Regarde-toi dans le miroir. Es-tu durable?

Emma Watson, ambassadrice de bonne volonté de l'ONU pour l'égalité des genres. ©Pool/ABACA

L'acteur le plus puissant du changement vers une société plus durable, c'est toi, c'est moi! Sans nous, rien ne se fera.

«Si ce n'est pas moi, qui? Si ce n'est pas maintenant, quand?" Une phrase devenue un slogan, depuis que l'actrice Emma Watson l'a prononcée à la tribune des Nations Unies, en tant qu'ambassadrice de bonne volonté de l’ONU pour l'égalité des genres. Peut-être cet aphorisme n'est-il pas totalement de sa main, inspiré en tout cas de certains principes talmudiques, mais il n'empêche, la phrase claque. Et si la jeune actrice se l'appliquait à elle-même au moment de monter à la prestigieuse tribune pour y porter la cause féminine, et y revendiquer une plus grande égalité entre les genres, elle peut aussi soutenir toutes les causes, et tous ceux qui voudraient se faire l'acteur d'un changement.

Faut-il attendre que mon voisin taille la haie pour laisser entrer le soleil sur mon lopin de terre? Faut-il laisser au balayeur le soin de ramasser un papier par terre, sous prétexte que c'est son boulot et qu'il le fera tôt ou tard? Dois-je continuer à me garer sur la piste cyclable ou sur le passage piéton, au prétexte que je n'en ai que pour 5 minutes? Comme le caricaturait un épidémiologiste, ce n'est pas en attendant que son voisin se fasse vacciner que l'immunité collective fera reculer le virus.

La notion de "durable" dépasse largement les seuls critères environnementaux pour toucher aussi à l'éthique, au social et à l'économie.

Les exemples ne manquent pas, de ces petits faits, ces petits événements qui nous font tiquer, qui nous énervent ou nous font bondir. Mais dont on a la furieuse tendance à rejeter l'entière responsabilité sur autrui, un voisin, un autre genre, une autre race, le "politique" – notion aussi vaste que fourre-tout. Et que l'on oublie aussi vite lorsqu'on les pratique soi-même. Sans agir, on ne ferait rien de mal? À critiquer ce qui est fait, on ferait avancer le débat?

L'avenir ne dépend que de moi

Et si au contraire, l'avenir – le mien, celui de mes proches, de mon environnement immédiat, de ma cité, au sens antique du terme – ne dépendait que de moi, et immédiatement?

On l'a vu dans les pages qui précèdent, la notion de "durable" dépasse largement les seuls critères environnementaux pour toucher aussi à l'éthique, au social et à l'économie. Si l'on se base sur les 17 objectifs majeurs définis par l'ONU, le développement durable vise évidemment à réduire la consommation d'énergie et les émissions nocives qui en découlent, et à améliorer l'environnement au sens large. Mais ces objectifs couvrent aussi des notions bien plus éloignées, comme l'égalité hommes-femmes, la réutilisation et le recyclage, la réduction du gaspillage alimentaire, les emplois pour les jeunes ou même la santé, en encourageant notamment à la vaccination…

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Selon un rapport indépendant, la Belgique se classe 13ᵉ sur 166 dans la mise en œuvre des 17 objectifs de développement durable, avec un bulletin qui dépasse tout juste les 70%.

Selon un rapport indépendant, la Belgique se classe 13e sur 166 dans la mise en œuvre des 17 objectifs de développement durable, avec un bulletin qui dépasse tout juste les 70%. "Naturellement", aurait-on tendance à dire, ce sont les pays scandinaves qui se classent le mieux en la matière, avec 80%. Mais en Belgique, le seul objectif atteint est celui qui couvre l'industrie, l'innovation et les infrastructures. Et encore, récolte-t-on par là le fruit d'une industrialisation poussée, mais qui s'est "allégée" au fil du temps, d'une position qui fait du Royaume un nœud historique de communication et, depuis quelques années, d'une politique de soutien à la recherche.

La Belgique bouffe

En revanche, le bât blesse méchamment en ce qui concerne la nourriture, la consommation responsable et les actions pour le climat. On ne meurt pas de faim en Belgique, au contraire: on bouffe! Du coup, le taux d'obésité augmente. On mange trop, trop riche, et surtout des aliments trop gourmands en énergie. Car ce que l'on ingère à grand coup de fourchette ne provient pas nécessairement du champ ou de la ferme voisine!

Comme la plupart de ce que nous consommons, d'ailleurs. Non seulement le circuit court n'est pas (encore) notre tasse de thé, mais l'économie circulaire non plus. Selon ce rapport de 2020, la tendance était plutôt négative en la matière.

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En 2018, nous émettions encore plus de 10 unités équivalent CO2 par tête alors que l'objectif est à… zéro.

Dernier échec notable sur notre bulletin, les actions en faveur du climat et donc, notamment, l'émission de gaz à effet de serre. En 2018, nous émettions encore plus de 10 unités équivalent CO2 par tête alors que l'objectif est à… zéro.

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. La qualité des eaux et de la vie aquatique s'améliore, de même que la réduction des inégalités sociales et des inégalités entre les genres, même s'il reste encore beaucoup à faire en la matière.

Durable au quotidien

La municipalité française de Loos-en-Gohelle pratique le développement durable au quotidien depuis près de 20 ans. Située dans le bassin minier du Pas-de-Calais, la commune et ses habitants ne roulent pas sur l'or. Mais le maire de la bourgade était convaincu de l'importance d'intégrer le durable dans les gestes du quotidien dès 2001. À tel point que son expérience a été citée en exemple lors de la COP 21, en 2015. Pas de population bobo-écolos, pas de bâtiments passifs à chaque coin de rue, mais une prise de conscience collective. Le toit de l'église est couvert de panneaux photovoltaïques, et les habitants cultivent et se partagent des potagers collectifs dans les jardins de la mairie. La vie associative bat son plein, et Jean-François Caron, élu maire en 2001, a été réélu en 2008 avec 80% des voix et à l'unanimité, faute d'opposition, en 2015. Les citoyens sont réellement consultés sur les projets municipaux et lorsqu'il s'agit, par exemple, de planter de nouveaux arbres ou une haie, ce sont les agriculteurs du cru qui s'en chargent, et non les ouvriers communaux.

Loos-en-Gohelle est la preuve que le développement durable est l'affaire de chacun et peut changer une société, dès le moment où la majorité de la population se mobilise. Même à une aussi petite échelle qu'une commune rurale.

Citoyen acteur de sa consommation

Revenons donc au slogan de départ, lancé par Emma Watson: "Si pas moi, qui? Si pas maintenant, quand?" On l'a vu, le développement durable ne se limite pas à éteindre la lumière, et les nombreux appareils en veille en sortant de chez soi, pas plus qu'à acheter un légume bio. Qu'importent ces petits gestes, si c'est pour prendre sa voiture et effectuer seul un trajet de 2,5 km, si le légume en question provient de serres kilométriques dans le sud de l'Espagne, ou d'Éthiopie.  

Rarement, le consommateur a été autant acteur de sa consommation, et surtout moteur de changement. Il suffit, pour s'en convaincre, de mesurer combien l'argument et la terminologie ont envahi le discours marketing des produits de consommations courantes et des entreprises orientées grand public. Est-ce le marketing et la communication qui créent la demande pour des produits et denrées plus durables (auquel cas, on labelliserait tout et n'importe quoi)? Ou est-ce la demande des consommateurs qui est prise en compte par les entreprises? Éternelle question. Mais ce dont nous devons encore nous persuader, c'est de l'importance et de la puissance de notre comportement.

Elle est réelle! Le pétrolier Shell en a "fait les frais". L'Anglo-néerlandais a récemment été condamné par un tribunal de La Haye à réduire ses émissions de CO2 d'ici fin 2030 de 45% nets par rapport à 2019. L'affaire "le peuple contre Shell", à laquelle plus de 17.000 personnes se sont constituées partie civile, a été lancée par la branche néerlandaise des Amis de la Terre, Milieudefensie. Six autres ONG s'y sont également jointes, dont Greenpeace. 

La consommation durable a été définie dès 2004 par les Nations Unies. C'est la consommation de biens et de services qui répondent aux besoins essentiels, et contribuent à la qualité de la vie, de sorte que les besoins des générations futures puissent être satisfaits. Mais c'est aussi un concept dynamique qui indique le sens, et parfois l'ampleur du changement souhaité ou nécessaire, et peut évoluer dans le temps. On peut raisonnablement penser, sans être béatement optimiste, qu'en matière de consommation, les choses semblent évoluer dans un sens favorable. Il faut cependant rester prudent, comme l'indiquent les circonvolutions de la phrase précédente.

Plus il est informé, et plus il s'informe aussi, plus le consommateur sera à même de juger et de comprendre l'impact de son achat en termes de durabilité. Ce n'est sans doute par pour rien que l'éducation est aussi un des objectifs importants retenus par l'ONU en la matière.

A fortiori lorsqu'il est informé, le consommateur dispose d'une force véritable. Pas seul évidemment, mais par son effet de masse. Avec la formidable caisse de résonance que constituent les médias sociaux, où les "good" ou les "bad buzz" peuvent avoir une réelle influence sur les marques. Ce qui est vrai pour l'influence sur les entreprises et sur la réputation des enseignes, par exemple, l'est tout autant pour les gestes citoyens. En bien comme en mal. Il suffit d'aussi peu de choses pour qu'un effet de foule entraine une "révolution" ou une fête mémorable. Cet effet de foule peut, doit, aussi jouer dans le cadre du développement durable. Mais pour faire un pas de plus dans ce sens, sans doute faudrait-il que le consommateur, le citoyen responsable (notion encore à définir, voire utopiste) et l'individu, trois fois la même personne en somme, se rejoignent pour penser collectivement. Ce n'est pas moi seul qui ferai changer les choses, mais elles ne changeront pas si chacun en reste là.

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Des investissements socialement responsables aux processus de production circulaires, la durabilité se retrouve à tous les niveaux d'une entreprise prospère. Quiconque souhaite entreprendre aujourd'hui doit penser à la société de demain. Plongez à travers les histoires de 10 passionné(e)s qui osent changer le monde.

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