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L'acte II de la crise devra être politique

Il faut relancer au plus vite les négociations fédérales.

Ça y est : le rideau s’est levé sur l’acte II de la crise. Pour paraphraser le milliardaire Warren Buffett, la mer (sanitaire) ne s’est pas encore retirée mais on voit déjà sous l’eau ceux dont les maillots ne tiennent plus qu’à un fil. Mille emplois jetés chez Brussels Airlines, plus d’un milliard d’euros de crédits défaillants chez KBC. Sans oublier les faillites de l’ombre et la précarisation de pans entiers de la société. Plus besoin de spéculer: la crise économique est bel et bien là, comme prévu. Oui, comme prévu. Autant l’acte I, la pandémie, aura pu nous prendre par surprise, autant l’acte II peut se préparer, se négocier, car il ne fait que commencer, et il sera long.

La première disposition à prendre, c’est l’identification des dégâts. Les gouvernements fédéral, communautaires et régionaux ont paré au plus pressé : apporter un soutien financier massif aux entreprises et aux indépendants sous forme de chômages temporaires, droits passerelles et autres primes corona. Bref, ils ont injecté de la liquidité dans les rouages économiques.

Mais tout cela n’est que temporaire, par définition. Maintenant que l’économie tente un réveil fébrile, ces problèmes de liquidité risquent de se transformer en problème de solvabilité, certaines entreprises n’ayant plus les reins assez solides pour tout simplement fonctionner. C’est l’une des préoccupations de l’Economic Risk Management Group que le gouvernement fédéral a mis en place, l’équipant de spécialistes de haut vol.

La hantise de l'ardoise salée

Sauf que pour ce deuxième acte, il faudra faire des choix politiques. L’épisode Brussels Airlines n’a pas caché les débats de fonds : doit-on soutenir une entreprise polluante, de surcroit allemande ? On y trouve des enjeux bien politiques : la mobilité, le climat, les participations de l’État … Notre compagnie aérienne n’est qu’un exemple de ces sociétés qu’il faudra, ou non, soutenir. D’où l’importance, même si les Régions peuvent activer certains leviers, d’avoir une assise politique solide au sommet de l’État.

A saupoudrer sans cap par à-coups parlementaires, on verra arriver plus tôt que prévu le troisième acte de cette crise : celle du sauvetage des Etats endettés.

Or, qu’y voit-on, presqu’un an après les élections ? Des discussions de coulisses. Là n’est pas l’urgence, lancent les cadors des différents partis. Pourtant si, elle est bien là, l’urgence. Car à saupoudrer sans cap par à-coups parlementaires, on verra arriver plus tôt que prévu le troisième acte de cette crise: celle du sauvetage des États endettés.

Une ardoise salée qui viendra très bientôt "nous hanter", a prévenu cette semaine le patron de l’OCDE, Angel Gurria. Alors, avant même que la mer ne reflue, prenons cette fois des dispositions pour prévenir la prochaine crise. Et oui, messieurs-dames les politiques, prenez langue, car il faut avancer, et vite.

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