En Allemagne, la pompe à bière concurrencée par la pompe à carburant

Les Allemands risquent bientôt de devoir payer plus cher leur bière, en raison de l'envolée du prix de l'orge qui entre dans sa fabrication, délaissée par les agriculteurs au profit de cultures destinées aux biocarburants, subventionnées et plus lucratives.

(afp) "Beaucoup de brasseurs n'ont pas d'autre choix que d'augmenter leurs prix. Ils avaient décidé de ne pas répercuter la hausse de trois points de la TVA en Allemagne au 1er janvier, mais là, ils n'ont plus le choix", assure à l'AFP Kai Schürholt, de la Confédération des brasseurs allemands.La société belge InBev (marque Beck's, Franziskaner) va ainsi "augmenter modérément" les prix en Allemagne au 1er mai, a pour sa part indiqué Jörg Schillinger, directeur opérationnel de la filiale allemande.

Le brasseur allemand Radeberger a indiqué quant à lui "étudier" une éventuelle hausse des prix, difficile à imposer dans ce secteur extrêmement concurrentiel en Allemagne.

Raison invoquée: l'envolée du cours de l'orge qui, transformée en malt, donne naissance à la bière. Le prix du malt a doublé depuis l'an dernier, passant de quelque 200 euros la tonne à environ 400, selon certains brasseurs.La faute d'abord à une très mauvaise récolte en 2006 mais aussi, assurent les brasseurs, aux décisions des agriculteurs allemands qui se détournent de cette culture. La surface cultivée d'orge de brasserie recule au rythme de 5% par an en Allemagne.Sur les 12 millions d'hectares de terres cultivables en Allemagne, environ deux millions sont désormais consacrés à des plantes "énergétiques". "Les biocarburants mobilisent des surfaces", assure Manfred Weizbauer, directeur de la Fédération des moulins allemands, qui demande "la baisse des subventions accordées à ces cultures".

Le gouvernement allemand "doit être raisonnable et ne pas placer la sécurité énergétique avant la sécurité alimentaire", s'emporte-t-il.La Fédération des boulangeries industrielles table sur une hausse d'environ 10% du prix du pain "dans les prochains temps", a dit son directeur, Armin Juncker, au magazine Wirtschaftswoche.La production de biocarburants est encouragée au niveau allemand mais aussi européen: l'Union européenne veut qu'en 2020, les réservoirs des automobiles européennes en contiennent au moins 10%.Sans aller jusqu'à annoncer un scénario-catastrophe "à la mexicaine", où la concurrence du bioéthanol fait flamber les prix du maïs et de l'aliment de base qu'est la tortilla, les meuniers allemands redoutent des fluctuations toujours plus importantes des prix des céréales.

Les agriculteurs, de leur côté, refusent de porter la responsabilité d'un renchérissement potentiel de la bière ou du pain.La hausse du prix de l'orge ne peut être responsable que d'une augmentation de 12 centimes d'euros d'une caisse de bière (24x33 centilitres, ou 20x50 centilitres), dont le prix dans le commerce oscille autour de 10 euros, a calculé Jens Rademacher, responsable du secteur céréales à la Fédération des agriculteurs allemands. "Les brasseries ont pendant des années exigé des prix toujours plus bas pour l'orge, poussant des agriculteurs à abandonner cette culture car ce n'était plus rentable. Les biocarburants ne sont pas seuls responsables", accuse-t-il.Les industries agroalimentaires, qu'elles le veuillent ou non, "devront s'habituer à avoir un concurrent pour l'achat des céréales, à savoir les fabriques de biocarburants", a conclu M. Rademacher.

Photo Belga

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