Le retour des Soros

L'euro qui évolue actuellement à un niveau record face au dollar mais surtout face au yen alimente les craintes de nombreuses entreprises. Le sommet du G7 qui s'ouvre aujourd'hui à Washington devrait normalement s'emparer de la question.

(l'écho) Normalement. Parce qu'à lire entre les lignes, le FMI ne juge pas forcément déstabilisante l'explosion du nombre d'opérations de "carry trade" qui, compte tenu de la faiblesse des taux nippons, encouragent les investisseurs à emprunter du yen pour le placer dans une monnaie plus rémunératrice comme l'euro. Par ce biais, un flot de liquidité de quelque 400 à 600 milliards de dollars s'est récemment déversé sur les marchés… avant qu'il ne se tarisse et n'accentue le mouvement de correction observé fin février. Très liquides, négociables 24 h sur 24 à des coûts très faibles, les devises sont les nouvelles coqueluches des marchés. Cette année, sans doute à l'automne, paraîtra le rapport triennal de la Banque des règlements internationaux (BRI) sur les marchés mondiaux des changes qui devrait faire état d'un volume moyen journalier de transactions bien supérieur aux 1.900 milliards de dollars consignés dans la précédente édition. Les spécialistes imaginent déjà que ce volume dépassera la barre symbolique des 3.000 milliards de USD, soit davantage que les marchés d'actions ou d'obligations ! Cette croissance phénoménale est alimentée par les hedge funds, les banques centrales et d'autres investisseurs qui ont rejoint les acteurs traditionnels du marché, comme les courtiers interbancaires. Des marchés en croissance, on devrait s'en réjouir. Mais selon la banque de règlement de change CLS, qui règle 40 à 50% des opérations de changes dans le monde, les pics de volume coïncident étrangement avec les périodes de désordres sur les marchés. Confirmation que les devises sont devenues une catégorie d'actifs à part entière et l'objet de pratiques spéculatives qui, si on n'y prend pas garde, au vu des volumes charriés, relégueront un jour au rang de gentille anecdote l'attaque spéculative de George Soros contre la livre sterling en 1992.

Par Serge Vandaele

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