Cette crise est une menace pour la zone euro, prévient la Commission

Le commissaire Paolo Gentiloni présentait mercredi les prévisions économiques de la Commission. ©EPA

La récession de la zone euro devrait avoisiner les -8% cette année, et le rebond attendu l’an prochain ne suffira pas à rattraper cette perte, estime la Commission européenne. Surtout, les écarts entre pays du nord et du sud qui risquent de se creuser.

L'exercice était encore plus périlleux que d'habitude, son résultat plus attendu que jamais. Les acrobates de l'économétrie de la Commission ont fait tourner leurs modèles pour tenter de prédire l’ampleur de la récession dans laquelle le Covid-19 a plongé l’Europe... Et à quoi pourrait ressembler la reprise. Spoiler: la zone euro est en danger si de nouvelles mesures fortes ne sont pas prises.

-7,2%
de baisse
La Belgique doit s'attendre à enregistrer sur l'ensemble de l'année une baisse d'activité à -7,2%.

À l’échelle de la zone monétaire, 2020 sera l’année d’une récession d’une ampleur inédite depuis la grande dépression de 1929: le recul du produit intérieur brut serait de l’ordre de -7,7%, selon les prévisions économiques de printemps de la Commission. Cette évaluation repose sur l'hypothèse que les mesures de confinement prises par les États membres continueront d’être lentement mais sûrement levées à partir de ce mois de mai. "Le danger d'une récession plus prolongée est très réel", souligne la Commission, les chiffres présentés "doivent dès lors être compris comme un scénario possible parmi beaucoup d'autres".

La Belgique dans le peloton

"On ne s'attend pas à ce que l'économie de l'UE ait pleinement rattrapé les pertes de cette année pour la fin 2021."
Commission européenne

La Belgique peut s’attendre à un recul de l’activité un peu moins prononcé que cette moyenne: la récession avoisinerait -7% cette année. L'économie est à la fois bridée par la chute de la consommation, résultat du confinement, et par la baisse de la confiance, qui incite à thésauriser. 

La Belgique devrait renouer avec la croissance à partir du deuxième semestre, avec le déconfinement progressif. Comme le reste de la zone euro, la Belgique peut attendre un rebond en 2021, mais il sera insuffisant pour rattraper le niveau de richesse créée en 2019.

Un fossé nord-sud à gérer

La crise touche tous les pays européens, mais avec des intensités très variables. La Pologne serait de loin le pays le moins affecté de l'Union européenne, avec une récession attendue autour des -4%, tandis que la Grèce serait le plus durement frappé, avec une récession frôlant les -10%.

"Une reprise incomplète dans un pays déborderait sur tous les autres pays et affaiblirait la croissance partout."
Commission européenne
Prévisions économiques de printemps

Les écarts sont très prononcés au sein de la zone euro: en schématisant, non seulement les pays du sud ont moins de marge de manoeuvre budgétaire que ceux du nord pour soutenir les ménages et les entreprises, mais ils sont aussi beaucoup plus exposés à l’effondrement de l’industrie du tourisme. Ainsi, des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche peuvent espérer contenir leur récession autour des -6% cette année, alors que la création de richesse en Italie et en Espagne s’enfoncerait au-delà des -9%.

Ce fossé est un danger collectif, souligne la commission: vu l'interdépendance des pays européens, "une reprise incomplète dans un pays déborderait sur tous les autres pays et affaiblirait la croissance partout". Le commissaire aux Affaires économiques, Paolo Gentiloni, enfonce le clou: "De telles divergences sont une menace pour le marché unique et la zone euro, mais elle peut être atténuée par des actions décisives et collectives" - on va y revenir.

Pas de rebond en V

La levée progressive des mesures de confinement laisserait donc place à une reprise à partir de la deuxième moitié de cette année. Mais même avec une amélioration constante des conditions sanitaires, la reprise ne sera pas aussi rapide que la chute: "On ne s'attend pas à ce que l'économie de l'UE ait pleinement rattrapé les pertes de cette année pour la fin 2021", note la Commission, dont les économistes tablent sur une croissance de plus de 6% dans la zone euro en 2021 (elle mentionne 6,7% pour la Belgique). On garde les pincettes d’usage en écrivant ces chiffres tant les inconnues qui pèsent sur la reprise sont nombreuses.

©Mediafin

Chômage en trompe-l’oeil

Sur le terrain de l’emploi aussi, cette crise promet de toucher les États de façon très variable. La Commission mise sur un taux de chômage à 9,6% cette année pour l'ensemble de la zone euro (7% en Belgique). Mais une fois encore, les économies les plus dépendantes du tourisme sont celles où l’emploi trinquera le plus, avec un taux de chômage proche de 20% en Grèce et en Espagne, et dépassant les 10% en Italie et en France.

9,6%
De taux de chômage
Le taux de chômage atteindrait 9,6% dans la zone euro cette année. Pour la Belgique, le taux de chômage passerait à 7%.

Ici, les écarts s’expliquent aussi par des niveaux de départ très variables (17,3% en Grèce l'an dernier) et par les mesures en place ou non pour maintenir l'emploi. "Sur le plan social, il ne faut pas imaginer que le taux de chômage nous donne la description du choc qu'on aura", a souligné Paolo Gentiloni. Car dans les pays où des mécanismes de travail partiel sont activés, les chiffres indiqueront un niveau de chômage moins élevé, mais les heures travaillées et le salaire poche des travailleurs n’en aura pas moins baissé.

"Sur le plan social, il ne faut pas imaginer que le taux de chômage nous donne la description du choc qu'on aura."
Paolo Gentiloni
Commissaire européen à l'Economie

Dettes publiques en chandelle

Le tableau brossé jusqu’ici serait plus sombre encore si les gouvernements n’avaient puisé dans les caisses publiques pour tenter de limiter les dégâts. Alors que la zone euro a suspendu l’application des règles budgétaires du pacte de stabilité, les comptes publics basculeront sans surprise dans le rouge avec un déficit de l’ordre de -8,5% pour l'ensemble de la zone euro.

113,8%
De dette publique
Avec un déficit de -8,9%, la Belgique verrait sa dette publique atteindre 113,8% du produit intérieur brut.

Le déficit belge atteindrait 9% du PIB cette année, sous l'effet combiné d'une lourde baisse des recettes fiscales et de l'augmentation des transferts sociaux comme les allocations de chômage. L'endettement de la Belgique devrait dépasser 113% du PIB cette année. Pour l'ensemble de la zone euro, l'endettement public dépassera la création de richesse cette année, atteignant près de 160% du PIB en Italie, et tutoyant les 200% en Grèce.

Où est le plan ?

On revient comme promis aux "actions décisives et collectives" de Paolo Gentiloni. Parmi les facteurs susceptibles de faire sensiblement varier la forme du rebond, il y a l’adoption possible d’un plan de relance à l’échelle européenne. La Commission européenne doit présenter "dans les prochaines semaines" une proposition de plan Marshall, créant un "Fonds pour la relance" et s’appuyant sur le budget de l'Union des sept prochaines années. Plan qui pourrait être approuvé dès le mois de juin par les gouvernements, a estimé mercredi Paolo Gentiloni. Il faudra pour cela que les Vingt-Sept dépassent leurs divergences sur la manière dont l'Union devrait agir collectivement, et notamment sur l’équilibre à trouver entre subsides et prêts. Reste à voir à quel point le résultat contredira le travail des acrobates de l'économétrie.

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