Steven Laureys, le "spécialiste du coma" qui explore notre conscience

Récompensé par le prestigieux prix Francqui 2017, le neurologue de l’Université de Liège est "le" spécialiste mondial du coma. Son but ultime? Percer les secrets de la conscience humaine.

Coma végétatif, état de conscience minimale, syndrome d’enfermement, état hypnotique, expérience de mort imminente… Certains comportements du cerveau humain sont profondément mystérieux. À l’Université de Liège, le Pr Steven Laureys, directeur de recherche du FNRS et fondateur du groupe de recherches Coma Science Group, s’en est fait une spécialité.

Son leitmotiv ? Décoder les états de conscience altérés. Et améliorer la vie de ses patients.

"Cela nécessite bien sûr de développer la recherche scientifique, mais aussi la recherche clinique et le développement de nouvelles technologies d’exploration et de traitement du cerveau", explique volontiers le neurologue. Le médecin est le lauréat 2017 du prix Francqui, la plus importante des récompenses scientifiques belges. Un prix doté de 250.000 euros.

Le profil
  • 1968: Naissance à Louvain.
  • 1993: Décroche son diplôme de médecine à la Vrije Universitiet Brussel (VUB) avec grande distinction.
  • 1996: Débute un doctorat à l’Université de Liège centré sur le cerveau et sommeil humain.
  • 2006: Fondation du groupe de recherche “Coma Science Group” à l’Université de Liège. Un groupe qui compte aujourd’hui une trentaine de membres.
  • 2017: Lauréat du prix Francqui, la plus haute distinction scientifique en Belgique.

Il récompense un chercheur belge de moins de 50 ans "ayant apporté à la science une contribution importante dont la valeur a augmenté le prestige de la Belgique", rappelle la Fondation Francqui.

Avec le Pr Laureys, son jury international ne s’est pas trompé. Le rayonnement de ses travaux dépasse très largement les frontières du pays. À tel point que certaines de ses techniques sont désormais "copiées" aux États-Unis, "un pays pourtant plus habitué à donner le ton en matière de recherche médicale", concède le scientifique, heureux de voir ses doctorants filer là-bas, mais aussi… de les voir revenir ensuite en Belgique!

En prise directe avec la souffrance

Les recherches menées au sein de son équipe concernent le diagnostic, le pronostic et le traitement des lésions cérébrales et des troubles de la conscience. Elles ont mené à l’identification, dans le cerveau humain, de deux réseaux de conscience distincts. L’un, externe, concerne plutôt notre environnement.

L’autre, interne, porte sur la conscience de soi. Un constat fondamental qui a conduit à une meilleure compréhension du réseau neuronal de la conscience, mais aide aussi à mieux prédire les chances de guérison.

©debby termonia

Ce souci d’être en prise directe avec les souffrances des patients se retrouve dans ses travaux du moment. Il explore une nouvelle piste thérapeutique: celle de la stimulation électrique du cerveau par courant continu.

"Une technique réellement prometteuse, dont nous avons démontré la pertinence en 2014, rappelle-t-il. Une technique qui pourrait améliorer le sort des patients cérébrolésés grâce à une technique non invasive, via le port d’un simple dispositif sur le crâne." Un peu comme le serre-tête où les patches de la société liégeoise Cefaly, destinés à réduire, voire à prévenir, les maux de tête chez les migraineux ? "Exactement, concède le scientifique. Nous travaillons d’ailleurs avec cette entreprise pour mettre au point un système léger de stimulation. Mais cette fois, ce n’est pas pour agir sur les terminaisons du nerf trijumeau, mais bien pour stimuler le cortex préfrontal gauche de nos patients."

L’ambition ultime du chercheur et de son équipe est d’un jour percer les mystères… de la conscience humaine. Rien que çà! "Mais là, il faut rester humble, dit-il aussi. La tâche est immense…"

Les copines de maman

Pour se relaxer, le scientifique peint et dessine. Il écrit aussi. Un livre sur le cerveau, bien entendu. "Pour expliquer aux copines de ma maman ce que nous faisons", dit-il. (Un si brillant cerveau – Les états limites de conscience, éditions Odile Jacob, 2015).

Esprit de famille

Les drames humains auxquels il est quotidiennement confronté lui font prendre conscience de l’importance de la famille. Il a trois enfants. Le quatrième est en route. Sa famille, c’est son refuge, son équilibre.

Bulles d’oxygène

Pour se changer les idées, le chercheur travaille… sur d’autres cerveaux: celui d’un moine bouddhiste en pleine méditation ou encore celui des astronautes de l’Agence spatiale européenne. "On reste dans les cerveaux, dit-il. Ceux-ci ne sont pas malades. Leur exploration est fascinante."


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