analyse

"Les banques belges peuvent encaisser le choc"

Malgré des résultats en demi-teinte, KBC peut traverser la crise, au même titre que le reste du secteur, estiment plusieurs économistes. ©BELGA

Les résultats de KBC ont agité les marchés, mais le secteur est suffisamment armé pour affronter la crise, estiment les économistes, pour qui remettre la taxe bancaire en question n'est pas opportun.

Même si tout le landerneau bancaire s'y attendait, l'annonce avait de quoi secouer: KBC a publié jeudi un résultat net négatif de cinq millions d'euros pour le premier trimestre. Le symbole est fort, car même si le bancassureur doit son salut aux pouvoirs publics lors du déluge financier de 2008, KBC symbolise une gestion prudente pour un acteur de cette importance. 

"KBC a une grosse réserve de fonds propres, elle peut très bien encaisser le choc, ce n'est pas en Belgique qu'il y aura des problèmes."
Eric Dor
Directeur de recherche à l'IESEG

Depuis février, la tempête coronavirus s'est abattue sur les banques, et les cours de leurs actions se sont effondrés de plus de 40%. La dégringolade s'est encore accentuée lorsque l'enseigne a annoncé relever ses prévisions quant aux réductions sur valeur des crédits: elle table désormais sur plus d'un milliard d'euros de défaut de paiement.

"Il y a une incertitude radicale: personne ne sait rien!", explique Eric Dor, directeur de recherche à l'IESEG. Les banques anticipent une explosion du nombre de faillites et de personnes mises au chômage, mais la durée et l'ampleur de la crise demeurent des variables inconnues. "Les banques qui en souffrent sont dès lors celles qui se concentrent sur le retail et les services aux entreprises", souligne-t-il, soit le core business de KBC et Belfius.

Le secteur bancaire belge est cependant suffisamment solide pour résister. "C'est une crise exogène, et pas endémique comme le fut celle de 2008", estime Mikael Petitjean, professeur de finances à l'UCLouvain. "À ce moment-là, les ratios de solvabilité se situaient sous les 10%, alors que l'on se trouve au-dessus des 15% actuellement." 

"Il y a un effet en cascade: si une banque enregistre des réductions de valeur, elle réduit sa capacité à octroyer des crédits."
Etienne de Callataÿ
Economiste chez Orcadia Asset Management

Il s'agit là de la conséquence des mesures mises en place par les régulateurs après le cataclysme financier, et les établissements du royaume se sont montrés doublement prudents. "KBC a une grosse réserve de fonds propres, elle peut très bien encaisser le choc, ce n'est pas en Belgique qu'il y aura des problèmes", prédit Eric Dor.

"On peut se demander dans quelle mesure les autorités vont ajuster les exigences réglementaires", s'interroge Étienne de Callataÿ, cofondateur et économiste d'Orcadia Asset Management. "Il y a un effet en cascade: si une banque enregistre des réductions de valeur, elle réduit sa capacité à octroyer des crédits."

Taxe bancaire

Avec tous ces indicateurs dans le rouge, Johan Thijs a réitéré son plaidoyer pour une refonte de la taxe bancaire, introduite après la crise financière. "Le contexte d’aujourd’hui est tout à fait différent. Les banques jouent leur rôle dans la société à fond et octroient des crédits. Pourquoi les autorités n’envisageraient pas d’utiliser les 800 millions d'euros de taxes bancaires pour prêter aux entreprises et pour renforcer la position de capital des banques en ces temps difficiles?", demande-t-il.

"La taxe bancaire n'est pas excessive, on ne peut pas la remettre en question à chaque choc conjoncturel."
Mikael Petitjean
Professeur de finances à l'UCLouvain

"Tout le monde veut l'aide de l'État, mais celui-ci doit bien chercher de l'argent quelque part et ne peut pas s'endetter à l'infini", pointe Eric Dor. "Cette taxe n'est pas excessive, on ne peut pas la remettre en question à chaque choc conjoncturel", juge Mikael Petitjean.

Pour Étienne de Callataÿ, il ne faut pas supprimer cette taxe, mais l'élargir, car il s'agit en quelque sorte d'une prime d'assurance. "Si une sandwicherie fait faillite, personne ne l'aide. Pour une banque, l'État intervient. Dans une économie de marché, aucun service n'est gratuit. On pourrait donc appliquer le principe à une compagnie aérienne en danger qui demande du soutien."

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