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interview

Masques inutilisables, pas assez de tests: Philippe De Backer se défend

Philippe De Backer veut atteindre les 10.000 tests par jour, en commençant par les maisons de repos. ©REUTERS

Le ministre annonce passer en force dès lundi si les experts qui conseillent le gouvernement ne lui permettent toujours pas de lancer le dépistage généralisé dans les maisons de repos.

Fin de semaine compliquée pour Philippe De Backer. Le ministre Open Vld en charge de l’approvisionnement en matériel médical durant cette crise sanitaire a dû réceptionner un lot de 3 millions de masques jugés inutilisables.

"Je comprends la déception du personnel soignant", dit-il, mais cette commande datant d’il y a plusieurs semaines a visiblement été passée de manière précipitée. La qualité minimum de ce matériel n’était pas au rendez-vous. Plainte a été déposée. Mais le mal est fait et les capacités du gouvernement à répondre aux pénuries de matériel essentiel sont à nouveau mises à mal

Aujourd’hui, on contrôle en amont la fiabilité des fournisseurs sur le marché international, assure-t-il.

Les résistances du RAG

Philippe De Backer est également en difficulté sur un autre front, celui des tests. Le ministre avait annoncé pour la fin de la semaine dernière un rythme de 10.000 tests quotidiens. On en est encore qu’à la moitié alors que le dépistage semble avoir été un outil de choix dans les pays qui parviennent le mieux à contenir la propagation du virus.

En cause, selon le ministre, une divergence de points de vue avec les experts du Risk Assessment Group (RAG) qui, selon une procédure bien établie, détermine la politique menée en la matière. Ceux-ci refusent d’autoriser le testing sur des personnes asymptomatiques, car la situation à l’échelle nationale ne le justifie pas.

M. De Backer s'oppose à cette vision des choses: "C’est une stratégie qui a du sens dans la société en général mais dans les maisons de repos, nous devons déterminer qui du personnel et des résidents est contaminé ou pas. Et permettre aux régions de prendre des mesures adéquates. C’est pourquoi je me suis fâché cette semaine. Il faut une stratégie spécifique pour les maisons de repos et les collectivités."

"Si je ne parviens pas à convaincre les experts ce week-end, je déciderai seul lundi."
Philippe De Backer
Ministre en charge de l'approvisionnement en matériel médical

"Beaucoup de scientifiques sont d’accord avec moi", enchaîne le ministre qui mettra son week-end à profit pour convaincre le groupe d’experts du RAG. S’il n’y parvient pas? "Je déciderai seul lundi", dit-il. "La semaine dernière, nous avons décidé de distribuer 20.000 kits de tests (qui comprennent les protections pour les médecins, NDLR) dans les maisons de repos partout en Belgique, cela va nous donner une photo de là où le virus se trouve et nous permettre de prioriser les étapes suivantes. Les régions pourront alors décider de mesures de protection."

Il estime à deux ou trois semaines le temps nécessaire pour tester toute la population des maisons de repos. Selon des estimations non officielles, cela représente 20.000 à 25.000 personnes à Bruxelles, où pour l'heure 12 maisons de repos sur 146 seront testées. En Wallonie, ce chiffre est estimé à environ 63.000 personnes. 

D’ici trois semaines, le ministre De Backer répète vouloir lancer des tests sérologiques à grande échelle. "On va travailler avec les médecins généralistes ainsi qu'avec les labos publics et privés car ils sont connectés avec les généralistes." Qui va-t-on tester? "C’est une question pour les experts, mais nous voulons travailler avec les régions le plus vite possible", dit Philippe De Backer.

Pour rappel, ces tests sérologiques permettent de mesurer l’immunité et s’avéreront déterminants lorsqu’il s’agira d’entamer le déconfinement du pays. Celui-ci devant s'effectuer de manière graduelle. 

Plaintes des labos

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Le gouvernement Wilmès est également mis en cause par les laboratoires cliniques qui lui reprochent de ne pas les avoir mobilisés pour les tests de dépistage en s'adressant prioritairement au secteur privé. Philippe De Backer s'en défend et évoque les circonstances: "On a développé pendant deux ou trois semaines un consortium d’entreprises pouvant effectuer des tests PCR. Au début de ma mission, on a d’abord contacté les labos privés pour leur demander s'ils étaient capables d’augmenter la cadence, on a rapidement été confrontés à un manque de réactifs et d'écouvillons. Nous avons donc pris contact avec les fournisseurs de ces labos, puis nous avons été contactés par les entreprises pharma et biotech qui se sont dites prêtes avec des quantités de tests suffisantes pour atteindre les 10.000 par jour. Cela nous permettait de tester les maisons de repos."

La question de l'approvisionnement en masques reste problématique. Vendredi, l'entreprise de Zulte, dont le lot de 3 millions de masques a été rejeté par les autorités, se défendait en affirmant disposer d'un certificat qualité délivré par un organisme chinois agréé par l'État. "Un laboratoire belge a rejeté" ces masques, ont répliqué les services de Philippe De Backer. 

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