Rudi Pauwels | Biocartis ou la détection éclair d'Ebola

Le scientifique entrepreneur flamand enchaîne les succès. Le système de diagnostic moléculaire rapide de sa société Biocartis, qui peut détecter le virus Ebola, a reçu le feu vert de la FDA.

On finira par croire que tout ce qu’il touche se transforme en or. Rudi Pauwels, l’ancien virologue qui s’est tourné depuis quelques années vers le monde de l’entreprise, enchaîne les succès avec une régularité déconcertante.

Son dernier enfant, Biocartis, est coté sur Euronext Bruxelles depuis avril 2015, après une première tentative avortée en 2011 pour cause de climat boursier délétère.

Depuis septembre 2014, cette biotech créée sept ans plus tôt par Rudi Pauwels en Suisse commercialise un système de diagnostic automatisé qui donne aux médecins les données génétiques moléculaires permettant de diagnostiquer rapidement des maladies telles que le mélanome ou le cancer de l’intestin.

Le profil
  • 17 janvier 1960: Rudi Pauwels naît à Vilvorde
  • 1984-1994: Chercheur en sciences pharmaceutiques (KUL)
  • 1994: Création de Tibotec
  • 1995: Création de Virco
  • 1999: Rudi Pauwels cofonde Galapagos
  • 2002: Il revend Tibotec-Virco à Johnson & Johnson
  • 2004: Congé sabbatique en Suisse
  • 2007: Création de Biocartis
  • Avril 2015: Biocartis entre sur Euronext Bruxelles

De la taille d’un lecteur CD, ce minilaboratoire, baptisé "Idylla", permet d’obtenir un diagnostic en un laps de temps compris entre 35 minutes et 2h30. Un fameux gain par rapport aux plusieurs jours nécessaires dans un laboratoire classique.

Aujourd’hui, Biocartis voit s’ouvrir devant elle le marché américain. La FDA lui a en effet donné, via une procédure d’urgence, son feu vert à l’utilisation de la plate-forme "Idylla" pour la détection du virus Ebola Zaïre chez des personnes présentant les symptômes de la maladie.

La plateforme de Biocartis servira à la réalisation du test de diagnostic qu’elle a mis au point avec Janssens Diagnostics – une division de Janssen Pharmaceutica – et l’Institut belge de médecine tropicale, l’un des découvreurs du virus Ebola il y a 40 ans.

Rudi Pauwels, qui a passé dix ans comme chercheur en sciences pharmaceutiques dans les laboratoires de la KUL, s’est progressivement fait un nom dans le petit monde des biotechs flamandes.

Quatre projets

À 56 ans, ce Ouest-flamand d’origine peut se targuer d’avoir lancé à ce jour quatre projets entrepreneuriaux couronnés de succès. Tout commence en 1994. Rudi Pauwels quitte le confort des laboratoires de recherche de la KUL pour fonder la société Tibotec – puis Virco un an plus tard – avec son épouse Carine Claeys.

Spécialisée dans le traitement du virus HIV, Tibotec-Virco se fait un nom en devenant un des pionniers de la lutte contre le sida. Elle développe notamment les trois médicaments les plus utilisés à ce jour contre ce fléau dans le monde.

Un peu Liégeois

L’intérêt de Rudi Pauwels pour le monde des biotechnologies ne se limite pas aux entreprises qu’il met sur pied. Depuis juillet 2013, le chercheur-entrepreneur flamand est administrateur de la société liégeoise MDxHealth, spécialisée elle aussi dans le diagnostic. Son mandat court jusqu’en 2017.

De grands noms

L’esprit d’entreprise, mâtiné de rigueur scientifique, de Rudi Pauwels a attiré de grands noms autour de ses projets. Pour financer son minilaboratoire "Idylla", l’homme d’affaires flamand a bénéficié de quelques soutiens de poids comme la famille Colruyt, celle de Paul Janssen, le fondateur de Janssen Pharmaceutica, ou encore Rudi Mariën, l’homme fort d’Innogenetics.

 

La société sera vendue en 2002 au géant américain Johnson & Johnson . Entre-temps, Rudi Pauwels participe à la fondation, en 1999, de la biotech belgo-néerlandaise Galapagos, devenue un des porte-drapeaux des biotechnologies au nord du pays.

Tibotec-Virco revendue, Rudi Pauwels disparaît des écrans radars. Il part avec sa famille durant trois ans en congé sabbatique au bord du lac de Genève. C’est là qu’il se forme aux micro- et nanotechnologies et lance les prémices du projet Biocartis, qui démarrera en 2007.

La dernière étape cruciale avant l’ouverture du marché US remonte à la fin avril 2015, avec l’entrée de Biocartis sur Euronext Bruxelles. Rudi Pauwels en attendait une capitalisation boursière de 65 millions d’euros. Il collectera finalement 115 millions d’euros.

Aujourd’hui, Biocartis emploie 270 personnes. L’entreprise ne manque pas d’ambition. Elle espère vendre entre 150 et 175 minilabos "Idylla", soit à peu près deux fois plus que le total de ses ventes jusqu’à la fin 2015.

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