Des experts belges ont élaboré une méthode de déconfinement

La distanciation sociale pourrait encore être d'application pendant quelques mois. ©AFP

Cinq experts, dont Marius Gilbert et Mathias Dewatripont, ont préparé une stratégie permettant de sortir progressivement du confinement.

Sortir du confinement sera peut-être bien le défi le plus difficile que les gouvernements auront eu à relever depuis le début de ce siècle... Dans un article paru dans la revue Nature Medicine, Marius Gilbert (épidémiologiste, ULB), Mathias Dewatripont (économiste, ULB), Eric Muraille (immunologiste, ULB et UNamur), Jean-Philippe Platteau (économiste, Université de Namur) et Michel Goldman (immunologiste, ULB) ont planché sur la question. Les deux premiers font partie du groupe de dix experts installé par le gouvernement pour préparer la sortie du confinement. Ils ont réfléchi à une méthode permettant de relâcher progressivement les citoyens dont beaucoup n'ont pas acquis d'immunité contre le Covid-19.

• Le maintien de la distanciation sociale

Continuer à conserver une distance d'1m50 permet de protéger de la contamination. En réduisant le nombre d'infections, on libère des lits en hôpital, on accorde du temps (et du repos) au personnel de santé. Cela permet d'acheter du matériel de protection en suffisance pour la suite.

• Un dépistage massif

Il faudrait augmenter massivement la capacité de diagnostic. Il s'agit ici de deux tests: celui de détection du virus dans l'organisme, tel qu'on le pratique actuellement, et celui d'identification des individus immunisés. Ces derniers, appelés tests sérologiques, pourraient permettre de sauver certains résultats faussement négatifs ressortis lors du test de détection, d'identifier les individus non contagieux et potentiellement protégés et de quantifier la fraction de la population qui contribue à l'immunité de groupe. 

• Déconfiner par étapes

Les tests seraient d'abord destinés aux travailleurs fournissant des services essentiels (santé, sécurité, alimentation). Ensuite, avec l'augmentation de la capacité de diagnostics, ils permettraient de déconfiner progressivement d'autres groupes. "Par exemple, notent les auteurs, le déconfinement est moins urgent pour les personnes âgées à la retraite et pour les personnes qui peuvent travailler à domicile".

Les personnes immunisées seraient les premières à se voir libérées. Ensuite, les plus jeunes qui ne sont pas malades, mais ne sont pas encore immunisés. Les personnes présentant un profil de risque élevé (non immunisées et souffrant d'autres pathologies à risques) pourraient continuer le homeworking.

Concernant la réouverture des écoles, les auteurs rappellent qu'il faut avant tout veiller à minimiser les risques de transmission aux enseignants (et à leur famille) à l'aide de tests. 

• Un calendrier basé sur la modélisation mathématique

Les auteurs de cette réflexion demandent que soit utilisée la modélisation mathématique aussi vite que possible pour garantir que les différentes étapes soient sécurisées, que le niveau de transmission et les cas graves restent en dessous de la capacité du système de santé. Cela permettait progressivement d'affiner le calendrier et l'échelonnement des étapes afin de libérer progressivement les groupes gardés sous cloche par crainte d'une lourde contagion en leur milieu. 

• Ne pas trop attendre

Les auteurs de l'article rappellent que la pandémie peut subsister longtemps, mais que d'un point de vue économique et social, les mesures de confinement ne sont pas viables à long terme. Les conséquences négatives sur la santé (déprime, pressions sur les budgets de santé publique...) pourraient elles-mêmes entraîner des décès alors que les mesures sont censées sauver des vies. Sans compter les risques de tension sociale...

3 questions à Jean-Philippe Platteau

Économiste et professeur émérite à l'UNamur, Jean-Philippe Platteau, 72 ans, a répondu à nos questions au sujet cette stratégie de déconfinement.

Pourquoi inclure des économistes dans la réflexion?

Les incidences économiques d'une situation de confinement sont immenses. Inévitablement, la question d'un arbitrage entre le coût économique de la crise et celui de la sauvegarde de vies humaines se pose. Ce que nous disons, c’est que tant que le pic des infections n’est pas atteint, il faut continuer à imposer des mesures très strictes de confinement.

Avec les coauteurs de la note, nous formons donc une formation particulière, interuniversitaire et interdisciplinaire. Il y a deux économistes, le professeur Mathias Dewatripont et moi-même, et trois biologistes. Ce groupe de réflexion a démarré fin mars et nous avons produit quelques articles assez rapidement afin de réfléchir à une stratégie de sortie du confinement. 

Quelle est cette stratégie?

La priorité, du point de vue économique, est de remettre les gens au travail. L'essentiel de la stratégie repose sur l'importance de mettre en pratique deux types de tests. D'abord, un test de détection du virus. Ensuite, des tests qui détectent l'immunité construite contre le virus. Nous disons qu'il est intéressant de combiner ces deux tests. Cela nous intéresse puisque, une personne qui sort négative du test de détection du virus et qui en même temps est positive au test d'immunité est une personne que l'on peut renvoyer au travail. Évidemment, le grand problème, c'est qu'il faut disposer de suffisamment de tests.

Comment envisager la remise au travail de la population?

Trois questions se posent: (1) dans quelle proportion remet-on les gens au travail?; (2) faut-il rouvrir les écoles?; (3) comment peut-on utiliser les tests et les mesures de distanciation sociale lors du déconfinement?

À tous égards, la mesure la plus efficace est de tester la population. Si on avait la possibilité de le faire, on pourrait pratiquement supprimer le problème. Le scénario idéal, étant donné la contrainte des tests, est d'être absolument strict sur les mesures de distanciation sociale. J'espère donc que le groupe composé par le gouvernement s'attèle à se demander comment pouvoir relancer des secteurs où des travailleurs se côtoient, tout en imposant les mesures de distanciation sociale. Le cas des écoles est difficile. Personnellement, je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'y penser maintenant.

M.V.W

 

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