En Californie, un Irak plus vrai que nature à l'usage des soldats américains

La poussière soulevée par la colonne de chars bouche l'horizon. Lorsqu'elle se dissipe enfin, la ville rebelle irakienne de Falloujah apparaît, ou plutôt sa réplique en contreplaqué, construite au coeur du désert de Californie (ouest).

(afp) Tout près de la Vallée de la Mort, à trois heures de route de Los Angeles, le centre national d'entraînement de l'armée américaine de Fort Irwin s'étend sur 3.100 km2, la moitié d'un département français. Il a formé plus de 190.000 soldats pour l'Irak depuis 2003, grâce à ses équipements uniques.Neuf "villages" irakiens et afghans ont été montés de toutes pièces: postes de police, mairies ou mosquées. Les pancartes sont écrites en arabe et les ambulances affichent le croissant rouge.Pour compléter l'aspect réaliste de l'entraînement, 250 figurants ont été recrutés.

Tous d'origine irakienne, ils sont habillés selon les traditions du pays et ont pour consigne de ne parler qu'arabe.Nadia et Sam, mari et femme dans le scénario, jouent aux cartes devant leur maison, dans le village fictif d'Ouassal. Installé en Californie depuis 1977, Sam Kalesho, 50 ans, chrétien chaldéen natif de Mossoul (nord), travaille ici tous les mois."Je fais ce boulot pour sauver des vies. Offrir une formation réaliste aux soldats américains permet de sauver des vies en Irak", dit-il. Les acteurs sont payés 20 dollars de l'heure, à raison de 12 heures par jour, 14 jours par mois. Ils ont été recrutés par une société privée, sous-traitante de l'armée.Onze heures du matin. Sam doit rapidement rejoindre le bâtiment de la mairie et entrer dans la peau de son personnage: maire-adjoint. Au programme, une réunion entre les notables du village et un capitaine de l'armée, à la tête d'un groupe de six hommes.Thème de la négociation: la sécurité dans les rues à la nuit tombée. Autour de la table, le maire et son adjoint, le mufti, l'imam, le chef de la police irakienne et un interprète. La conversation, très tendue, a lieu en arabe. Le capitaine fait preuve de patience et de doigté, malgré les provocations verbales des "responsables" locaux.A l'issue de la rencontre, le groupe formé par les GI's et les policiers irakiens patrouille dans des rues apparemment paisibles. Un coup de feu retentit soudainement, faisant fuir les habitants.

Les Américains se protègent contre les murs et avancent avec précaution.Le capitaine, d'un signe de la main, envoie deux hommes repérer la maison semblant abriter le tireur. Deux autres coups de feu claquent. Deux GI's s'effondrent. Le tireur s'était en réalité embusqué dans le coffre d'une voiture.Les morts sont exclus des "combats" pour 24 heures. Les fusils mitrailleurs, à blanc, reçoivent un système sophistiqué de laser. Des capteurs placés sur le casque et le treillis signalent par un son strident si l'on est pris pour cible et si l'on est touché. Pour arrêter le sifflement, les GI's doivent retirer une clé placée dans leur fusil d'assaut M-16. Dès lors, ils sont considérés comme abattus.Ce type de scénario est élaboré tous les mois par l'état-major du camp. Chaque rotation de troupe dure 14 jours et l'entraînement sur le terrain à proprement parler huit jours. "Le stress est réel et même intense", affirme un autre sous-officier de 30 ans, qui combattait en Irak il y a encore quelques mois."On ne peut avoir un meilleur entraînement.

Le paysage, le climat, l'ambiance et les situations sur le terrain sont très comparables à ce que l'on peut trouver" en Irak, ajoute-t-il.De fait, le réalisme est tel que l'armée a prévu une équipe de psychologues et de psychiatres pour traiter les cas de stress post-traumatique que réveillent parfois les manoeuvres de Fort Irwin.

Photo belga

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