, lui qui n’aura eu de cesse de dénoncer toute sa vie les dommages collatéraux entraînés par le système libéral.

Le profil
  • Né le 17 juin 1936, à Nuneaton, en Angleterre.
  • Il entre dans le monde de la télévision lorsqu’il devient réalisateur de trois épisodes de la série Z Cars en 1964.
  • Les années 1990 marquent son triomphe avec la réalisation d’une série de films populaires à thème social ou historique (Riff-Raff, Carla’s Song, Ladybird, etc.)
  • Sa carrière est récompensée en 2009 par un European Award.

Le célèbre réalisateur a toutefois un deuxième visage, beaucoup plus sombre celui-là. Depuis de nombreuses années, il frôle la frontière de l’antisémitisme, voire la dépasse parfois, comme peuvent également le faire certains membres du parti travailliste britannique.

En septembre dernier, lors d’une interview à la BBC, celui qui avait déjà comparé par le passé "sionisme" et "nazisme", était intervenu dans un débat sur la reconnaissance de l’Holocauste. "L’histoire est là pour être discutée. C’est un héritage commun qui existe pour être débattu et analysé par nous tous. La création de l’État d’Israël, par exemple, basée sur le nettoyage ethnique, doit être débattue ainsi que le rôle d’Israël… Alors n’essayez pas de noyer cela sous de fausses accusations d’antisémitisme!" avait-il expliqué à l’époque.

Mais quelques mois plus tard, les accusations d’antisémitisme qui se font de plus en plus nombreuses à l’encontre de plusieurs députés du Labour ont relancé la polémique, à un point tel que les députés britanniques en ont débattu mardi à la Chambre des Communes. Pour Loach, ces accusations sont une machination pour discréditer Jeremy Corbyn, le leader du parti.

Depuis le début de la polémique, les conservateurs de la Première ministre Theresa May se sont abstenus de formuler tout commentaire. Mais alors que les élections locales, annoncées délicates pour la droite, approchent à grands pas, la majorité gouvernementale a décidé de placer le débat au centre du débat parlementaire.

Bientôt honoré par l’ULB

Jeudi prochain, Ken Loach devrait être honoré par l’Université libre de Bruxelles (ULB) aux côtés de huit autres personnalités. Il leur sera remis les insignes de docteur honoris causa, la plus haute distinction universitaire. Mais la question de savoir si la distinction sera bel et bien accordée à Loach reste d’actualité. L’ULB a réaffirmé sa volonté de lui accorder cette récompense en raison de son "œuvre militante relative aux conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins." Mais la question fait débat et risque encore de séparer deux camps à l’ULB d’ici la semaine prochaine.

LE FILM "KES"

Vers la fin des années 1960, Loach commence à diriger des films et réalise "Kes", l’histoire d’un garçon solitaire et de sa crécerelle (sorte de faucon), inspirée du roman de Barry Hines "Une crécerelle pour un valet". Ce film laissera une forte empreinte au Royaume-Uni.

DOUBLEMENT PALMÉ

En 2006, Ken Loach reçoit la Palme d’or du 59e Festival de Cannes pour "Le Vent se lève". En 2016, il obtient de nouveau cette récompense pour "Moi, Daniel Blake" et devient le huitième cinéaste à être doublement palmé après Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, Bille August, les frères Dardenne et Michael Haneke.

UN STYLE ENGAGÉ

Son style naturaliste s’axe sur une étude sans concession de la misère au Royaume-Uni, des tares socio-familiales et du ravage des politiques publiques. Son œuvre, très militante, laisse entrevoir son engagement à gauche dans les conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins.

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