3 ans après les attentats de Bruxelles, où en est la sécurité régionale?

Trois ans après les attentats qui ont frappé Bruxelles, des commémorations ont lieu en divers lieux. Comme ici, à la station de métro Maelbeek. ©BELGA

Deux projets d’ordonnance soumis au Parlement bruxellois ce vendredi consacrent le centre de crise et de communication, la plateforme de vidéo-protection et la création de l’école des métiers de la sécurité. La Région bruxelloise, qui a hérité de la coordination de la sécurité lors de la sixième réforme de l’État, peine à convaincre les six zones de police locales d’intégrer ses projets.

Trois ans jour pour jour après les attentats de Bruxelles, deux ordonnances relatives à la sécurité seront soumises au vote en séance plénière du Parlement bruxellois, ce vendredi. Un hasard du calendrier ou une coïncidence symbolique qui rappelle à quel point la thématique de la sécurité fut omniprésente durant la législature écoulée.

Non seulement Bruxelles s’est vue responsabilisée en la matière avec de nouvelles compétences héritées de la sixième réforme de l’État, mais la capitale a été touchée en plein cœur par les attentats terroristes du 22 mars 2016. Et ce sans oublier certains faits divers, comme les débordements survenus lors de la qualification de l’équipe nationale marocaine de football, qui alimentent le mythe de la grande ville dangereuse, relançant ainsi régulièrement l’éternel débat sur la fusion des zones de police. À deux mois des élections régionales, l’exécutif bruxellois est-il parvenu à renforcer la coordination des politiques de sécurité et de prévention?

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• La mise en œuvre des compétences régionales de sécurité se traduit d’abord par la création, en 2015, d’un organisme d’intérêt public (OIP) baptisé Bruxelles Prévention et Sécurité (BPS). Chargé de l’observation et de l’enregistrement de la criminalité, le nouvel OIP absorbe l’Observatoire bruxellois pour la prévention et la sécurité existant déjà au sein de l’administration régionale depuis 2010. Et dans le cadre de sa mission de coordination, BPS élabore un premier plan global de sécurité et de prévention qui est soumis au Conseil Régional de Sécurité, également institué dans le cadre de la réforme, avant d’être approuvé par le gouvernement en 2017. Au travers de ce plan, tous les acteurs de la sécurité présents sur le territoire bruxellois se sont ainsi accordés sur une stratégie et des priorités communes.

• Deux projets majeurs sont rapidement initiés: la création d’un centre de crise et de communication intégrée et la construction d’une école des métiers de la sécurité.

• Le premier doit permettre de rassembler dans un même lieu tous les acteurs de première ligne (police, Siamu, Stib…), tant pour gérer des interventions quotidiennes que pour des événements de grande envergure et des situations d’urgence.
• Le second réunit sur un pôle unique l’école régionale de police, le centre de formation des pompiers de Bruxelles, l’institut de formation à l’aide médicale urgente et le volet prévention de l’école régionale d’administration.

Partage des images de vidéosurveillance

"Les images de la Stib seront enfin à disposition des dispatchings des zones de police."
Rudi Vervoort (PS)
Ministre-président de la région bruxelloise

Les textes soumis au vote ce vendredi consacrent ces projets. D’ici la fin de l’année 2019, l’école des métiers de la sécurité dénommée Brusafe prendra ses quartiers sur le site Blue Star acquis par Citydev à Haren. Stand de tir et maison du feu compléteront le complexe à l’horizon 2023. Un centre de recrutement est prévu dans la nouvelle infrastructure afin d’améliorer la représentativité des Bruxellois au sein de la police et dans le secteur de la sécurité. La création d’une plateforme de vidéo-protection au sein de BPS est également officialisée sur le plan législatif. "Cette solution permettra enfin de mettre à disposition des dispatchings des zones de police les images des stations de métro de la Stib au moyen d’une connexion unique et sécurisée", se félicite le ministre-président Rudi Vervoort (PS).

Un manque d’adhésion

Sans nul doute, l’exécutif bruxellois a engrangé des avancées concrètes dans son nouveau domaine de compétences. Mais les textes législatifs témoignent aussi de l’incapacité du gouvernement à susciter l’adhésion de l’ensemble des acteurs concernés.

Par exemple, seule la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles a, pour l’heure, donné son feu vert pour intégrer sur une base volontaire le futur centre de communication dont l’ouverture est prévue d’ici l’été. Et seulement trois des six zones de police locales ont accepté le partenariat avec la plateforme intégrée de vidéosurveillance. "Il y a trois ans, les attentats ont rappelé l’urgence d’un tel dispositif. Nous sommes d’accord de rejoindre la plateforme, mais nous voulons une convention assurant l’immédiateté de l’accès aux images. Jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu la garantie que l’on restait propriétaire de nos images", explique le député-bourgmestre d’Etterbeek Vincent De Wolf (MR) pour justifier le refus de la zone Montgomery.

Le libéral assure que les zones de police sont de bonne volonté mais que cela coince dans plusieurs dossiers en raison de l’attitude régionale. "La Région cherche à imposer sa volonté, sans plus de concertation, ce qui a posé problème avec les policiers mais aussi les pompiers. La Région dispose d’une compétence de coordination mais rêve d’un rôle opérationnel, ce qui ne va pas." Dans la majorité à l’échelon régional, le député-bourgmestre de Schaerbeek pose un constat similaire. "De mon point de vue, la difficulté de BPS est de vouloir repartir de zéro alors que le travail effectué dans les zones de police est excellent. C’est en cela que la relation région-zones de police n’est pas toujours évidente. Dans un climat général d’évaporation de la police fédérale qui peine à remplir ses missions d’appui et de coordination, BPS essaie de jouer un rôle pour lequel il n’a reçu ni les missions ni les moyens", lâche Bernard Clerfayt (DéFI).

22 mars 2016

Où en est l'enquête?

Trois ans après les attentats du 22 mars 2016 dans la station de métro Maelbeek et à l'aéroport de Bruxelles-National, la justice belge a identifié dix suspects, en plus des kamikazes. Tous sont inculpés pour avoir fourni une aide à la préparation et à l'exécution des deux attaques. Le procès, lors duquel l'on attend un millier de personnes, pourrait se tenir en 2020. Où? Difficile à dire, plusieurs pistes sont envisagées: à l'ancien siège de l'Otan, dans une salle de spectacle, dans le Palais de Justice aménagé pour la circonstance... L'enquête pourrait être clôturée en décembr eprochain. 

Ces attentats suicide, revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), avaient fait 32 morts et plus de 340 blessés à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem et dans la station de métro Maalbeek. Outre ces victimes, des centaines d'autres personnes ont rapporté aux autorités avoir subi un préjudice à cause des attentats, ce qui explique le besoin d'une infrastructure exceptionnelle pour le procès.

Les suspects

 

  Mohamed Abrini. La police a arrêté Mohamed Abrini, recherché depuis les attentats de Paris du 13 novembre 2015, le 8 avril 2016 à Anderlecht. Cet homme a admis qu'il était "l'homme au chapeau", aperçu sur les images de vidéo-surveillance de l'aéroport de Bruxelles-National. Il avait laissé une valise pleine d'explosifs dans l'aéroport avant de s'enfuir, tandis que Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui ont, eux, fait exploser leurs charges dans le hall des départs. Les trois hommes étaient partis ce matin-là en taxi d'un appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek, où ils s'étaient cachés pendant les semaines précédentes et d'où ils avaient préparé les attentats.

Ossama Krayem a également été arrêté le 8 avril 2016. Il était jusqu'alors connu sous le faux nom de "Naim Al Hamed". Cet homme avait été filmé dans la station de métro Pétillon le 22 mars 2016, en train d'échanger quelques mots avec Khalid El Bakraoui, juste avant que ce dernier ne se fasse exploser dans la station de métro Maelbeek. Ossama Krayem a déclaré qu'il était censé se faire exploser aussi mais qu'il avait renoncé.

Bilal El Makhoukhi et Hervé Bayingana Muhirwa ont également été arrêtés le 8 avril 2016, à Laeken. Le premier avait été reconnu coupable de participation aux activités d'un groupe terroriste lors du procès de Sharia4Belgium à Anvers en 2015. Il aurait joué un rôle dans la préparation des attentats de Bruxelles, mais il le nie fermement. Selon l'enquête, c'est Bilal El Makhoukhi qui a demandé à son ami d'enfance Hervé Bayingana Muhirwa qu'il cache Osama Krayem et Mohamed Abrini dans son appartement, rue Tivoli à Laeken.

 Sofien Ayari, connu sous les faux noms d'Amine Choukri et de Monir Ahmed Alaaj, il avait été arrêté quatre jours avant les attentats de Bruxelles, le 18 mars 2016, alors qu'il s'était caché dans un immeuble rue des Quatre Vents à Molenbeek-Saint-Jean, avec Salah Abdeslam, le suspect n°1 des attentats de Paris, recherché alors depuis des mois. Les deux hommes avaient échappé de peu à une première arrestation, trois jours auparavant, le 15 mars 2016, rue du Dries à Forest, dans l'une des autres planques de la filière terroriste. Des policiers français et belges les avaient débusqués et des échanges de tirs avaient eu lieu, provoquant la mort de Mohamed Belkaïd, connu sous le faux nom de Samir Bouzid, qui se trouvait avec Sofien Ayari et Salah Abdeslam. Après plusieurs heures de siège, cet individu avait fait feu seul sur la police, tandis que ses deux comparses fuyaient par l'arrière du bâtiment.

Pour ces faits de la rue du Dries, Sofien Ayari et Salah Abdeslam ont été condamnés le 23 avril dernier à 20 ans de prison par le tribunal correctionnel de Bruxelles.

• Les frères Ibrahim et Smail Farisi. Ils sont soupçonnés d'avoir prêté l'appartement qu'ils louaient avenue des Casernes à Etterbeek à Khalid El Bakraoui, le kamikaze de la station de métro Maelbeek, dès l'automne 2015. Ils auraient aussi nettoyé et vidé tout l'appartement juste après les attentats.

• Un autre suspect, Ali El Haddad Asufi, a été arrêté deux jours après les attentats, le 24 mars 2016, pour ses liens d'amitié avec Ibrahim El Bakraoui.

•  Youssef El Ajmi, également suspecté dans l'enquête, a lui été placé sous mandat d'arrêt le 17 juin 2016. C'est un ami d'enfance de Khalid El Bakraoui et d'Ali El Haddad Asufi. Il aurait également séjourné dans l'appartement de l'avenue des Casernes. Plus inquiétant, l'homme travaillait jusqu'à peu de temps avant les attentats à l'aéroport de Bruxelles-National, dans une entreprise de restauration, et avait ainsi un accès direct aux avions sur le tarmac. Des messages ont été découverts sur son ordinateur, provenant d'une clé USB utilisée par Khalid El Bakraoui, dans lesquels il est fait mention de dates de vols vers l'Amérique, la Russie et Israël.

Brahim Tabich a été arrêté début octobre 2017 par la police judiciaire fédérale bruxelloise. Les enquêteurs suspectent qu'au moins une partie de l'acide chlorhydrique que les terroristes ont utilisé pour fabriquer le TATP avait été achetée dans le magasin de bricolage de Brahim Tabich, avenue de Stalingrad à Bruxelles.

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