Kristo Käärmann, le père du "Skype" des transferts d'argent

Luc Van Driessche

TransferWise, la fintech de transfert d’argent cofondée par Kristo Käärmann, vient de boucler une levée de fonds de 292 millions de dollars. Elle porte ainsi sa valorisation à 3,5 milliards de dollars.

De l’art de transformer une frustration personnelle en affaire florissante. Kristo Käärmann et Taavet Hinrikus n’imaginaient sans doute pas que leur petit arrangement mutuel visant à contourner les commissions prohibitives retenues par les banques sur le change euro-livre sterling donnerait naissance à une licorne d’envergure mondiale valant aujourd’hui 3,1 milliards d’euros.

Nous sommes en 2007. Kristo Käärmann, un consultant estonien en management travaillant pour PwC, passe chez Deloitte, qui l’envoie à Londres. Son salaire, désormais payé en livres sterling, doit être partiellement converti en euros pour honorer des emprunts contractés au pays.

Le profil
  • Août 1980: Kristo Käärmann naît en Estonie.
  • Diplômes: mathématiques et science informatique à l’Université de Tartu.
  • 1999: il crée le site investor.ee, qui sera revendu quelques années plus tard.
  • Années 2000: travaille comme consultant en management pour PwC et Deloitte.
  • 2011: création, avec son ami Taavet Hinrikus, membre de l’équipe fondatrice de Skype, de la fintech TransferWise.
  • 2019: TransferWise lève 292 millions de dollars, portant sa valorisation au-delà des 3 milliards d’euros.

Il découvre le pot aux roses lors du transfert d’une prime de 10.000 livres (11.400 euros) sur son compte épargne à Tallinn. "J’ai payé une commission de 15 livres à ma banque à Londres, mais une semaine plus tard, j’ai découvert qu’un montant inférieur de 500 livres à ce que j’attendais était arrivé sur mon compte estonien", racontera-t-il à la BBC.

Pour contourner ces énormes frais de change, il imagine un échange avec un ami, Taavet Hinrikus, directeur de la stratégie de Skype, le célèbre opérateur de téléphonie gratuite par internet. Envoyé à Londres mais toujours payé en euros, il avait le besoin inverse, à savoir transformer ses euros en livres sterling.

Les deux jeunes Estoniens conviennent d’un change mutuel sans commission, et à un taux de change déterminé via un célèbre moteur de recherche Internet, qui leur permet de recevoir un montant proche du taux officiel.

Très vite, des amis estoniens se joignent au système mis en place. Deux ans plus tard, ils estiment avoir pu éviter ensemble entre 10.000 et 20.000 livres (entre 11.400 et 22.800 euros) de pertes de change.

Leur expertise informatique et l’expérience de Taavet Hinrikus chez Skype leur donnent l’idée de transformer leur petite activité privée en une entreprise spécialisée dans le change "peer-to-peer" (d’égal à égal). TransferWise voit le jour en 2011.

Ses atouts majeurs: un coût jusqu’à huit fois moins élevé que les opérations de change dans les banques classiques, et la rapidité des transferts financiers.

La mayonnaise prend très vite. Quinze minutes après l’ouverture du site, un premier client sollicite un transfert de 2.000 livres sterling. La nouvelle fintech est rapidement portée à un niveau que ses fondateurs n’avaient sans doute pas imaginé au départ: celui d’une licorne, une start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars.

Aujourd’hui, TransferWise, qui pèse 117 millions de livres de chiffre d’affaires, revendique cinq millions de clients à travers le monde et des transferts d’un montant global de plus de quatre milliards de dollars par mois. L’entreprise emploie 1.600 salariés sur 12 sites et prévoit d’embaucher 750 personnes dans l’année qui vient.

Bientôt à Bruxelles

Comme bien d’autres, la société TransferWise, portée au rang de fintech d’envergure mondiale, anticipe la perspective d’un Brexit sans accord. Elle s’apprête à ouvrir un bureau à Bruxelles, et vient de recevoir son agrément de la Banque nationale. Bruxelles sera le 7e bureau local de TransferWise. Implantée à Londres, elle dispose aussi de deux "hubs" régionaux à New York et Singapour.

Entrepreneur à 19 ans

Avant de créer TransferWise, Kristo Käärmann s’est fait la main comme consultant chez Deloitte et PwC. Mais sa première entreprise, il l’a lancée en 1999, à 19 ans à peine. Son portail d’investissements, investor.ee, connaîtra un succès d’estime, mais sans jamais parvenir à être rentable. Il sera revendu quelques années plus tard.

Étudiants voyageurs

En dehors de ses activités dans la fintech, Kristo Käärmann est également impliqué dans l’organisation du Young Scholar Grant, un prix attribué aux étudiants universitaires les plus prometteurs d’Estonie. Ce prix leur permet de s’inscrire dans les meilleures universités européennes.

 

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