Tridea recycle les gobelets du Pukkelpop

©Kristof Vadino

La start-up belge Tridea, spécialiste de l’impression 3D écoresponsable, fabrique des gobelets PET 100% recyclés pour le Pukkelpop. Une première à l’échelle des festivals.

L’impression 3D, ça a la cote, on le sait. Un certain américain veut même commercialiser des armes à feu à partir de cette technique. Quand il s’agit de l’environnement par contre, c’est autre chose. Tridea a voulu profiter de ce manque à gagner en recyclant l’énorme quantité de déchets PET que nous produisons. Le but: les transformer en filaments, l’encre pour les imprimantes 3D.

Tridea

• Gestionnaires

Karapet Chatchatrian et Philippe Merillet.

• Stratégie

Transformer les déchets PET dans plusieurs pays d’Europe d’ici 9 ans.

• Principales expositions

Au festival Tomorrowland cette année, avec le One Project, et au Pukkelpop, le premier festival à utiliser des gobelets 100% recyclés.

Tout commence en 2014, dans le jardin de Philippe Merillet, CEO et cofondateur de la startup avec Karapet Chatchatrian. Le barbecue et le vin, ça stimule la créativité. "On avait cette envie de créer du matériel pour l’impression 3D en faisant quelque chose pour l’environnement", raconte Karapet Chatchatrian. Ils achètent alors une machine aujourd’hui digne d’un musée, l’ancêtre du fabricateur de filaments.

Elle fonctionne toujours, chauffe juste un peu – de quoi brûler le cofondateur à sa remise en marche. "On a commencé à expérimenter avec cette machine, elle fait vraiment partie de notre histoire et de notre ADN. Il fallait d’abord s’assurer que ça fonctionne, créer le fil à partir du plastique recyclé. Et ensuite seulement, passer à l’échelle industrielle pour créer quelque chose qui s’adapte aux imprimantes 3D." Une étape à la fois, pour ne pas à nouveau se brûler.

"On voulait créer ce matériel pour l’impression 3D en œuvrant pour l’environnement."
karapet chatchatrian
cofondateur de tridea

Après six mois d’expérimentation, le système est lancé. Et il fait aujourd’hui du voyage: une fois les bouteilles en plastique broyées en "flocons", elles partent pour la France où la matière est recristallisée en pellet. Avant de revenir en Belgique, où elle est alors transformée en filaments, en gobelets, ou en gadgets en tous genres – leurs créations se vendent comme des pintes de bière dans les festivals. Pourquoi ce passage par la France? "La faute à Fost Plus, le spécialiste du recyclage des déchets: la Belgique n’a aucune usine capable de faire de l’agroalimentaire à partir du PET recyclé", explique Philippe Merillet.

L’or transparent

Fost Plus qui est aussi responsable de la création de Tridea, en un sens. "Tout le monde dit toujours qu’il faut recycler plus, alors qu’en Belgique, il n’y a pas d’installation pour récupérer ce plastique PET. On a rencontré Fost Plus à plusieurs reprises, qui disait toujours: c’est normal, on le vend simplement à des traders. Mais pourquoi faire ça, alors que ça a tellement de valeur?" se demande Karapet Chatchatrian. Car le plastique, c’est un véritable diamant à traiter. Si une tonne de bouteilles compressées rapporte 300 euros, elle en vaudra 950 en "flocons", Vous montez à 1.200 pour les pellets, et jusqu’à 20.000 pour la tonne de filaments. Et ce n’est qu’un début.

©Kristof Vadino

Tridea compte ainsi se développer dans l’impression de grands objets avec un partenaire qui a lancé il y a deux mois une imprimante… à meubles. Une des plus grandes au monde. Elle n’est pas encore sur le marché que les demandes pour celle-ci sont saturées. Exposée au festival Tomorrowland, elle y a imprimé des meubles provenant des déchets de l’année précédente.

C’est le même principe que la start-up met aujourd’hui en œuvre au Pukkelpop… sans l’impression en live. Vingt-trois tonnes de gobelets ont été récupérées de l’édition 2016 et sont actuellement les récipients de milliers de bières de festivaliers. Un partenariat avec Maes qu’il a fallu négocier. "Le problème c’est que les gobelets des festivals sont tous marqués par les logos de leur société Maes dans ce cas-ci", explique Philippe Merillet.

©Kristof Vadino

"On a dû les convaincre de mettre leur logo en surimpression, transparent, ce qu’ils refusaient car ça réduit leur visibilité. Mais si tu imprimes un logo en couleur, le gobelet perd de la valeur. Quand on le broie, il y aura toutes ces couleurs et tu ne pourras pas en faire d’autres récipients." Heureusement qu’un grossiste généreux passait par là pour payer la différence.

Ce recyclage inédit de gobelets, Tridea espère l’exporter à d’autres festivals, Rock Werchter en ligne de mire. Mais également à l’Europe entière… tout en gardant les pieds sur terre. "C’est bien d’avoir des grands rêves à l’horizon, mais il faut y aller petit à petit", déclare Karapet Chatchatrian. Ils enregistrent pourtant leur première année avec profit, attendant entre 200.000 et 250.000 euros… Un nombre qu’ils espèrent doubler chaque année. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se recycle.

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