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Il devient difficile d'échapper au reconfinement pour la fin de la semaine

Après le couvre-feu, la Belgique va-t-elle devoir se reconfiner? Un Comité de concertation est programmé vendredi, pour analyser la situation et prendre d'éventuelles nouvelles mesures. ©REUTERS

Un Comité de concertation aura lieu vendredi. Si les chiffres des hospitalisations pour le Covid ne s'apaisent pas, le reconfinement sera la dernière arme qui pourrait éviter la saturation des services de soins intensifs.

"Il faudra décider d’ici ce week-end si l’on doit passer en confinement total", disait lundi soir, sur la RTBF, Yves Van Laethem, le porte-parole du Centre de crise. Pourtant, le Fédéral avait adopté de nouvelles mesures vendredi passé, la Wallonie et Bruxelles décidant ensuite d'appliquer des règles encore plus sévères.

On sait que les Belges en ont marre de ces changements incessants. De plus, il faut environ deux semaines d'attente pour ressentir les premiers effets de telles décisions. Alors, pourquoi faudrait-il déjà d'autres restrictions?

"On ne connaîtra pas l'amoncellement de décès comme au printemps. En tout cas pas... tant que le système de santé fonctionne."
Yves Van Laethem
Porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid 19 - Médecin spécialiste des maladies infectieuses (CHU Saint-Pierre)

Parce que la vitesse d'augmentation des hospitalisations est telle qu'on pourrait atteindre le seuil des 2.000 lits occupés aux soins intensifs par des patients Covid vers le 10-12 novembre, selon les modèles. "La courbe ne fléchit pas, constate Yves Van Laethem, et cela me fait dire qu'on doit décider en fin de semaine de mettre quelque chose en application rapidement." Tous les regards se tournent vers le prochain Comité de concertation, qui aura lieu ce vendredi.

Moins de décès, mais...

Il y avait eu 629 hospitalisations notifiées sur la journée du 28 mars. Ce 27 octobre, ce pic a été dépassé avec 689 malades. Ou encore: 5.759 patients Covid au total étaient hospitalisés le 6 avril dernier, et il y en avait 5.554 ce 27 octobre. Pourtant, ces chiffres choquent moins qu'en mars parce que le nombre de décès reste bien plus faible qu'alors, grâce aux traitements plus ciblés notamment."On ne connaîtra pas l'amoncellement de décès comme au printemps. En tout cas pas... tant que le système de santé fonctionne", précise Yves Van Laethem.

"Si on prend une décision, il faut la faire appliquer dans les 24 heures."
Yves Van Laethem

C'est bien cette saturation qu'il faut éviter et, dans cette optique, le reconfinement semble actuellement la meilleure arme, sauf si la courbe des hospitalisations diminue significativement ces prochains jours. Mais Yves Van Laethem ne croit plus guère à un "miracle de la Toussaint". "On est à l'extrême limite du tournant, il faut freiner très fort. Et si on prend une décision, il faut la faire appliquer dans les 24 heures, ne pas perdre plusieurs jours pendant lesquels le virus, lui, continue son chemin."

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Le problème des mesures actuelles (couvre-feu, fermeture de lieux fréquentés, etc.), c'est qu'elles sont tombées tard au regard de la vitesse d'évolution des chiffres et par rapport au temps d'incubation puis de développement de symptômes exigeant une hospitalisation - une quinzaine de jours en tout. "Si rien ne bouge rapidement dans les chiffres, il faut beaucoup de courage... ou d'inconscience pour continuer à parier sur les jours suivants", glisse Yves Van Laethem.

Quel type de reconfinement?

Si reconfinement il y a en cette fin de semaine, qu'est-ce qui attend les Belges, cette fois-ci? Les classes maternelles et primaires resteront probablement ouvertes. "Mais ne comptez plus aller acheter une jupe ou un lave-vaisselle!", lance le porte-parole de la lutte contre le Covid.

Si la Belgique se reconfine, "ne comptez plus aller acheter une jupe ou un lave-vaisselle!", lance Yves Van Laethem. ©BELGA

Il faut bien dire qu'un reconfinement signerait un échec dans le chef du monde politique. Pas qu'en Belgique. Toute l'Europe s'est laissé prendre au piège. Les conséquences de la concomitance de la saisonnalité du virus, du retour au boulot et de la rentrée des classes en septembre n'ont pas été suffisamment anticipées. On a longtemps parié sur les messages didactiques autour des mesures d'hygiène et du port du masque, mais ils n'ont pas été assez entendus.

"Je pensais, moi aussi, que les gens réagiraient face aux chiffres, mais non... Et on a attendu trop longtemps", regrette Yves Van Laethem, qui croit pourtant toujours autant dans l'efficacité de ces mesures simples et de la limitation des contacts.

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