"Il faut imposer un confinement général dès maintenant"

Un matin pas comme les autres, à Bruxelles. Mais pour le Pr. Wathelet, les autorités doivent aller plus loin et imposer un confinement généralisé. ©REUTERS

Docteur en sciences et spécialiste des coronavirus humains, Marc Wathelet insiste sur l'absolue nécessité d'instaurer un confinement généralisé dès maintenant.

Rappelez-nous tout d’abord l’essentiel à savoir sur les coronavirus humains.

Il s’agit d’un virus à très haut potentiel pandémique, car c'est un virus très contagieux et pour lequel la population mondiale n’a aucune immunité. Le second facteur important c’est que la proportion de patients ayant des symptômes et le besoin d’être hospitalisés est d’environ 20% contre 0,2% pour la grippe. C’est un facteur 100 de différence. Le stress qui est mis sur le système hospitalier est donc cent fois plus intense que pour celui de la grippe. C’est pour cette raison que les hôpitaux italiens ont été débordés et qu’ils ont dû choisir les patients bénéficiant de ventilation. Selon les chiffres du docteur Philippe Devos, notre système hospitalier aura des problèmes à partir de 0,062% de cas. Or, une grippe saisonnière touche déjà entre 2% et 8% de la population…

La Belgique est selon vous touchée par une souche plus mortelle que la chinoise.

"Si l’on se blesse à un doigt et qu’il s’infecte, on n’attend pas que la main soit gangrenée pour s’en occuper."
Marc Wathelet
Docteur en sciences et spécialiste des coronavirus humains

Je me base sur le case fatality ratio (CFR) qui est le meilleur indicateur au début d’une épidémie du taux de mortalité qu’on pourra calculer une fois celle-ci finie. Ce ratio se calcule en divisant le nombre de décès par la somme du nombre de personnes rétablies et du nombre de personnes décédées. Les chiffres actuels italiens démontrent un CFR de 44%, soit un taux très éloigné du 0,7% avancé par le professeur Gilbert, qui se basait sur les chiffres chinois hors de la province d’Hubei. Ce chiffre de 44% va décroître, car les premières personnes qui décèdent sont les plus fragiles, mais alors qu'il est difficile de prédire le chiffre final, il serait surprenant qu'il descende jusque 0,7%. La proportion en Allemagne de cas sérieux par rapport au nombre de cas confirmés est faible en comparaison de l’Italie, ce qui indique qu’il y a des souches différentes. Et chez nous, les cas ont été causés par des personnes revenant d’Italie.

Il y a une semaine, vous disiez qu’on se trouvait 22 jours derrière l’Italie. Et aujourd’hui?

Si on prend les chiffres de dimanche, on divise le nombre de cas italiens (24.747) par le nombre de cas belges (886), ce qui nous donne 28. On calcule ensuite le logarithme de base 2, car ce que l’on recherche c’est la fonction inverse de la fonction exponentielle. Le logarithme base 2 de 28 est 4,8 que l’on multiplie par le temps de doublement, soit le temps qu’il faut pour obtenir un doublement des cas de contagion, à savoir 3,3 jours. Nous sommes donc 16 jours derrière l’Italie. Mais il faut savoir que, selon le Dr Marc Van Ranst, nous aurions en réalité dix fois plus de cas en Belgique en raison des tests limités. Si on refait le même calcul en incluant cette donnée, nous n'aurions alors plus que 5 jours de décalage avec l’Italie. De plus, ce calcul ne tient pas compte de la différence de population, si on en tient compte, nous serions maintenant en retard sur l'Italie!

Vous dites que chaque jour compte. Faut-il décider dès maintenant d’un confinement général?

Oui, dès maintenant. Il aurait déjà fallu le faire il y a au moins une semaine et certainement aujourd’hui. Il faudrait dire dès maintenant que l’on arrête toutes les activités non essentielles, tous les boulots qui ne sont pas indispensables en dehors des médecins, des pharmaciens, des magasins d'alimentation, etc. si on ne peut pas faire de télétravail. En Amérique du Sud, des pays comme le Brésil et le Venezuela ont déjà pris des mesures beaucoup plus strictes avec un taux de cas infectés plus bas. Plus on intervient tôt, plus on limite le nombre de personnes infectées, le nombre d'hospitalisations et le nombre de décès. 

On a souvent entendu qu’il fallait prendre les mesures progressivement, ne pas tirer trop tôt.

La temporisation du gouvernement est vraiment très contre-productive, ils ont minimisé la nature du danger. Dans le cas d’une courbe exponentielle, il faut agir le plus tôt possible. Si l’on se blesse à un doigt et qu’il s’infecte, on n’attend pas que la main soit gangrenée pour s’en occuper. Il y a eu un très mauvais calcul des autorités qui pensaient que la Belgique pourrait s’en tirer sans mesure de quarantaine parce qu’ils ne comprennent pas la fonction exponentielle. On peut donc se retrouver avec des mesures qui viennent trop tard et qui ne sont plus du tout efficaces. Les mesures actuelles ne vont pas aussi loin que celles décrétées par le gouvernement italien, et dans la logique où il faut contrer le virus le plus fort et le plus tôt possible, toute activité économique non essentielle doit être suspendue, dès maintenant, pour minimiser plus encore la propagation de ce coronavirus.

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