John Cockerill dévoile une solution pour éliminer le coronavirus des eaux usées

Pour Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill, cette technologie devrait encourager la réglementation à changer. ©Anthony Dehez

Medix, c'est le nom d'une solution développée par l'industriel John Cockerill permettant l'élimination biologique des résidus de produits pharmaceutiques dans les effluents hospitaliers. Bonne nouvelle, elle s'applique aussi au Covid-19 et permet d'abattre 99,9% du virus présent dans les eaux traitées.

"Nous sommes sortis du mode survie." C'est de cette façon, faisant écho à notre entretien daté du 22 mars dernier que Jean-Luc Maurange, le CEO de John Cockerill explique avoir repris un cours "presque normal" des activités. "Sur nos cinq pôles d'activités, la sidérurgie et les services industriels ont particulièrement souffert de la crise du coronavirus. La défense, l'énergie et l'environnement se portent bien", explique le patron depuis son bureau de Seraing. 

"Nous sommes sortis du mode survie."
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Et en guise de preuve de sa santé retrouvée, l'entreprise anciennement connue sous le nom de CMI dévoile son nouveau produit. Nom de code: Medix. Raison d'être: filtrer les eaux usées déversées par les hôpitaux afin d'en éliminer les résidus de produits pharmaceutiques qui les polluent. En préparation depuis près de cinq ans, cette solution développée en partenariat avec le Centre de recherche et d'expertise pour l'eau (Cebedeau), l’ULiège, le LIST (Luxembourg) et la PME Symbio et soutenue par le pôle de compétitivité wallon GreenWin, est aujourd'hui prête à la commercialisation. Et le timing de l'annonce est tout sauf anodin.

Anti-Covid-19

Medix permet la réduction de plus de 80% des micro-polluants présents dans les eaux usées.

Si le constat à l'origine du projet est celui de la quantité alarmante de médicaments prescrits finissant dans les eaux usées, le lancement, en revanche, est directement lié à la crise du coronavirus. En effet, en plus de réduire de plus de 80% la présence de micropolluants dans l'eau grâce à des membranes successives de filtrage, Medix permet d'éliminer le virus des eaux usées.

"Les molécules de SARS-CoV-2, responsables de la maladie Covid-19, sont de tailles équivalentes à celles des micropolluants filtrés par le produit. Dès lors, après quelques ajustements, nous avons conduit des tests additionnels et nous sommes rendus compte que notre solution éliminait 99,9% du virus présent dans les eaux usées", raconte Jean-Luc Maurange.En plus de ces résultats encourageants, l'entreprise espère que sa solution permettra de mesurer l’ampleur de la pandémie et de localiser les zones les plus touchées.

500.000 à 1 million
d'euros
Le coût d'installation de Medix coûtera entre 500.000 et 1 million d'euros en fonction des hôpitaux.

Voilà donc une menace transformée en opportunité pour le groupe industriel. Et le produit est prêt à entrer dans sa prochaine phase, celle de la commercialisation. "Une station pilote a été installée successivement dans deux hôpitaux belges, tout d’abord à la clinique d’Hermalle sous Argenteau – en collaboration avec le groupement CHC de Liège – puis à partir de l’été 2019 à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies", expose Jean-Luc Maurange. "Nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs hôpitaux belges, français et scandinaves pour une installation commerciale. Le coût estimé pour une installation de ce type oscille entre 500.000 et 1 million d'euro, ce qui est sensiblement inférieur à d'autres technologies", ajoute-t-il. 

Prise de conscience réglementaire

"Cette technologie est à la pointe et prend le problème de la pollution des eaux à sa source."
Jean-Luc Maurange
CEO de John Cockerill

Avec cette technologie essentiellement mécanique, ne reposant sur aucun ajout de produits chimiques, Jean-Luc Maurange espère bien appeler la réglementation à changer. "Nous devançons les règles établies au sujet du traitement des eaux usées. Cette technologie est à la pointe et prend le problème de la pollution des eaux à sa source. Cela dépasse le cadre réglementaire européen actuel. Nous espérons que cette prise de conscience poussera la réglementation à évoluer", indique le patron.

"Aujourd’hui, bien que les nouvelles techniques scientifiques aient mis au jour des pollutions ignorées jusqu’alors, il n’existe encore aucune réglementation publique contraignant ou encourageant les acteurs du terrain à investir dans ces solutions", appuie-t-il encore.

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