Tournai ou le renouveau d'une provinciale dynamique

La Grand-Place de Tournai. ©Laurie Dieffembacq

Insérée dans l’Eurométropole qui la lie à Courtrai et à Lille, Tournai est un vivier de PME en plein essor. Mais le terrain, très bon marché par rapport à la Flandre voisine, vient à manquer.

Les quais de l’Escaut entièrement refaits, les alentours de la cathédrale bientôt mués en piétonnier: en trente ans, Tournai a bien changé. La bourgade provinciale plus ou moins oubliée a laissé la place à une ville en plein renouveau. Le repeuplement de l’ancien chancre de la plaine des Manœuvres, à la périphérie, en est un bel exemple.

"La ville est aussi à 250 km de Paris et de Londres, et se trouve au croisement de plusieurs autoroutes."
Alain Benmeridja
CEO D’Eowind

La capitale de la Wallonie picarde entend profiter des possibilités que lui offrent les espaces dont elle dispose pour pousser plus avant son essor économique.

Dynamique entrepreneurial

"Tournai est un peu paradoxale: c’est la ville des écoles, des cafés, des églises, mais il y a pas mal d’argent. C’est pour cela que l’immobilier est prospère", résume Alain Benmeridja, le patron d’Eowind, qui produit des éoliennes de taille moyenne.

Le dynamisme entrepreneurial se voit surtout dans les zonings de l’ouest de la ville. "Ideta traite entre 15 et 30 dossiers d’investissement par an, essentiellement à Tournai, son principal pôle de développement, et à Ghislenghien. On note aussi un développement continu des entreprises déjà en place", souligne Pierre Vandewattyne, directeur général d’Ideta, l’intercommunale de développement de la ville.

"Nous avons dû faire face à quelques lourdeurs administratives."
Vincent Bachely
Cofondateur de Mediakod

Tournai, commune la plus étendue du pays avec ses 213,75 km2 de superficie, tire profit de sa proximité avec la France voisine, mais aussi des échanges avec la Flandre. "L’espace étant totalement saturé en Flandre, les prix se sont envolés et ont poussé des entreprises flamandes à s’implanter à Mouscron et à Tournai", précise Roby Van Daele, président de Wapinvest.

Des travaux à Tournai ©Laurie Dieffembacq

Le prix du terrain, qui dépasse les 120 euros le mètre carré à Courtrai, plafonne à 45 euros à Tournai. "L’afflux d’investisseurs flamands s’est accéléré au milieu des années 90. Aujourd’hui, 15% de nos entreprises sont flamandes", constate Pierre Vandewattyne.

Un tissu de PME

Le tissu économique est surtout constitué de PME. "Historiquement, le Tournaisis est une importante zone de carrières, explique Paul Bertrand, président de la Chambre de commerce de Wallonie picarde. Trois des cinq plus gros cimentiers y sont encore présents: Heidelberg (Cimescaut) à Antoing, Holcim et CCB qui exploitent une carrière commune. Mais ils n’emploient plus que 200 à 300 personnes. En construction métallique, Meurat a occupé jusqu’à 1.000 personnes. Il n’y a par contre jamais eu d’activité en chimie."

"Tournai permet de se faire connaître facilement. À Bruxelles ou à Paris, nous serions noyés dans la masse."
Nicolas Torreblanca
CEO de Prism Vidéo

Tournai, qui n’a pas connu de problème de reconversion industrielle, se centre principalement aujourd’hui sur la logistique, les technologies de l’information et les services. Hormis les hôpitaux, les plus gros employeurs sont les sociétés Dufour (traitement des déchets, engins de levage et installation d’éoliennes), qui compte 600 travailleurs, et Technord (électricité industrielle et domotique), qui emploie 360 personnes.

Les entreprises qui s’installent ne rencontrent guère de problèmes. "Nous avons dû faire face à quelques lourdeurs administratives", reconnaît pourtant Vincent Bachely, l’un des fondateurs de Mediakod, start-up spécialisée dans la gestion de projets multimedia. L’entreprise, installée dans le zoning de Tournai-Ouest, a pu bénéficier d’un soutien de l’Eurometropolitan e-Campus, le centre universitaire dédié à la valorisation des métiers de l’internet, qui lui a loué un de ses bureaux. Pour ses responsables, s’installer à Tournai allait de soi. "Nous sommes d’ici, nous bénéficions d’un loyer attractif, et notre clientèle de départ est tournaisienne", souligne Vincent Bachely.

En 20 ans, Wapinvest, qui couvre toute la Wallonie picarde, a investi 120 millions d’euros pour soutenir plus de 400 entreprises, essentiellement des sociétés nouvelles ou ayant moins de 5 ans d’existence. Il a aujourd’hui en portefeuille 170 entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel global de près de 750 millions d’euros. L’arrondissement de Tournai prend à son compte 27% des interventions de Wapinvest. "Le développement des dernières années s’est fait dans un cadre plus large que Tournai. Il concerne toute la Wallonie picarde, de Mouscron à Ghislenghien", souligne Roby Van Daele, le président de Wapinvest. Le total des investissements libérés en 2013-2014 par l’invest picard se chiffre à 13,5 millions d’euros, contre 12,9 millions l’année précédente.

L’essor des PME actives dans les technologies de l’information bénéficie d’un autre adjuvant: l’Eurometropolitane-Campus. Cet organisme, qui regroupe les universités francophones, les hautes écoles du Hainaut et leForem, dispense des formations àdistance et promeut l’e-business"L’e-campus est très impliqué dans la démarche de ville intelligente danslaquelle s’est inscrite la ville de Tournai", souligne Pierre Vandewattyne, directeur général d’Ideta. C’est sous l’impulsion de Rudy Demotte, qui regrettait l’absence d’université en Wallonie picarde, que l’e-campus a démarré il y a quatre ans. "L’idée de base, c’est de favoriser l’e-entrepreneurship. Mediakod est un bel exemple", précise Philippe Luyten, président de l’e-campus. L’institution a déjà accueilli 700 stagiaires.

C’est le cas aussi de Caroline Vanonacker et David Delcampe. Le couple, qui a créé l’an dernier NGM e-Park, un centre de karting et de motocross électrique, a déménagé de Froyennes à Tournai pour pouvoir offrir une un espace plus grand, vu le succès. Mais il a dû s’autofinancer. "Notre projet étant jugé trop innovant, les banques ont refusé de nous accorder un crédit, sauf une. Et Ideta a refusé de nous soutenir dans la pose des câbles électriques depuis la borne à la rue jusqu’au bâtiment", dit Caroline Vanonacker.

"Tournai, une ville en pleine croissance, permet de se faire connaître facilement. À Bruxelles ou à Paris, nous serions noyés dans la masse", renchérit Nicolas Torreblanca, patron de Prism Vidéo. D’origine suisse et chilienne, il vit à Tournai depuis 6 ans après des études à Valenciennes. Ex-pigiste à NoTélé, il a créé sa société active dans la conception vidéo.

Tout comme Sébastien Poliart, patron de Wapict, une PME spécialisée dans la photo à 360° et semi-aérienne, Nicolas Torreblanca mise sur le club BNI (Business Network International) pour se faire un réseau. Cette organisation née aux Etats-Unis vise à mettre en rapport des chefs d’entreprise au sein de comités locaux. À Tournai, le BNI réunit 32 entrepreneurs de métiers différents. "Le BNI nous a déjà rapporté 1,5 million d’euros de revenus", assure Sébastien Poliart.

Eurométropole

L’Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai, une conurbation de 2,2 millions d’habitants, est un atout de premier choix pour la cité aux cinq clochers. "Tournai est aussi à 250 km de Paris et de Londres, et se trouve au croisement de plusieurs autoroutes. Et l’Escaut est là si on a besoin de transport par bateau", indique Alain Benmeridja.

Celui-ci a développé une éolienne moyenne à destination des PME et des agriculteurs. Le premier prototype devrait être installé prochainement. Pas, comme il l’avait espéré, sur le zoning où il est installé et qui est géré par Ideta. Il est vrai qu’actuellement, le zoning de Tournai-Ouest arrive à saturation. Pour pouvoir accueillir de nouvelles entreprises, l’intercommunale a d’ailleurs l’intention de s’étendre d’une vingtaine d’hectares d’ici deux ans.

"La ville est aussi à 250 km de Paris et de Londres et se trouve au croisement de plusieurs autoroutes."
Alain Benmeridja
CEO D’Eowind

Pour Alain Benmeridja, Tournaisien depuis 1973, rester à dans la ville au cinq clochers était aussi une évidence. Il y a 3 ans, il s’est installé sur le zoning parce qu’il avait besoin d’un hall de stockage. "Un des services proposés par Ideta est la location de cellules comme celles-ci. Ce n’est pas très intéressant financièrement, mais il est difficile de trouver ailleurs de telles surfaces."

Au niveau des structures, la seule à laquelle le patron d’Eowind – tout comme ceux de Mediakod – a fait appel sur le plan local est la Maison de l’entreprise, une petite cellule d’aide désormais intégrée au sein d’Ideta.

Ancienne terre de cimentiers, Tournai n’a pas souffert de la désindustrialisation wallonne. Quelques lourdeurs administratives ne l’ont pas empêchée de se renouveler. La ville tire clairement profit de sa situation, proche de la frontière française, mais aussi de celle de la Flandre. Les entrepreneurs flamands y bénéficient de terrains moins cher que chez eux.

©MEDIAFIN

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