chronique

De l'ego pour disrupter

Claire Munck

De la rue à la richesse, on peut faire d'étonnants parallèles entre le street art et l'univers des start-ups. Des parallèles qui ont de quoi inspirer les artistes et entrepreneurs d'aujourd'hui.

Soyons honnêtes, je ne suis pas une grande amatrice d’art, ni connaisseuse. Je me laisse facilement convaincre lorsqu’il s’agit de visiter des lieux qui sont détournés de leur vocation initiale, encore davantage si le lieu abrite une exposition temporaire d’art de rue. J’ai toujours adoré les couleurs, l’énergie, l’insolence, parfois jusqu’à la désobéissance… la clandestinité dans l’expression de l’ego. J’ai donc cédé avec enthousiasme lorsque mon compagnon m’a proposé d’aller voir la nouvelle exposition qui fait le buzz: chaussée de Waterloo à Ixelles où l’ancien Delhaize vient d’être reconverti en galerie street art.

Il faut de l’ego, au sens positif du terme. Pour oser "disrupter", créer de la valeur, artistique, culturelle et/ou économique.

D’autant que je peux y aller avec mes enfants, qui vont pouvoir s’émerveiller, se promener librement et partager, sans être en tort pour une fois, leur amour des traits de feutres sur des supports interdits!

J’arpente les rayons redécorés par la plateforme dédiée aux arts urbains Strokar Inside et je me dis que certains des artistes qui ont eu l’opportunité de s’exprimer sur ces murs ont beaucoup en commun avec les entrepreneurs que je croise quotidiennement.

Je pense notamment au goût de la transgression que peuvent avoir en commun des graffeurs, qui ont commencé leur art dans la rue, et des porteurs de projet qui ont pour ambition de casser les codes, les habitudes, la façon de faire. Lorsque je lis par exemple les commentaires sous les toiles de graffitis. Je schématise bien sûr. J’imagine de nombreux parallèles avec les start-uppers. "Avant d’être reconnu, il passera par la rue, la précarité, le manque de reconnaissance..." "Il est aujourd’hui une figure emblématique de..." "Courtisé par les plus grandes marques".

Graffeurs et entrepreneurs partagent en particulier le goût du risque, du moins au début de leur carrière. Quand on veut changer le monde et s’exprimer, on l’a dans les tripes, on fonce avec des œillères, persuadés que personne ne peut vraiment comprendre ce qui nous motive, nous tient éveillés la nuit, nous donne l’énergie des journées interminables. Les artistes comme les entrepreneurs doivent avoir de l’ego pour "disrupter" et aller contre l’ordre établi. L’anticonformisme par excellence.

Je ne suis pas la seule attirée par la découverte du lieu réinventé. On remarque beaucoup de sourires, des discussions entre voisins et curieux, amateurs d’arts ou amateurs tout court, et quelques yeux qui brillent en arpentant du regard la pièce principale. Il règne à la fois un calme respectueux envers les artistes exposés et une ambiance électrique qui témoigne de la chance de la découverte.

Ces regards je les reconnais, car je pense la même chose. Que ce serait dommage que ce lieu ne soit qu’éphémère. Que pourrait-on faire pour qu’il reste un lieu de partage? L’entre (intra?) preneur en moi s’emballe. Autour de la table, les idées fusent pour imaginer ce qui pourrait y être organisé, qui pourrait contribuer dans ce genre d’endroit. Nous sommes tous galvanisés.

D’ailleurs beaucoup de visages sont familiers ce soir. Des visages d’entrepreneurs que je côtoie dans mon incubateur, des organisateurs d’événements pour start-ups. Je souris. Nous sommes attirés comme des aimants par les projets entrepreneuriaux des autres – par admiration. Et peut-être aussi parfois par envie, de ne pas avoir eu l’idée ou l’opportunité de lancer une telle initiative, audacieuse, impertinente. Ou de se lancer tout court. Pour l’instant! Il faut de l’ego, au sens positif du terme, pour oser "disrupter", créer de la valeur, artistique, culturelle et/ou économique.

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