Le confinement sort l'ebook de sa marginalité

La plupart des librairies étant fermées, les lecteurs confinés se tournent vers l'ebook. ©BELGA

Avec la crise sanitaire qui confine les lecteurs chez eux, éditeurs et plateformes multiplient les actions promotionnelles pour faire connaître le livre numérique. Bien que modestes, les ventes explosent.

Le livre numérique est un des rares "gagnants" de la crise. Confiné et privé d’accès aux libraires, fermées, le lecteur découvre l’ebook. "On constate une hausse des ventes de 30% ces derniers jours", note Thibault Léonard, patron de Primento, plateforme de distribution et de diffusion d’ebooks travaillant avec 200 éditeurs francophones. "C’est surtout le cas de livres de fiction, la majorité des achats étant de type 'plaisir'."

"Le contexte actuel permet de découvrir le livre numérique, mais cela ne va pas révolutionner le marché. Je crois que le livre papier et l'ebook sont complémentaires."
Philippe Goffe
Administrateur de Librel.de

Philippe Goffe, administrateur de Librel.be, plateforme numérique des libraires francophones indépendants fait le même constat. "Policiers, romans feel-good et séries de type fantasy se vendent le mieux, ainsi que des livres de sciences humaines qu’on ne trouve plus en librairie", dit-il, en citant des chiffres plus impressionnants encore: "Depuis le début de la crise, les ventes grimpent de 270% et en incluant les offres gratuites la croissance est de 1.300%!"²

Conscients du momentum particulier, éditeurs et plateformes multiplient les actions promotionnelles sur l’ebook quand ils ne les offrent pas gratuitement. "C’est une manière d’occuper le terrain, c’est un bon outil marketing pour faire connaître l’ebook", poursuit Philippe Goffe en citant 23 classiques de la littérature belge d’Espace Nord accessibles gratuitement (2.000 exemplaires écoulés) ou des collections jeunesse de Gallimard vendues à -50%. Le Seuil propose, via ses réseaux sociaux, la lecture gratuite de certains livres tandis que Glénat propose une centaine de BD à moitié prix jusqu'au 30 avril. La plateforme Iznéo met de son côté gratuitement à disposition pendant un mois 6.000 albums issus de grands catalogues (Dupuis, Dargaud...).

Téléchargement vs streaming

"La hausse des ventes est surtout due au téléchargement, moins au streaming (abonnement)", observe Thibault Léonard. "Il s’agit donc de lecteurs occasionnels qui ne disposent pas d’un abonnement sur des liseuses type Kindle d’Amazon." Pour lui, il est trop tôt pour se prononcer sur l’impact de la crise sur les ventes à long terme et sur une éventuelle modification des comportements de lecture.

Bien qu’il coûte en moyenne 30% de moins qu’un livre papier, l’ebook reste encore relativement marginal – quelques pour-cent des ventes. Philippe Goffe ne craint pas qu’il cannibalise un jour le livre papier. "Le contexte actuel permet de le découvrir, mais cela ne va pas révolutionner le marché. Je crois que les deux sont complémentaires." En attendant, éditeurs et libraires se disent que si cela peut amener les gens à lire pour ensuite passer la porte des magasins, c’est déjà ça de pris.

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