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analyse

L'Aéropôle est un succès, Charleroi centre reste un défi

Le bâtiment EOLE, basse energie, à l'aéropôle de Charleroi. ©Dieter Telemans

Au pays de Charleroi, on s’est redécouvert un enthousiasme autour du football. Une "grinta" que l’on retrouvait déjà chez les entrepreneurs locaux qui veulent croire dans le renouveau de la ville.

Essayez de parler football avec un entrepreneur liégeois venu faire du business à Charleroi, comme ça, juste pour voir. Et si vous voulez rire un bon coup, demandez-lui s’il supporte les "Rouches" ou le Sporting. Généralement, c’est à ce moment que l’entrepreneur se découvre des talents de diplomate. Comme Adnan Uzun, administrateur délégué de Caro Maintenance, à Jumet. "J’aime bien le Standard, mais je me suis pris d’affection pour Charleroi", glisse-t-il, malicieux. Vous voyez mieux ce qu’on voulait dire?

"Si vous regardez un peu le développement en Wallonie, tout se fait dans le Hainaut."
Adnan Uzun
Administrateur délégué de Caro Maintenance

Le football, un sport, évidemment, mais également l’endroit rêvé pour joindre l’utile à l’agréable, faire du business en toute détente. "Chaque année, j’organise un gros événement quand Charleroi reçoit le Standard, j’invite 200 personnes." Et entre deux coups francs, le foot passe au second rang. Car l’entrepreneur le reconnaît, il rafle parfois des clients sur les banquettes du stade. "On fait de la maintenance pour le Sporting, c’est un contrat que nous avons gagné au bord du terrain", assure l’entrepreneur. Et puis, en insistant, l’entrepreneur lâche quand même une pique. "Ici, à Charleroi, le patron du club connaît tout le monde, il vous présente aux autres. Il y a une chaleur à Charleroi qu’on ne trouve pas à Liège.".Voilà qui va plaire à ceux de la page d’à côté!

Il n’est d’ailleurs pas le seul à nous le dire. Laurent Scaillet, cofondateur de la société A 2 Toit arpente aussi le club d’affaires entourant le Sporting. Une étape indispensable pour que cet entrepreneur arrive à travailler dans sa région alors qu’avant, c’était surtout dans le "sud de Bruxelles ou dans le Brabant Wallon" qu’il était actif. "En grandissant, on se demande pourquoi celui-là obtient tel chantier et pas moi alors que l’on sait qu’on est au moins aussi compétent? Le réseautage est hyperimportant. Il faut se montrer et connaître les bonnes personnes", dit l’entrepreneur.

Pôle économique

À la question de savoir pourquoi Adnan Uzun a débarqué à Charleroi pour monter son affaire, la réponse est claire et sans détour. "Si vous regardez un peu le développement en Wallonie, tout se fait dans le Hainaut. Le peu de sidérurgie que l’on a est ici, la pétrochimie est concentrée à Feluy, presque tous les cimentiers sont ici. Cette région offrait plus de possibilités de développement économique pour une PME comme la nôtre.

"Je suis Anversois. Tout le monde connaît la région de Charleroi par ce qu’il a entendu aux nouvelles, mais en deux ans et demi à Gosselies, je n’ai jamais eu le moindre problème."
Steve Braff
CEO d’Airspace

Au départ, tout le monde n’a pas vu d’un bon œil l’arrivée d’un Liégeois à Charleroi, mais cela c’est amélioré quand j’ai commencé à engager des locaux", explique celui qui reconnaît entretenir d’excellentes relations avec la Ville.

Aéropôle superstar

©BELPRESS

Ryanair qui décolle. Ou qui atterrit. À Charleroi, l’aéroport (de Bruxelles sud!) est au cœur de tout. Ou presque. En tout état de cause, les entrepreneurs de la région le disent à l’unisson: de tous les zonings de Charleroi, l’Aéropôle est le succès de la région. Voilà ce qui a poussé Steve Braff, le CEO d’Airspace, à poser son sac dans le zoning. Assis en tailleur derrière sa console de contrôle, il est dans son élément. Les jeunes et les moins jeunes, les pro et les amateurs, défilent pour flotter dans son tunnel d’air comme s’ils venaient de sauter d’un avion. Son installation il y a un an et demi aux abords de l’aéroport, au sein de l’Aéropôle, ne doit rien au hasard. "On a réalisé une étude de marché et l’Aéropôle s’est avéré être un des endroits les plus intéressants de Belgique au niveau de l’accessibilité pour les parachutistes qui voyagent beaucoup pour aller dans les souffleries", explique Steve Braff.

C’est cet environnement qui a poussé les responsables de Venyo à s’installer dans l’Aéropôle. La société, qui travaille au développement d’un simulateur de vol à base fixe, a choisi Charleroi pour la proximité de l’aéroport. Pour le même prix, ça aurait pu être Liège, mais des questions d’affinités ont fait pencher la balance pour Charleroi.

Les aides décrochées, elles, par contre, n’ont que faire de notre série et des frontières de l’une ou l’autre ville. Elles sont wallonnes. Des subsides de recherche ont été accordés par la Région wallonne, et l’Awex a toujours répondu présente à l’heure d’emmener Venyo dans des salons aéronautiques, nous a expliqué Jean-Claude Streel, business development manager chez Venyo.

Sur les sept indicateurs de l’entreprenariat et de l’emploi que nous avons retenus (addition des chiffres marqués d’une étoile), Liège dépasse légèrement la moyenne de la Région wallonne qui représente 700 points. Les deux arrondissements jouent résolument la carte des nouvelles technologies. ©MEDIAFIN

La société a également bénéficié d’aides de la Sowalfin et de Sambrinvest, situées à un jet de pierres de là. Pour nous, Anne Prignon, administrateur-directeur général de Sambrinvest, a accepté de détailler les possibilités d’aides proposées à Charleroi. Un dédale.

Union sacrée

En pratique, il y a trois invests et trois intercommunales, chacun ayant sa spécificité. Avant de cimenter la première pierre de sa société, le jeune entrepreneur sera pris en charge par Heraclès, un centre d’entreprise chargé d’accompagner les start-ups. "Sambrinvest intervient après, quand le projet est mature et qu’il y a un business plan", précise Anne Prignon. Depuis quelques mois, les différentes structures d’aides essayent de se voir et, dans ma mesure du possible, de travailler main dans la main afin d’aiguiller plus rapidement les porteurs de projets.

Autre filière : le "réseau entreprendre". Ce genre de réseau existe un peu partout. Des entrepreneurs bien installés prennent de jeunes pousses sous leurs ailes et leur fournissent conseils et assistance. C’est ce qui vient d’arriver à Isabelle Van Steenkiste, la fondatrice de Pyke, une société qui, si tout se déroule comme prévu, commercialisera des lunettes pour enfants. Ce projet, porté par le réseau entreprendre de Charleroi, est passé chez Heraclès qui a ensuite accompagné le projet chez Sambrinvest. "C’est un projet typique de ce qu’on fait. On a un porteur de projet qui a une idée mais peu de moyens. Il se fait aider par le réseau entreprendre qui l’oriente vers un business angel. Il est soutenu par Heraclès pour du coworking et par Sambrinvest pour le financement", précise Anne Prignon.

"Sambrinvest intervient quand le projet est mature, qu’il y a un business plan."
Anne Prignon
Administrateur directeur général de Sambrinvest

 

Depuis sa création, Sambrinvest a investi 191 millions d’euros dans des centaines de PME de la région de Charleroi.

Pour l’exercice 2013-2014, l’invest comptabilise 68 décisions d’investissements pour un montant total de 22 millions d’euros. Elles ont permis de soutenir ou créer 1.528 emplois.

Parmi les projets récemment soutenus et pourvoyeurs d’emploi, Anne Prignon, directeur général de Sambrinvest, a tenu à souligner BePharBel Manufacturing, une société active dans la fabrication et la commercialisation de médicaments. La société emploie 60 personnes et Sambrinvest a participé au capital à hauteur de 1,250 million d’euros. Elle a également pointé Bone Therapeutics, active dans la thérapie cellulaire. La société vient de s’installer à Gosselies, dans le zoning de l’Aéropôle. Pour être complet, soulignons que Sambrinvest travaille en étroite collaboration avec Héraclès et I-Tech Incubator, actifs dans l’accompagnement de start-ups, avec l’intercommunale Igretec et l’ULB. Concernant les financements, il est souvent fait appel à laSRIW, la SogepaSowalfin, le Feder, les banques et/ou des investisseurs privés.

Le frein du riverain

Il y a aussi ceux qui veulent réinvestir dans le centre. Comme Pierre-Nicolas Houyoux, cofondateur de la société d’événementiel 50N05E. Ces dernières années, la tendance était à quitter le centre en faveur de Gosselies, Jumet ou Ransart. Mais des jeunes, souvent originaires de Charleroi, veulent redynamiser le centre. "Je suis carolo, on sent que les gens étaient demandeurs. Tout est à construire à Charleroi, les gens ont besoin d’événements grand public et de qualité", précise Pierre-Nicolas Houyoux dont la société a notamment organisé le Quartier d’Été 2015 au parc Reine Astrid en plein cœur de Charleroi.

Des obstacles à l’investissement? Certainement pas de la part des autorités. Le seul frein sérieux rencontré lors de notre reportage est le fait d’un riverain à l’encontre de BS Karting. Des histoires de permis d’exploitation cassés devant le Conseil d’État avant d’être, après modifications, validés.

À Charleroi, le leitmotiv, c’est avancer, toujours, envers et contre tout.

À Charleroi, tous les chemins mènent à l’aéropôle, quitte à faire de l’ombre aux autres zonings. L’aéroport a joué un rôle central dans le développement du tissu économique de Charleroi. Le grand challenge, à présent, est de redynamiser le centre-ville. Charleroi est un village, les réseaux et les cercles d’influence sont incontournables. Bonne chance si vous n’en êtes pas!


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